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LA COMMEMORATION DU GENOCIDE RWANDAIS >Conférence sur le génocide >Laccord de paix dArusha >Le TPIR en bref |
Les présidents ougandais, sud-africain et kenya, les premiers ministres belge, éthiopien et tanzanien, les vice-présidents burundais et de la République démocratique du Congo ainsi que le président de l'Union africaine ont assisté à la cérémonie. Après une brève prière, une dizaine de cercueils ont été mis sous terre et des gerbes de fleurs déposées par diverses personnalités. Le président Kagame a ensuite allumé une bougie en signe du "plus jamais ça". Une visite du mémorial a été alors organisée. Les cérémonies se sont poursuivies au stade Amahoro (Paix) de Kigali où ont pris place plus de vingt mille personnes. Le président Kagame va notamment prononcer un discours. Il y aura également des témoignages de rescapés. A 12 heures locales (10 heures GMT), tout le pays s'est tu pendant trois minutes en mémoire des victimes. Une veillée funèbre est prévue au stade Amahoro. Le gouvernement a par ailleurs décrété une semaine de deuil national jusqu'au 13 avril. Le ministre de la jeunesse et des sports, en charge des mémoriaux du génocide, a indiqué que les drapeaux seront en berne au cours de cette période. Des conférences-débats centrées notamment sur la mémoire, la justice et les problèmes des rescapés vont marquer cette semaine de deuil. KAGAME REAFFIRME SA VOLONTE DE COMBATTRE LE GENOCIDEArusha, le 7 avril 2004 (FH) Le président rwandais, Paul Kagame, a affirmé à Arusha sa volonté de combattre le génocide au cours d'un discours à l'occasion de la commémoration des massacres commis contre les Tutsis en 1994. Paul Kagame, qui avait invité certains chefs d'Etat de la région dont les présidents d'Afrique du sud, d'Ouganda et du Kenya, ainsi que le premier ministre belge, a déclaré que son gouvernement a mis en place des mécanismes légaux et institutionnels visant à s'assurer que les Rwandais "jamais plus ne commettent ou ne soient victimes" d'un génocide. Il a reconnu que ses concitoyens portent "la responsabilité première de ce qui s'est passé" en 1994 mais a également condamné la communauté internationale pour ses manquements. Paul Kagame a demandé pardon au nom de ces Rwandais qui ont commis le génocide, déclarant que le remords est un pré-requis du "plus jamais". Le président rwandais a ensuite fustigé les puissances occidentales ainsi que l'ONU qui ne sont pas intervenues pendant le génocide. Il a notamment reproché aux Etats Unis d'avoir d'abord refusé d'utiliser le terme génocide pour qualifier les tueries qui se déroulaient au Rwanda et à la Belgique d'avoir retiré ses soldats de la Mission des Nations Unies pour l'assistance au Rwanda. Le pays qui a été le plus critiqué a été cependant la France, accusée d'avoir entraîné et armé des soldats et des miliciens hutus, sachant qu'ils préparaient un génocide contre les Tutsis, a dit Paul Kagame. Paris a été par ailleurs mis en cause pour "l'opération turquoise". Selon le président rwandais, Turquoise a permis aux "génocidaires" de fuir vers l'ex-Zaïre, au lieu de protéger les Tutsis menacés. La France était représentée aux cérémonies de mercredi par son secrétaire d'Etat aux affaires Etrangères, Renaud Muselier. Le premier ministre belge a une nouvelle fois demandé pardon aux Rwandais et a regretté que son pays ait préféré partir, ignorant "le devoir d'ingérence et surtout de fraternité". Le président sud-africain a également demandé
pardon car, a-t-il dit, son pays, alors encore sous l'apartheid,
a armé l'ancien régime rwandais. L'orateur qui a
estimé qu'il n'avait aucune raison de présenter
des excuses est le président ougandais, Yoweri Museveni,
qui a reconnu publiquement que son pays avait soutenu militairement
le Front patriotique rwandais de Paul Kagame dans sa guerre contre
le gouvernement de l'ancien président Juvénal Habyarimana,
dont la mort dans un attentat, le 6 avril 1994, a déclenché
