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| LE MOOLAADÉ | LA SALINDÉ |
Collé Ardo vit dans un village sénégalais. Il y a sept ans, elle a refusé que sa fille soit excisée, pratique qu'elle juge barbare. Aujourd'hui, quatre fillettes s'enfuient pour échapper à ce rite de purification, et demandent protection à Collé. Deux valeurs s'affrontent alors : le respect du droit d'asile (le Moolaadé) et l'antique tradition de l'excision (la Salindé). L'Afrique dans la tourmente, au cur d'un douloureux combat contre l'excisionA plus de quatre-vingts printemps, Sembene Ousmane, vieux marabout du cinéma africain, continue de sonder sa culture, ses traditions, et de prôner pour l'Afrique des valeurs progressistes. Dans "Moolaadé", il s'agit des femmes, victimes de l'excision, un rite ancestral et barbare, que l'on pratique encore au couteau dans certains villages. D'un côté, il y a le clan des anciens, les exciseuses, sorcières au sceptre menaçant, vêtues d'un habit rouge sang ; de l'autre, une femme qui se bat, seule avec ses doutes et sa détermination, pour que l'on cesse de "couper" les petites filles. Respectant le "moolaadé" (droit d'asile), Collé Ardo refuse de livrer à la "salindé" (la purification) les fillettes qu'elle a prises sous sa protection. Toute la communauté est en effervescence et s'affronte alors dans un douloureux combat : très vite, les hommes se mêlent à la partie, brûlent les radios, flagellent la rebelle. Hors de question d'épouser une "bilakoro" (femme non excisée), considérée comme impure au mariage... Sembene Ousmane filme une société tribale où la violence se confond souvent avec l'ignorance, mais où la lumière peut soudain jaillir, telle une gerbe de flammes, de la lutte, du dialogue, du débat. Au nom d'un sacro-saint principe de soumission de la femme, qui n'a pas même de justification religieuse (rien à voir avec l'Islam !), on perpétue depuis des siècles une coutume de mutilation qui n'a aucune raison d'être.
Sous des airs de fable moderne, "Moolaadé" est un film qui tranche clairement dans le vif et prend fermement position, mais sans désigner de coupables ni tirer de conclusions hâtives (pas de grand manitou du bien face à l'affreux démon du mal) : il soupèse, interroge, met en cause, condamne, et débroussaille les friches obscures de l'âme humaine. La cause est portée par une comédienne magnifique, un monument de courage et de dignité : l'actrice malienne Fatoumata Coulibaly, elle-même excisée, qui milite depuis de longues années pour l'abolition de cet acte odieux, et en faveur de l'émancipation de la femme africaine. Ce film remarquable oeuvre pour une prise de conscience, ici, là-bas, et maintenant, pour la reconnaissance du droit des femmes à disposer de leur propre corps. Devant l'urgence, souhaitons - pour Elles - que le message du patriarche soit entendu et compris, au-delà des conflits d'intérêts et de traditions. Laurence Berger, www.commeaucinema.com Le Moolaadé (mot Pulaar). Droit d'asile, protection, a été transmis de génération en génération par le verbe, par des contes, par l'histoire, par les légendes et par des énigmes orales. Il est une juridiction orale avec ses lois, ses règles et décrets gravé dans les consciences. Il couve de funestes présages D'où sa crainte révérée par les hommes, les femmes et les enfants. Afin de l'exorciser, il est prévu de punir en public le tenant du mot clé, qui permet de chasser, éloigner la menace suspendue.
La Salindé. Traduction Soninké : purification
= excision de la fillette. Pratique rituelle ancrée dans
les murs. La Salindé, un grand événement
dans l'existence d'une femme, sous le regard bienveillant des
hommes. Rien n'est assez beau et assez cher pour le faste de la
fête. La quinzaine qui précède l'entrée
des postulantes dans le bois sacré, les mères, les
tantes entreprennent un travail psychologique auprès de
leurs enfants. Elles doivent supporter la douleur physique, sans
crier, sans geindre. La morsure vive, brûlante de la lame
doit être domptée, dominée. Maîtriser
la douleur aiguë, chaude, est la preuve que, devenue femme,
on surmontera les tourments et les afflictions de l'existence. Une fille non excisée est une Bilakoro (mot Mande = Malinké); elle est impure pour le mariage. La Salindé, purifie, élève la jeune fille. Devenue épouse, la Salindé la hausse, l'installe au sommet de l'honorabilité, l'incorpore dans le cercle étroit des mères comblées et l'irradie en grande "Royale". La femme excisée est symbole de pureté. Elle est l'honneur de son mari, de sa famille élargie La Salindé permet aux hommes de contrôler la fidélité et la sexualité de leurs épouses. Le rituel de la Salindé est plus ancien que les trois livres saints révélés : Talmud, Bible et Coran. Dans plus de 25 pays africains (Est-Nord-Ouest-Sud) sévissent encore en ce XXIe siècle les mutilations génitales féminines.
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