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NATIONS UNIES, MARS 2006 / LA REFORME DE L'ORGANISATION INTERNATIONALE
"Nos règlements et règles ne répondent plus à nos besoins et font même qu'il est très difficile pour l'Organisation de faire son travail avec efficacité et efficience", a constaté le secrétaire général des Nations unies dans un discours prononcé devant les Etats membres, réunis en séance plénière à l'Assemblée générale, dans lequel il a présenté les grandes lignes de son rapport intitulé Investir dans l'Organisation des Nations unies. "Nos règles et règlements ont été conçus pour un Secrétariat essentiellement statique, dont la principale fonction était d'assurer le service de conférences et de réunions des Etats membres et dont les fonctionnaires travaillaient pratiquement tous au siège. Les Nations unies ne répondent plus à cette description", a affirmé Kofi Annan. "Aujourd'hui, grâce aux mandats que nous confient les Etats membres, nous sommes directement engagés dans de nombreuses parties du monde, où nous travaillons sur le terrain pour améliorer le sort de ceux qui sont dans le besoin", a-t-il poursuivi. "Plus de 70 % de notre budget annuel, qui se monte à quelque 10 milliards de dollars, est actuellement consacré au maintien de la paix et à d'autres opérations sur le terrain, contre près de la moitié d'un budget deux fois moins élevé il y a 10 ans". "Dans les 16 années qui ont suivi la fin de la guerre froide, nous avons entrepris deux fois plus de nouvelles missions de maintien de la paix qu'au cours des 44 années précédentes. Les dépenses de maintien de la paix ont quadruplé", a souligné Kofi Annan. "Plus de la moitié des 30'000 agents qui forment notre personnel civil sont aujourd'hui déployés sur le terrain non seulement dans le cadre d'opérations de maintien de la paix, domaine qui a en soi pris beaucoup d'ampleur et a énormément gagné en diversité et en complexité, mais également pour des activités aussi variées que les secours humanitaires, la justice pénale, la surveillance et le renforcement des capacités en matière de droits de l'homme, l'assistance électorale et la lutte contre la drogue et le crime", a-t-il rappelé. "Le nombre d'agents humanitaires qui travaillent sur le terrain a été multiplié par huit". "Ces mandats de plus en plus complexes exigent un personnel doté de compétences différentes. L'ONU doit pouvoir recruter et garder à son service des dirigeants, des gestionnaires et des agents capables de gérer de vastes opérations pluridisciplinaires dotées de budgets de plus en plus élevés", a fait remarquer le Secrétaire général. "Dans l'état actuel des choses, beaucoup de nos agents - notamment ceux de terrain qui exercent leurs fonctions avec beaucoup d'idéalisme et d'intégrité, souvent dans des conditions pénibles et dangereuses - sont découragés et démotivés par l'absence de possibilités d'avancement, et par une administration qui semble à la fois lourde et coupée d'eux", a regretté Kofi Annan. "Malgré toutes les difficultés, notre personnel en fait plus chaque année. Mais notre système de gestion n'est pas à la hauteur. Il n'est pas adapté à la gestion d'opérations mondiales coûtant des milliards de dollars et devant souvent être déployées très rapidement. Tant les fonctionnaires que les Etats membres méritent mieux", a-t-il fait observer. Refondre entièrement le Secrétariat de l'organisation"Le moment est venu d'opérer des réformes
plus profondes. Ce qu'il faut faire et ce que nous avons la
chance unique d'entreprendre, c'est refondre complètement
l'ensemble du Secrétariat - ses règles, sa structure,
ses rouages - pour qu'il soit mieux adapté aux réalités
d'aujourd'hui et puisse mener à bien les nouvelles opérations
que les Etats membres lui confient et attendent de lui qu'il exécute",
a relevé le secrétaire général des
Nations unies. "Tout comme ce bâtiment, qui, après avoir été réparé et entretenu au coup par coup pendant 56 ans, a maintenant besoin d'être rénové de fond en comble, notre organisation elle aussi a besoin d'être entièrement remise à neuf, ce qui ne sera possible que s'il existe une volonté soutenue d'y parvenir, à tous les niveaux de la hiérarchie", a-t-il fait observer. "Le rapport contient des propositions relatives à sept domaines principaux, à commencer par le capital humain - c'est-à-dire la manière dont nous recrutons, encadrons et motivons les femmes et les hommes chargés d'exécuter les mandats que vous nous confiez", a-t-il commenté.