le génocide. Museveni, qui préside la Communauté d'Afrique de l'Est, a profité de l'occasion pour annoncer qu'il a instruit le secrétaire général de cette organisation d'entamer des pourparlers avec le Rwanda et le Burundi afin qu'ils entrent dans la communauté. La communauté d'Afrique de l'Est regroupe le Kenya, l'Ouganda et la Tanzanie. KAGAME BLAME LES RWANDAIS EUX- MEMESKigali, le 7 avril 2004 (FH) Le président rwandais Paul Kagame a indiqué que les Rwandais eux-mêmes devaient endosser la responsabilité du génocide qui a fait près d'un million de morts entre avril et juillet 1994. Il a fait cette déclaration au cours d'une allocution prononcée au stade de football de Kigali, le stade Amahoro ( paix) lors de la commémoration du dixième anniversaire de cette tragédie. "Même si l'origine du génocide a ses racines dans le gouvernement colonial, ils [les colonisateurs] n'étaient que des spectateurs ", a estimé le dirigeant rwandais, expliquant que la responsabilité première de ce qui s' est passé il y a dix ans repose sur le peuple rwandais. Il a ajouté que les Rwandais devraient ressentir du remord et s'engager à rebâtir le tissu social déchiré. Kagame a cependant félicité le Front Patriotique Rwandais (FPR, ex-mouvement rebelle) d'avoir mis fin au génocide seul, accusant la communauté internationale d'avoir abandonné le Rwanda durant les moments difficiles. "J'éprouve de l'estime pour nos soldats qui ont combattu nuit et jour, et non pour la force onusienne qui a fui au lieu de s'acquitter de sa mission", a-t-il fait remarquer. Le président Kagame commandait les troupes du FPR en 1994. "J'ose espérer que la communauté internationale se réformera. Les Rwandais, pour leur part, ont tiré des leçons", a-t-il ajouté. D'après Kagame, même si les soldats belges étaient les premiers à se retirer du Rwanda, laissant derrière eux des milliers de réfugiés à la merci des assaillants, ils méritent des éloges ne fut-ce que par leur sens du remord. "Nous acceptons leurs excuses". C'est la première fois que le génocide rwandais
est commémoré à travers le monde. Le 23 décembre 2003, les Nations Unies ont reconnu la journée du 7 avril comme "Journée internationale de réflexion sur le génocide de 1994 au Rwanda". L'ANNIVERSAIRE DU GENOCIDE N'A PAS DRAINE DE FOULE DANS LE VILLAGE DU PREMIER CONDAMNE DU TPIRTaba (Gitarama), 7 avril 2004 (FH)- Dans un bois d'eucalyptus en face du bureau du district de Kamonyi (province de Gitarama, centre du Rwanda) qui regroupe les anciennes communes de Runda et Taba, une messe est organisée dans le cadre de la commémoration du dixième anniversaire du génocide. Les deux jeunes prêtres qui célèbrent cet office sont debout en face d'un cimetière où les restes de près de 200 personnes ont été inhumés la veille. La messe n'a pas drainé grand monde. C'est pourtant sur cette colline de Gishyeshye que l'ancien maire de Taba, Jean Paul Akayesu, aujourd'hui détenu au Mali, aurait donné le coup d'envoi du génocide dans sa commune. Akayesu est le premier ex-dirigeant rwandais à avoir été condamné par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). "C'était le 19 avril (1994). La population avait décidé de mettre en échec les Interahamwe. Mais Akayesu, qui rentrait d'un réunion à la préfecture, a rassemblé les gens ici et leur a dit qu'il fallait désormais tuer tout Tutsi", se souvient Illuminata Mukabyagaju, vice-maire en charge de la promotion féminine. En tout 1'000 personnes auraient été tuées dans ce secteur, selon les estimations de la vice- maire. Pourquoi la population n'est elle alors pas venue nombreuse pour cette commémoration ? "C'est une période de travaux agricoles. Les gens sont allés sarcler leurs haricots", explique-t-elle. Au petit centre de négoce de Gacurabwenge, non loin de là, boutiques et débits de boisson sont ouverts comme à l'accoutumée. "J'ai enterré hier les restes des miens. Ce qu'il me faut ce n'est pas une messe mais une assistance pour mes vieux jours", indique Veronica en train d'acheter du sel. Les officiels ne se sont pas plus dérangés pour cette messe. C'est le cas du responsable du secteur de Ruyenzi, Jonathan Tuyisabe qui affirme, cependant, que beaucoup de personnes ont été tuées pendant le génocide dans son entité administrative. Contrairement à Gishyeshye, Ruyenzi n'a pas encore commencé
à offrir une sépulture digne à ses victimes.
"Nous allons commencer à les inhumer la semaine prochaine.
