2005 LIVRE / CHILI : LES MEMOIRES DU JUGE DE PINOCHET
__Au bord du monde, par Juan Guzmán
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Photo Michel Sarti, Lyon, 2005.
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Il est le seul au monde à avoir mis en examen l'ancien dictateur Augusto Pinochet, et ce par deux fois, relève Claire Martin, la correspondante du quotidien Libération
à Santiago. Le 2 mai 2005, le juge chilien Juan Guzmán
Tapia a pris sa retraite à l'âge de 66 ans, après
trente-cinq ans de carrière et sept ans d'enquête
sur les crimes commis par l'ancien dictateur.
De la même manière qu'il a traversé le
monde, vivant notamment en France et aux Etats-Unis, ce proche
de la droite conservatrice chilienne a traversé l'échiquier
politique pour se situer aujourd'hui à gauche. Mais sans
appartenance à aucun parti, "afin de toujours conserver
ma liberté", dit-il. Fils du célèbre
poète et diplomate Juan Guzmán Cruchaga, cet amoureux
des belles lettres a publié ses mémoires, Au
bord du monde, en espagnol, au printemps 2005.
Pourquoi ce titre Au bord du monde ? "C'est, dit-il, une allégorie : une vie en équilibre entre la Cordillère et l'océan, là où finit le monde et commence l'infini de la mer, c'est entre le mensonge et la vérité, c'est aussi au bord de l'humanité".
Juan Guzmán est issu d'une des familles les plus
prestigieuses du Chili. Son père était un écrivain
diplomate, ami de Borges, de Neruda, et de Saint John Perse. Se
rêvant romancier, il débarque à Paris de chambres
de bonne en petits emplois, avide de rencontres littéraires.
Tourmenté, Juan Guzman passe plusieurs années à chercher un but à sa vie, traversant une crise métaphysique. "J'étais un égaré" confie-t-il. C'est en devenant juge qu'il trouve la paix. Nommé par Allende alors que sa famille est marquée à droite, il plonge dans le Chili reculé des marais et des querelles de mineurs. Il s'impose comme un homme modéré, sensible à la détresse humaine.
Après le coup d'Etat, il s'accommode avec la dictature.
Pinochet le nommera ainsi à la Cour d'Appel de Santiago,
l'assemblée judiciaire la plus prestigieuse du Chili, en
pensant placer un pion docile. Le destin choisit pourtant Juan
Guzman pour instruire les premières plaintes des familles
de disparus, après le retour de la démocratie. Et
patiemment, obstinément, le juge tire le fil de Au bord
du monde, embrasant tout un pays et s'enfantant lui-même,
à cinquante ans [Texte de l'éditeur].
Au bord du monde. Les mémoires du juge de Pinochet,
Juan Guzmán. Editions Les Arènes, Paris,
septembre 2005.