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Rwanda-Le génocide des Tutsi




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2004, 10 ANS APRES / DISCOURS DU SECRETAIRE GENERAL DES NATIONS UNIES
__Kofi Annan reconnaît l'échec des Nations unies et de la communauté internationale

Genocide in RwandaKofi Annan a reconnu, le 7 avril 2004, la faillite des Nations unies et de la communauté internationale au Rwanda et a annoncé un "plan d'action" pour qu'un tel génocide ne se reproduise plus.

Dans un message lu à Kigali au nom du secrétaire général des Nations Unies par son conseiller spécial pour l'Afrique, Ibrahim Gambari, à l'occasion du 10e anniversaire du génocide au Rwanda, Kofi Annan a admis que "la communauté internationale n'avait pas été à la hauteur au Rwanda". "Cela restera à jamais une source de regrets amers et de chagrin constant pour nous", a-t-il affirmé.

"Le génocide au Rwanda n'aurait jamais dû se produire, mais il s'est produit et ni le secrétariat des Nations Unies, ni le Conseil de sécurité ou les pays membres en général ni les media internationaux n'ont accordé assez d'attention aux signes annonciateurs du désastre". […] Sommes-nous sûrs que, confrontés à un nouveau Rwanda, nous serions capables de réagir efficacement et à temps ? Nous n'en sommes pas du tout certains", a-t-il demandé.

DIX ANS APRES LE GENOCIDE, LE RWANDA NOUS MONTRE QUE L'ON PEUT DEPASSER LA TRAGEDIE ET REPRENDRE ESPOIR

En cette Journée internationale de réflexion sur le génocide au Rwanda, je voudrais tout d'abord rendre hommage au peuple rwandais pour le ressort remarquable et la grande dignité avec lesquels il s'emploie à surmonter le traumatisme qui a frappé sa nation. Je voudrais également exprimer ma reconnaissance au gouvernement rwandais pour le souci d'ouverture avec lequel il s'est engagé sur la voie de la reconstruction et de la réconciliation. Le Rwanda a beaucoup à apprendre au monde pour ce qui est de faire face à l'héritage du passé, et il nous montre que l'on peut dépasser la tragédie et reprendre espoir.

Nous sommes tous douloureusement conscients que le génocide rwandais n'aurait jamais dû avoir lieu. Ni le Conseil de sécurité, ni le Secrétariat de l'ONU, ni les Etats Membres en général, ni les médias internationaux n'ont prêté suffisamment d'attention aux nombreux signes annonciateurs de la catastrophe. Au moins 800'000 hommes, femmes et enfants ont été abandonnés à la mort sous l'une de ses formes les plus barbares, celle qui est infligée par ses propres voisins. La communauté internationale a manqué à ses devoirs envers le Rwanda, et cela doit nous laisser pour toujours d'amers regrets et une profonde tristesse.Up

En ma qualité, à l'époque, de Chef du Département des opérations de maintien de la paix, j'ai engagé vivement des dizaines de pays à fournir des contingents. J'étais convaincu, alors, d'agir au mieux de mes capacités. Mais, après le génocide, je me suis rendu compte que j'aurais pu et dû en faire davantage pour donner l'alerte et mobiliser de l'aide. Ce regret poignant et la douloureuse pensée de la Bosnie-Herzégovine ont eu beaucoup d'influence sur mes idées et sur bon nombre de mes actions en tant que secrétaire général [des Nations unies].

Dix ans plus tard, nous tentons toujours de remédier aux conséquences. Au Rwanda même, l'Organisation des Nations unies fait tout ce qui est en son pouvoir pour aider la population à se remettre et à se réconcilier. Nous sommes présents partout dans le pays : nous déminons, rapatrions des réfugiés, remettons en état des dispensaires et des écoles, aidons à mettre sur pied un système judiciaire et faisons bien d'autres choses encore. En Tanzanie, un tribunal pénal international institué par les Nations Unies a prononcé des verdicts sans précédent. Pour la première fois en effet, un ancien chef de gouvernement et des journalistes ont été jugés coupables de génocide, et le viol a été reconnu comme acte de génocide. L'ONU fait ce qu'elle peut pour aider les Rwandais, en particulier ceux de la nouvelle génération, qui représente l'avenir du pays, à édifier ensemble une société nouvelle.

Mais nous, la communauté internationale, sommes-nous sûrs que nous avons tiré les leçons de l'expérience du Rwanda? S'ils se trouvaient face à un nouveau Rwanda aujourd'hui, les États Membres pourraient-ils et voudraient-ils réagir à temps et efficacement? Nous ne pouvons nullement l'affirmer.

C'est la raison pour laquelle j'ai décidé, tout à l'heure, de saisir la présente occasion pour annoncer à la Commission des droits de l'homme de l'ONU, à Genève, un Plan d'action à l'échelle du système des Nations Unies pour la prévention des génocides. Avec le poids de toute la communauté internationale, ce plan vise à prévenir les conflits armés qui offrent le cadre le plus propice aux génocides; à protéger les civils et, en particulier, les minorités, qui sont les principales cibles; à mettre fin à l'impunité, par l'institution de systèmes judiciaires solides, tant nationaux qu'internationaux; et, enfin, à améliorer les systèmes d'alerte rapide, afin que les signes annonciateurs d'un génocide soient reconnus.

Nous ne pouvons nous permettre d'attendre que le pire se soit produit, ou soit déjà en train de se produire, pour donner l'alerte. Et s'il y a un héritage que j'aimerais passer à mes successeurs, c'est une ONU mieux équipée pour prévenir le génocide et capable de prendre des mesures résolues en vue d'y mettre fin lorsque la prévention a échoué.

En cette Journée internationale de réflexion, exprimons nos profonds remords pour l'horreur qui a frappé le Rwanda. Prenons conscience que nous sommes tous membres de la famille humaine. Et prenons la résolution de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter qu'une telle tragédie se reproduise jamais, nulle part.
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