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NATIONS UNIES, 2008 | DE LA CHARTE AUX PROJETS DE REFORME DE L'ORGANISATION
Toutefois, l’histoire de ses 60 ans d’existence offre une vue plus positive. Elle commence avec l’adoption de la Charte des Nations unies, le 26 septembre 1945, lors de la Conférence des Nations unies sur l’Organisation internationale, réunie à San Francisco, ainsi qu’avec sa mise en oeuvre, le 24 octobre 1945, après avoir été ratifiée par la majorité des signataires.
La Charte des Nations unies avait pour objectif d’améliorer les dispositions relatives au maintien de la paix et de la sécurité internationales. Le Chapitre VI demandait aux Etats membres un règlement pacifique de leurs différends mesure qui était mise en oeuvre par les dispositions du Chapitre VII, conférant au Conseil de sécurité l’autorité qui manquait à la Société de Nations pour maintenir la paix en cas de menace contre celle-ci, de rupture de celle-ci ou d’acte d’agression. Ces critères d’intervention étaient plus pragmatiques et de nature moins juridique que les dispositions de la Société des Nations. Le Conseil de sécurité avait le pouvoir d’appliquer des sanctions contre les auteurs de violations, de recourir même à la force armée dans les cas extrêmes. La Charte invitait également les Etats membres à mettre à la disposition du Conseil des forces militaires pour être déployées. Il ne s’agissait pas de créer une "armée de métier", mais, plutôt, d’avoir des forces nationales adéquates de réserve, au service des Nations unies, prêtes à intervenir lorsque cela serait nécessaire. Or, cette disposition importante n’est pas mentionnée dans la Charte il serait pourtant utile de le faire aujourd’hui, même si les raisons pour lesquelles les Nations unies ont recours aux forces militaires sont très différentes de celles qui étaient initialement envisagées. Dans la même veine, la Charte des Nations unies a reconnu que la coopération des grandes puissances était nécessaire. Il faut noter que le mot "démocratie" n’apparaît ni comme une condition pour être membre ni comme un objectif des Nations unies. L’Union soviétique devait faire partie de l’Organisation, même si elle n’était nullement une démocratie. Le droit de veto des cinq membres permanents du Conseil de sécurité est un autre aspect du tableau. Il empêchait que les Nations unies entrent en guerre contre une grande puissance militaire et assurait également que l’Organisation ne pouvait pas contraindre ces cinq membres permanents à agir contre leur gré. Et surtout peut-être, le droit de veto reconnaissait que si les Nations unies devaient réaliser les espoirs de l’humanité, la collaboration des grandes puissances était cruciale. Comme l’écrivait Robert Burns : "Les plans les mieux conçus des souris et des hommes ne se réalisent pas". La guerre froide a brisé l’espoir de cette collaboration dont le but était de faire respecter la paix. Dans la confrontation épique qui a marqué la deuxième moitié du XXe siècle, les Nations unies ont joué un rôle de second plan. Pourtant, la Charte a donné naissance à de nouvelles idées qui ont permis de répondre aux développements imprévus auxquels l’Organisation a fait face dans ses activités humanitaires. Au cours des 60 ans d’existence, les Nations unies ont dû faire preuve d’innovation pour répondre aux nouveaux besoins. Quelques points innovants de la Charte L’Assemblée générale n’a pas recours au droit de veto, alors que le Pacte de la Société nécessitait l’unanimité à l’Assemblée; la Société a dû chercher des moyens de contourner cette règle restrictive. La Charte l’a simplement abolie. La Charte reposait sur le principe de la souveraineté de l’Etat protégeant la compétence nationale des États. Dès le début, cependant, les références aux "droits de l’homme" et à l’"autodétermination des peuples" ont posé problème - questions qui ont été de plus en plus portées à l’attention internationale. En 1948, le monde était prêt : la Déclaration universelle des droits de l’homme fut adoptée; elle n’est ni un traité ni contraignante pour les Etats. Elle a cependant été de plus en plus reconnue comme une déclaration authentique des droits de l’homme et a jeté les bases des "pactes" contraignants créés à l’ONU. L’intention initiale selon laquelle l’Organisation devrait simplement "promouvoir" les droits de l’homme et ne pas les "protéger" a laissé place à des rôles plus affirmés. Au fil des ans, l’autorité internationale a prévalu sur la souveraineté nationale au point où le principe de "responsabilité de protéger" est de plus en plus accepté et appliqué. Selon ce concept, les Etats ont l’obligation de protéger leurs propres populations contre