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Le 15 décembre 1998, la mission parlementaire dirigée par le président de la Commission de la défense de l'Assemblée nationale, Paul Quilès, remettait un imposant rapport en quatre volumes. Fait exceptionnel, les rapporteurs avaient notamment obtenu la levée du secret défense sur les transferts d'armes de la France au Rwanda pendant la période 1990-1994. La vérité est accablante. Selon le rapport, les liens de la France avec le régime hutu du président Habyarimana semblaient si forts que rien ne lui avait été refusé pour tenter de le sauver des attaques internes de l'opposition et de l'offensive de guérilla du Front patriotique rwandais. Un dispositif militaire français, le détachement Noroît, censé protéger les ressortissants français, a été installé fin 1990. Ses missions seront élargies à l'aide militaire au régime et ses effectifs atteindront 688 militaires en mars 1993. De plus, dès mars 1991, la France envoie à Kigali un "Détachement d'assistance militaire et d'instruction" (Dami) dont les effectifs atteindront les cent militaires français. Cette présence est si forte que les parlementaires de la Commission d'enquête considéreront "la présence française à la limite de l'engagement". Mitrailleuses, mortiers, lance-roquettes et des centaines de milliers de munitions ont été livrés en quatre ans. De quoi armer jusqu'aux dents les troupes et les milices du président Habyarimana. Pourtant, sur le plan du droit, la France se trouvait en porte-à-faux. Un accord d'assistance militaire avait bien été signé en 1975 entre la France et le Rwanda, mais il portait seulement sur l'organisation et l'instruction de la gendarmerie. Or, dès l'automne 1990, le Front Patriotique Rwandais commençait des actions de guérilla et des incursions dans le Rwanda et l'assistance "gendarmique" de la France ne pouvait couvrir les livraisons d'armes nécessaires pour soutenir l'armée du président Habyarimana. Qu'à cela ne tienne ! Le 26 août 1992, les diplomates français et rwandais ont signé un avenant à cet accord d'assistance militaire remplaçant tout simplement les mots "gendarmerie rwandaise" par "forces armées rwandaises". Cet avenant est resté secret jusqu'à ce que la commission d'enquête parlementaire demande la levée du "secret défense". Comment se fait-il que les membres de la Commission interministérielle pour l'étude des exportations de matériels de guerre (CIEEMG), tous les représentants dûment mandatés des ministères des affaires étrangères, de la défense, de l'économie et des finances, ignorent les décisions prises par la France en matière d'exportations de mines antipersonnel depuis 1986. C'est à cette date, en effet que selon les directives officielles, la France a cessé d'exporter des mines antipersonnel sauf pour le Rwanda. Notons encore qu'il aura fallu attendre 1998, et la déclassification des dossiers de la CIEEMG, pour apprendre de tels disfonctionnements. Le rapport parlementaire étale au grand jour le décalage entre le discours officiel sur la réglementation "exemplaire" des ventes d'armes françaises et le caractère laxiste de son application. Extraits d'un article de Bruno Barrillot paru dans "La Chronique" d'octobre 1999, Amnesty France. 1. Enquête sur la tragédie rwandaise (1990-1994), les rapports de la mission d'information française (Paul Quilès). Les documents d'information, Assemblée nationale 1998. "J'AI SERRE LA MAIN DU DIABLE". "Il y a ceux qui comptent - les Yougoslaves blancs, européens - et ceux qui ne comptent pas - les Noirs en plein cur de l'Afrique". Les propos du général Roméo Dallaire
sont virulents, le 16 février 2004 à l'occasion
d'une conférence de presse organisée à Paris
pour la promotion de son livre-témoignage. L'ancien commandant
de la mission de l'Onu à Kigali à l'époque
du génocide accuse sévèrement les membres
permanents du Conseil de sécurité : "le monde,
dirigé par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni,
a facilité et encouragé le génocide". |