La tâche n'est pas facile. De nombreuses personnes ont été
jetées dans des latrines et des fosses communes". Au centre commercial de Runda, à moins d'un kilomètre de sa maison, l'épouse de Tuyisabe, tailleur, reçoit ses clientes comme d'habitude. Dans les bistrots, les hommes sirotent au chalumeau leur vin de banane. "Ce n'est pas que j'aie oublié les miens que j'ai perdus pendant le génocide ", explique Gilbert qui tient un débit de boisson à Runda. Mais je dois travailler pour survivre". Cette faible mobilisation dans le district de Kamonyi contraste avec Kigali, à moins de 20 kilomètres. Là, tous les commerces sont fermés au centre ville et la circulation est réduite à sa plus simple expression. Les foules se sont rassemblées au mémorial de Gisozi, le matin, et au stade Amahoro, l'après-midi. LA REACTION DES RWANDAIS A L'EVOCATION DE 1994Kigali, le 7 avril 2004 (FH) Les Rwandais présents au stade Amahoro à Kigali où les cérémonies de commémoration du dixième anniversaire avaient lieu mercredi après-midi ont exprimé leur tristesse et leur émotion à l'évocation par des survivants des événements de 1994. Au stade, Hirondelle a vu plus de 20 personnes s'évanouir suite au choc éprouvé après avoir entendu des survivants raconter leurs épreuves au cours du génocide de 1994. Beaucoup d'autres pleuraient chaudes larmes, tandis que d'autres encore éprouvaient des émotions diverses. La commémoration se poursuit cette nuit au stade, où les Rwandais allumeront des bougies en souvenir des proches qu'ils ont perdu. D'autres veillées auront également lieu un peu partout au Rwanda, dans des petites communautés comme au sein des familles. Le président rwandais, Paul Kagame, devrait également prononcer un bref discours à minuit moins dix. Au cours de la veillée au stade, une chorégraphie commémorative sur le thème du génocide sera présentée. En respect pour la solennité du jour, la vie à Kigali s'est quasiment arrêtée. Les magasins sont fermés, très peu de véhicules circulent, les habitants s'étant rendus en masse au stade de football d'Amahoro. LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE ADMET AVOIR ABANDONNE LE RWANDA EN 1994Kigali, le 7 avril 2004 (FH)- Des représentants de la communauté internationale ont fait leur mea culpa pour n'avoir pas aidé le Rwanda durant le génocide de 1994. Le premier ministre belge Guy Verofstat a présenté ses excuses au nom de son pays pour n'avoir pas assisté ce pays durant les massacres, devant une foule de 30.000 personnes rassemblées au stade de football de Kigali, le stade Amahoro (paix). "Je demande encore pardon au noms des Belges", a-t-il dit, soulignant qu'ils n'avaient pas fait assez pour arrêter ces massacres. Il a ajouté que " l'Europe doit revoir sa politique vis-à-vis de l'Afrique". Le président sud africain Thabo Mbeki a quant lui indiqué que son pays ne pouvait pas venir en aide au Rwanda durant cette période, en raisons des élections (présidentielles) qui s'y déroulaient. "Notre préoccupation était de sortir de l'apartheid, c'est pourquoi nous n'avons pas fait assez contre cette tragédie qui s'est abattue sur le peuple rwandais en 1994", a-t-il dit. A cette époque, les Sud-africains se rendaient aux urnes pour la première fois de leur histoire, au cours d'élections pluralistes qui avaient porté au pouvoir l'ex-président Nelson Mandela, mettant ainsi fin à plusieurs décennies d'apartheid. "Pour cela nous sommes redevables au peuple rwandais à qui je présente mes excuses en toute sincérité et humilité", a poursuivi le dirigeant sud africain. Le président Mbeki a également mis au défi la communauté internationale, se demandant pourquoi la force onusienne au Rwanda à cette époque, et son commandant, le général Roméo Dallaire, avaient été abandonnés par ceux-là même qui les avaient envoyés. Les Etats-Unis étaient représentés par
son Ambassadeur pour les crimes de guerre, Pierre Richard Prosper. Il n'a fait aucun commentaire au nom de son pays, qui a également été accusé par le président Paul Kagame d'avoir abandonné le Rwanda en 1994. Cependant, le numéro un rwandais a assuré avoir "pardonné tous ceux qui avaient la capacité de sauver le Rwanda mais ne l'avaient pas fait". LE DISCOURS DE KAGAME PROVOQUE LA COLERE DE PARISKigali, le 7 avril 2004 (FH) - Les critiques formulées par le président rwandais, Paul Kagame, contre la France à l'occasion de la commémoration du dixième anniversaire ont provoqué la colère de Paris, a confirmé à l'agence Hirondelle le ministre rwandais des affaires étrangères, Charles Muligande. Le chef de la diplomatie rwandaise a indiqué que le secrétaire d'Etat à la coopération qui représentait la France aux cérémonies lui a déclaré que les propos tenus par Paul Kagame contre son pays sont "inacceptables". Le délégué français aurait décidé d'écourter sa visite à Kigali en signe de protestation. "Nous ne savions pas quand il devait partir", a indiqué Charles Muligande, ajoutant que si le délégué français devait rentrer prématurément "dans le but de chercher la publicité, que ce soit ainsi". "Nous attendions mieux de sa part eu égard à ce qui est arrivé dans ce pays. La moindre chose que nous aurions attendu ce sont des excuses au sujet du rôle de la France pendant le génocide", a poursuivi Charles Muligande. Dans son discours, Paul Kagame avait accusé Paris d'avoir entraîné et armé les miliciens et les militaires de l'ancien régime hutu responsable du génocide contre les Tutsis en 1994. Le président rwandais a par ailleurs reproché au gouvernement français d'avoir participé à l'opération turquoise destinée, a-t-il dit, à permettre aux "génocidaires" de fuir et non à sauver les Tutsi menacés. Paul Kagame, qui a expliqué qu'il refusait de se réfugier derrière le langage diplomatique, a ajouté que lors d'un entretien avec un officiel français à Paris en 1992, celui-ci lui avait déclaré que s'il devait poursuivre la guerre contre l'ancien gouvernement, tous les Tutsis allaient être tués. Kagame était le commandant en chef du Front patriotique rwandais (FPR) en rébellion contre Kigali. "C'était une stratégie, une option pour nous empêcher de combattre alors que nous combattions pour nos droits", a conclu Paul Kagame. Source: Agence d'Information, de Documentation et de
Formation (AIDF) - Fondation Hirondelle. |