les catastrophes graves, mais, s’ils refusent, cette responsabilité incombe à la communauté internationale, en particulier aux Nations unies. Sur les questions coloniales, la Charte a remplacé le système de mandats de la Société des Nations par un système de tutelle plus élaboré pour différentes catégories de territoires. L’adoption du Chapitre XI fut, sans doute, d’une plus grande importance. Elle énonçait les principes pour l’administration de tous les territoires non autonomes. La première session de l’Assemblée générale, en 1946, a créé un organe de surveillance chargé de recevoir et d‘examiner les informations que la Charte demandait aux puissances coloniales. La Charte a minutieusement équilibré le nombre de pays coloniaux et non coloniaux siégeant au Conseil de tutelle. L’Assemblée générale en fit autant dans le comité sur les territoires non autonomes. Cependant, le mouvement vers l’indépendance plus rapide que prévu et l’entrée des anciennes colonies à l’ONU a, en 1960, modifié l’équilibre des forces entre les pays procoloniaux et anticoloniaux, donnant lieu à l’affirmation d’un droit des colonies à l’indépendance. En 1961, la composition du comité était inversée : le groupe anticolonial était dominant. En autorisant le Conseil économique et social à prendre les dispositions utiles pour consulter tant les organisations internationales que non gouvernementales, l’Article 71 de la Charte crée un précédent. Les ONG sont devenues des acteurs indispensables, aidant les Nations unies à remplir ses rôles économique et humanitaire, en particulier lorsqu’il s’agit des catastrophes naturelles et de l’aide aux réfugiés. Cependant, leurs relations avec les gouvernements sont souvent tendues au Conseil économique et social. Mais, leur rôle consultatif a été étendu et même le Conseil de sécurité s’est rendu compte de l’importance d’organiser de telles consultations. Le Secrétariat des Nations unies est "l’organe principal" de l’Organisation, de même que l’Assemblée générale, les Conseils et la Cour internationale de justice. Dans le cadre de ses fonctions, le Secrétaire général présente un rapport annuel sur l’activité de l’Organisation. Il est également autorisé à remplir le rôle très important d’informer le Conseil de sécurité de toute affaire qui pourrait mettre en danger le maintien de la paix et de la sécurité internationales, ce qui lui confère un rôle très politique, et donc plus délicat. Bien que jamais utilisée, cette autorité lui a donné une base pour mettre en place un système pour recueillir les informations nécessaires. Dans l’ensemble, la Charte a créé un secrétariat doté d’un plus grand rôle et d’une plus grande visibilité que précédemment. Lorsqu’on parle des Nations Unies, c’est souvent le Secrétaire général qui vient à l’esprit. Des innovations Dans la Charte des Nations unies, le droit de veto nécessite "le vote à l’unanimité des [cinq] membres permanents" du Conseil de sécurité. Les abstentions sont donc des véto. En réalité, le Conseil a rapidement conclu que les abstentions se seraient pas des véto. En effet, la Charte a été amendée en vertu de l’article 108, sans remplir les conditions d’un amendement officiel. Le résultat est positif : un membre permanent peut ne pas voter une proposition sans bloquer son adoption. Paralysée par la guerre froide qui faisait obstacle au Conseil de sécurité dans ses fonctions de consolidateur de la paix, les Nations unies ont dû inventé le dispositif de "maintien de la paix". Cette fonction ne figure nulle part dans la Charte. Elle décrit l’interposition de contingents militaires impartiaux, parfois non armés, sous l’égide et le commandement des Nations unies, entre les Etats qui souhaitent faire la paix ou sauvegarder une paix déjà négociée. La première opération fut l’Organisme des Nations unies chargé de la surveillance de la trêve (ONUST, créé en 1948 pour surveiller l’application des conventions négociées par le Médiateur des Nations unies entre Israël et les pays arabes voisins) - qui existe toujours. La première opération dite de "maintien de la paix" fut la Force d’urgence des Nations unies (FUNU), établie en 1956. Elle a eu le rôle très important de fournir une excuse pour permettre au Royaume-Uni, à la France et à Israël de retirer leurs forces du territoire égyptien qu’ils avaient occupé, de surveiller ensuite le cessez-le-feu et de servir de tampon entre Israël et l’Egypte. Le retrait de la FUNU en 1967 s’est soldé par une guerre entre Israël et l’Egypte. Jusqu’à ce jour, il y a eu 60 opérations de maintien de la paix des Nations unies, dont 17 sont en cours, engagées principalement dans des conflits internes plutôt qu’entre Etats. Récemment, le