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Bande-annonce
du film


DOSSIER AMNESTY

La traque de Carla

Entretien avec Carla Del Ponte


UN FILM, 2006-7 / LA JUSTICE ET LES CONFLITS EN EX-YOUGOSLAVIE
__La liste de Carla, un film de Marcel Schüpbach


Un entretien avec Carla Del Ponte

Documentaire suisse évoquant la période au cours de laquelle la tessinoise Carla Del Ponte, alors procureur au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) de La Haye, tenta d'obtenir la reddition des derniers criminels de guerre encore en fuite : Ratko Mladic, Radovan Karadzic ou encore Ante Gotovina.

En 1995, à Srebrenica en Bosnie-Herzégovine, la population masculine est massacrée par l'armée bosno-serbe du général Mladic. Plus de 7'000 musulmans ont été tués par les forces serbes. Cet acte est qualifié de génocide par le TPIY.

Carla Del Ponte, procureur général du tribunal, en plus de mener les procès à l'encontre des responsables présumés de ce génocide, doit mettre la main sur les principaux commanditaires. Ce documentaire suit Carl Del Ponte dans son combat, où sa seule arme est la pression politique qu'elle peut appliquer sur certains gouvernements pour retrouver les fugitifs.

La liste de Carla, documentaire, 95 mn, 2006. Auteur-Réalisateur : Marcel Schüpbach.

JUSTICE SANS FRONTIÈRES. Pas une semaine ne passe sans que le nom de Carla Del Ponte ne se retrouve à la une d'un journal. La procureure du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) est la personne qui incarne le mieux dans le monde le visage de la justice. […]

C'est cette femme connue pour son franc-parler que le réalisateur suisse Marcel Schüpbach a suivie pendant des mois. Il l'a suivie dans les couloirs du tribunal de La Haye, au cours de ses déplacements dans les pays de l'ex-Yougoslavie, dans de nombreuses capitales européennes Son film, La Liste de Carla, se termine à New York, au moment où la procureure fait le bilan annuel de son action devant le Conseil de sécurité des Nations unies.

Dans une interview accordée au quotidien suisse "24 Heures", Marcel Schüpbach explique pourquoi il a choisi de s'intéresser à Carla del Ponte et, plus généralement, à la justice internationale. "Ce film n'est pas un portrait de la procureure. Il y a deux histoires qui se déroulent en parallèle. Celle de Carla Del Ponte, qui court la planète pour obtenir justice. Et celle des mères de Srebrenica, qui attendent depuis dix ans que justice soit faite et qui s'interrogent : la justice est-elle possible ? A quoi cela peut-il servir d'arrêter aujourd'hui Mladic et Karadzic ? Cela ne fait pas revivre les morts.

"Tout ce travail du TPIY pose des questions aussi simples et basiques. Finalement, on peut légitimement se demander si tout cela sert à quelque chose. Personnellement, je pense que cela vaut la peine, mais pour un prochain conflit, pour démontrer que l'on peut juger les puissants. Si l'on abandonne sur ce sujet, on abandonne la planète à une sauvagerie sans limites". […] Olivier Bras, Courrier international, 4 août 2006.

UNE TRAQUE A LA TRACE. La scène est saisie au vol dans une salle d'embarquement d'aéroport. Nous sommes à l'automne 2005. L'équipe de Carla Del Ponte, la procureure du Tribunal pénal international (TPI) pour l'ex-Yougoslavie, fait le débriefing d'une réunion avec le Premier ministre du Monténégro, Milo Djukanovic, au sujet des criminels de guerre en fuite. "Vous avez entendu la conclusion ? " lancent les collaborateurs de la procureure. "C'est-à-dire ?" interroge Del Ponte. "On n'aura jamais Karadzic". Le visage de la magistrate se ferme, la tête pivote, le regard dérive hors champ. Elle lâche deux "oui" de lassitude et d'agacement rentré.

A nouveau, comme une énième piqûre de rappel depuis qu'elle a été nommée en 1999, la procureure du Tribunal de La Haye est confrontée au temps qui presse et à sa liste de fugitifs : une brochette de photos de criminels, où figurent en tête Radovan Karadzic et Ratko Mladic, les chefs politique et militaire des Serbes de Bosnie inculpés pour crimes contre l'humanité et génocide depuis 1995.

Escouade. En captant ce genre d'instants clés, Marcel Schüpbach a bâti un récit sobre et bien mené sur les coulisses de la traque aux bouchers des Balkans. Qui éclaire les guerres d'influence entre gouvernements et services secrets, explore le jeu des rumeurs et des pressions, s'attarde sur le choix d'un mot et décèle la superbe hypocrisie des Etats. Sa chronique donne à voir une justice internationale qui, bien qu'impressionnante et symbolique, n'en est pas moins précaire. La machine de guerre que l'on croit redoutable se révèle être une escouade d'une dizaine de collaborateurs soudés autour d'une procureure pas toujours amène, qui "ne lâche jamais", qui "ne peut pas [se] taire". Dans cette course contre le temps et l'oubli, Schüpbach dépeint en creux l'isolement, sinon la solitude, de la procureure et de sa garde rapprochée.

Le réalisateur suisse a bien choisi son moment. De La Haye à Belgrade, de Srebrenica à New York, il a filmé de juillet à décembre 2005. Cette année charnière où les redditions et les arrestations de fugitifs se multiplient. Ce triste tournant commémoratif, dix ans après la fin de la guerre en Bosnie, dix ans après le massacre de Srebrenica et dix ans après l'inculpation par le TPI de Mladic et Karadzic. […] Arnaud Vaulerin, Libération, Paris, 9 mai 2007.

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