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Serge Bilé a réalisé "Noirs dans les camps nazis" en 1995, mais, dit-il, "pendant dix ans, ce film n'a intéressé personne". L'idée lui est venue lorsqu'il a découvert que le chanteur franco-ivoirien John William, interprète de "La chanson de Lara", avait été déporté. Interné dans le camp de Neuengamme avec d'autres noirs, John William, relativement bien traité car il était mécanicien de précision, raconte l'étonnement des SS. "Ils nous touchaient et se regardaient les mains pour voir si ça ne déteignait pas. Beaucoup n'avaient jamais vu de noirs et ils nous considéraient avec curiosité comme des hommes de Cro-Magnon".
Parmi les oubliés de l'histoire, il y a Jean Nicolas, un déporté haïtien, envoyé à Buchenwald puis à Dora, où il se fait passer pour John Nichols, un médecin américain; Raphael Elizé, Martiniquais et premier maire noir d'une petite ville française, arrêté pour son action dans la résistance, et tué à Buchenwald par... les bombardements alliés. Le Sénégalais Dominique Mendy, résistant dénoncé à la Gestapo, rescapé des camps, témoigne depuis l'île de Gorée, d'où partaient autrefois les esclaves pour le "Nouveau Monde" : "J'ai vécu la même tragédie que mes ancêtres", raconte-t-il. Parmi les destins étonnants, celui de Carlos Greykey, Equato-guinéen né à Barcelone de parents originaires de Fernando Po. Combattant avec les Républicains espagnols, réfugié en France, puis capturé sur le front, il est déporté à Mauthausen dont il reviendra. D'autres n'ont pas eu la même chance, comme Anton de Kom, indépendantiste du Surinam, puis résistant hollandais, déporté au camp de Neuengamme. Parmi les Noirs Américains pris dans la nasse nazie : Josef Nassy, un peintre naturalisé américain, né à Paramaribo d'un père juif, qui avait fui l'Espagne pendant l'Inquisition, ou Valaïda Snow, une jazzwoman trompettiste, arrêtée au Danemark. Noirs dans les camps nazis, film documentaire de 52
mn, est un document unique sur un drame jusqu'ici méconnu
de la seconde guerre mondiale : la déportation des noirs
dans les camps de concentration. Parce qu'ils étaient aussi
résistants, engagés dans les combats ou simplement
ramassés au hasard d'une rafle, de nombreux Africains,
Antillais, Américains ou Européens noirs ont connu
cet enfer. Eux aussi ont souffert à Dachau, Mauthausen
ou Auschwitz, où ils étaient sujets aux pires humiliations. A la suite de la réalisation du film, il écrit
un livre au titre éponyme publié, en janvier 2005,
aux éditions du Serpent à Plumes. Serge Bilé
a également écrit pour de nombreux musiciens. Il
est l'auteur de la chanson Nouveau monde distinguée par
la SACEM et enregistrée au profit de l'UNICEF par une pléiade
d'artistes. |