concept a été élargi pour couvrir les résolutions et la reconstruction après les conflits. Au total, 67'000 soldats, personnels militaires et policiers civils participent aux opérations (avec un budget annuel estimé à environ 4,5 milliards de dollars. Même en tenant compte de la vaste autorité donnée au Conseil de sécurité pour faire face aux menaces à la paix et à la sécurité, il est peu vraisemblable que les fondateurs des Nations unies aient pensé que cette autorité serait utilisée pour créer des tribunaux internationaux destinés à juger les auteurs de violence et de crimes contre l’humanité, comme en Bosnie-Herzégovine et au Rwanda. L’ONU a créé la Cour pénale internationale comme tribunal instauré par un traité ayant une juridiction similaire mais internationale. Ces tribunaux, qui ont pour mandat de traiter les violations des droits de l’homme, sont à distinguer de la Cour de justice qui peut seulement traiter les questions entre les Etats lorsque ceux-ci acceptent sa compétence. En 1945, les Nations unies étaient composées de 51 membres; aujourd’hui, elle en compte 191. Cette augmentation est due, en grande partie, à l’entrée aux Nations unies des anciennes colonies et des Etats émergents de l’ex-Yougoslavie et de l’ex-Union soviétique. En pratique, les Nations unies ont opté pour le principe d’universalité, ce qui n’est pas stipulé dans la Charte. Selon l’Article 4, peuvent devenir membres des Nations unies les Etats pacifiques qui acceptent les obligations de la Charte et, "au jugement de l’Organisation, sont capables de les remplir et disposés à le faire". En ignorant ces critères et en renonçant au processus de sélection spécifié, le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale ont, sans doute, augmenté le nombre de membres au-delà de celui qu’il aurait dû être si les règles avaient été suivies. Aux termes de la Charte, les Nations unies ne sont pas autorisées à être opérationnelle. Pourtant, dès le début, elle a mené des projets d’assistance technique, une fonction qui a pris plus d’ampleur et a conduit, en 1965, à la création du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). Actuellement, celui-ci s’occupe de l’installation des camps de réfugiés ainsi que de la distribution de nourriture, d’eau et d’autres vivres essentiels aux Soudanais déplacés au Darfour. Il a secouru les victimes du tsunami en 2004 et aidé à reconstruire les zones dévastées. De par ces aspects, les Nations unies, telle qu’elle est aujourd’hui, semblerait bien étrange aux fondateurs de 1945. Actuellement, la plupart de son budget est alloué aux programmes économiques et humanitaires. Comme je l’ai indiqué plus haut, le terme "démocratie" ne figure pas dans la Charte. L’Organisation soutient ce principe et aide les pays à aller vers la démocratie et à organiser des élections. Des propositions sont présentées par les Etats membres pour créer un "comité de la démocratie" et un "fonds pour la démocratie" afin de soutenir les efforts de démocratisation de l’Organisation. S’assurer que l’engagement à la démocratie et aux droits de l’homme est un critère pour être membre du Conseil de sécurité et du futur Conseil des droits de l’homme fait partie des questions à l’ordre du jour de la réforme en 2005. Cet exposé très limité montrant la résilience et l’adaptabilité des Nations unies au cours de ses six décennies ne réfute pas le fait qu’elle est une gigantesque bureaucratie, souffrant du manque de transparence, affaiblie par le favoritisme dont elle fait preuve et entravée par les canons du système étatique qui ne répond pas aux demandes d’une société très technologique mondialisée. Il donne toutefois une idée de la manière dont elle a été capable de prouver son utilité et de répondre aux changements. A 60 ans, les Nations unies ont existé trois fois plus longtemps que la Société des Nations. Elle ont survécu à tous les troubles. Leur avenir dépend surtout de la volonté des Etats membres à réaliser les objectifs de la Charte. Etant donné sa trajectoire, il y a lieu de penser qu’elles deviendront plus démocratiques dans le sens où elles représenteront mieux les peuples qui les composent. Lawrence S. Finkelstein est professeur de sciences politiques à la retraite. Il a travaillé au Département d’État américain (1944-1946) et aux Nations unies (1946-1949), où il a assisté aux grandes réunions et conférences où les Nations unies ont été imaginées, conçues et créées. Il a également travaillé au Carnegie Endowment for International Peace et au Département de la Défense des Etats-Unis. Il a enseigné à Harvard University et à Northern Illinois University. Texte publié par la Chronique des Nations unies, New York, 2008. |