La coopération des Etats membres"Ces propositions de changement sont toutes interdépendantes,
car leur réalisation dépend également de
l'observation des normes de déontologie les plus élevées
partout au Secrétariat - objectif en vue duquel j'ai
déjà, avec votre appui, pris des mesures - et de
la réforme de nos systèmes de contrôle et
de justice interne, qui font l'objet d'examens distincts",
a fait remarquer Kofi Annan. "Si la réforme échoue dans l'un ou l'autre de ces domaines, la valeur des réformes menées dans tous les autres risquera d'être fortement réduite, voire réduite à néant. C'est pourquoi je ne saurais assez insister pour que les Etats membres envisagent ce processus comme un tout, et coopèrent sans arrière pensée avec l'administration et le personnel du Secrétariat", a-t-il fait encore observer. "Je suis tout à fait conscient que cette confiance ne peut être considérée comme allant de soi. Je sais que de nombreux Etats se sentent dépourvus de toute influence réelle sur les affaires de l'Organisation et cherchent à y remédier en affirmant leur autorité sur des questions de détail. Ce faisant, ils perturbent la répartition du travail qui devrait exister entre le secrétaire général, qui est le plus haut fonctionnaire de l'Organisation, et l'Assemblée générale", a-t-il précisé. "Nous devons absolument trouver le moyen de rétablir la confiance et de restaurer notre partenariat, en comprenant bien nos rôles respectifs. Le rôle de l'organe directeur est de définir des orientations stratégiques à l'intention de l'administration et de demander à celle-ci des comptes sur les résultats obtenus. Le rôle de l'administration est d'obtenir ces résultats de façon efficace et transparente, afin que l'on puisse la juger sur pièces", a-t-il rappelé. "Cette réforme n'est pas une opération de réduction des coûts, pas plus qu'une tentative de prise de pouvoir par le Secrétariat, ou une tentative désespérée pour amadouer un ou deux gros bailleurs de fonds", a-t-il encore précisé. "Certes, ces propositions permettront de réaliser de réelles économies, puisqu'elles réduiront effectivement, à terme, le coût d'un grand nombre de nos activités, dont l'exécution aura été simplifiée. Mais ce que montre surtout le rapport, c'est que pendant des années l'Organisation a été avare d'investissements - dans les ressources humaines, les systèmes informatique et de la télématique - et qu'aujourd'hui, il faut absolument récupérer le temps perdu", a-t-il souligné. "J'ai intitulé ce rapport Investir dans l'Organisation des Nations Unies parce que je crois que les Etats membres doivent être prêts à consentir des investissements importants" [ ]"S'ils sont réellement prêts à faire cet investissement, tous les Etats membres constateront, lorsque les effets des réformes se feront sentir, qu'ils ont à leur disposition une organisation mieux structurée et plus transparente, qu'ils peuvent plus facilement diriger et qui répond plus rapidement et plus efficacement à leurs instructions", a remarqué Kofi Annan. "Surtout, ils auront une organisation plus utile aux centaines de millions de personnes qui, sans y être pour rien, ont besoin de ses services. J'entends par là les personnes menacées par la misère, par la faim, la malnutrition et les maladies endémiques ou les épidémies, par la désertification et d'autres formes de dégradation de l'environnement, par les catastrophes naturelles, par les conflits civils, l'anarchie, la violence et le crime organisé transnational, par le terrorisme, par l'oppression et la mauvaise gouvernance, par le génocide, le nettoyage ethnique et d'autres crimes contre l'humanité", a conclu Kofi Annan. |