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LA COMMEMORATION DU GENOCIDE RWANDAIS >Conférence sur le génocide >Laccord de paix dArusha >Le TPIR en bref |
Interrogé plus tard à ce sujet par le quotidien suisse "Le Temps", le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, alors responsable des opérations de maintien de la paix dans le monde, répondait : "les gens sont toujours plus lucides après les événements". Au commencement était la guerreEn 1959, lors de troubles politiques suivant l'accession à l'indépendance du Rwanda, des dizaines de milliers de Rwandais d'ethnie tutsie s'exilent en Ouganda pour échapper à des tueries inter-ethniques. Pendant 35 ans, le pouvoir sera confisqué par la majorité hutue. Le 1er octobre 1990, la rébellion tutsie du Front patriotique rwandais (FPR), constituée pour l'essentiel de la seconde génération des Rwandais exilés en Ouganda, lance depuis sa base arrière une attaque contre le régime autoritaire du général-président Habyarimana, au pouvoir depuis 1973. Menacé de l'extérieur alors que l'opposition intérieure grandit, le régime se durcit. Environ dix mille Tutsis "de l'intérieur" et Hutus suspectés d'être de mèche avec les assaillants sont interpellés, après un simulacre d'attaque sur Kigali, dans la nuit du 4 octobre 1990. Une fois relâchés, ils constitueront le noyau des partis politiques d'opposition qui seront autorisés en juin 1991, un an après le sommet "France-Afrique" de La Baule au cours duquel François Mitterrand avait conditionné l'aide économique aux réformes politiques. Une convergence de facteursLe multipartisme est donc lancé sur fond de guerre
civile. Alors que les belligérants tentent de consolider
leurs positions, les partis politiques bataillent pour entrer
au gouvernement. Habyarimana cède en avril 1992 sous la
pression combinée de la rue et des bailleurs de fonds. Cette ouverture permet à Kigali d'entamer des négociations directes, à Arusha, avec la rébellion et son mouvement politique, le Front patriotique rwandais (FPR). Elles sont longues et difficiles, parfois totalement interrompues, comme lorsque éclatent des massacres de Tutsis à Gisenyi (nord-ouest) en décembre 1992 et en janvier 1993. Ces massacres ravivent le souvenir de ceux du Bugesera (Kigali rural) en mars 1992 ou chez les Bagogwe (Gisenyi-Ruhengeri) en janvier 1991. A la suite de ces massacres, le FPR lance une "expédition punitive" en février 1993 et arrive aux portes de Kigali, après avoir commis à son tour de nombreux massacres. Près d'un million de personnes sont déplacées. Parallèlement les partis politiques poursuivent leur implantation dans le pays, souvent en utilisant des méthodes violentes. Un phénomène caractéristique de cette période mouvementée est la pratique dite "kubuhoza" (libérer), par laquelle les politiciens recrutent de force et tentent de chasser ou tout au moins déstabiliser les autorités locales (préfets, maires, conseillers municipaux) qui ne leur sont pas favorables. C'est ainsi que naît l'idée de la création des "ailes jeunesse" de partis qui se métamorphoseront en milices d'autodéfense. En 1994, les Interahamwe de l'ex-parti présidentiel, le MRND, et les Impuzamugambi du parti radical anti-tutsi CDR, seront ainsi le fer de lance du génocide. A la même époque, on assiste à l'éclosion d'une presse partisane qui évoluera en "médias de la haine". A la veille du génocide, la "virulence" anti-tutsie et anti-opposants de la revue Kangura et de la Radio-télévision libre des Mille collines (RTLM) ont atteint un paroxysme. Accord à l'arrachéeEn août 1993, à Arusha, un accord de
paix est conclu à l'arrachée entre le gouvernement
et le FPR. Il prévoit notamment la formation d'un cabinet
"à base élargie" et l'intégration
des forces rebelles du FPR à l'armée régulière. Pour superviser l'application de cet accord, l'ONU envoie au Rwanda un contingent de quelque 2'500 hommes, la MINUAR. Le début de la mission onusienne coïncide avec le coup d'Etat militaire du 21 octobre 1993 au Burundi, au cours duquel le président hutu démocratiquement élu Melchior Melchior Ndadaye trouve la mort. "L'assassinat du président burundais était pour les propagandistes anti-tutsis le genre de tragédie le plus utile pour faire progresser leur cause" au Rwanda, écrit l'historienne et activiste des droits de l'homme Alison Des Forges. Cet événement est largement exploité par la RTLM qui avait commencé à émettre depuis trois mois. Cette radio diffuse par ailleurs des chants de guerre pourtant proscrits depuis la signature de l'accord de paix. "Hutu power"Dans la foulée, un riche homme d'affaires, membre du comité directeur du Mouvement démocratique républicain (MDR, le plus grand parti d'opposition), Frodouald Karamira, organise un meeting politique à Kigali au cours duquel il lance le slogan "hutu power", qui traduit la radicalisation ethnique d'une partie des militants des mouvements politiques : la plupart des formations politiques se disloquent en tendances extrémiste ("power") et modérée "(amajyojyi) qui se disputent la légitimité. Ceci retarde la mise en place du gouvernement et du parlement de transition prévus par les accords de paix, plusieurs partis présentant deux listes. Le 5 janvier 1994, Habyarimana prête serment comme président de la République selon l'esprit d'Arusha. Mais l'investiture du gouvernement et du parlement n'aura jamais lieu, les blocages politiques persistant tant du côté du régime que du FPR. La tension monte d'un cran le 21 février quand un leader charismatique de l'opposition, le ministre des travaux publics, Félicien Gatabazi, est assassiné devant son domicile à Kigali. Le lendemain, en guise de représailles, le président du CDR, Martin Bucyana, est lynché par une foule en colère à Butare (sud), la région natale de Gatabazi. De nouvelles violences éclatent, notamment à Kigali et à Cyangugu (sud-ouest), le fief de Bucyana. Guerre civile, constitution de milices, montée de l'extrémisme, propagande anti-tutsie dans certains médias, tous les ingrédients sont réunis pour déclencher "l'apocalypse". Le 6 avril 1994, à 20h25, l'avion du président Habyarimana s'écrase alors qu'il approche de l'aéroport de Kigali. Quelques heures plus tard, le génocide rwandais commence. Source: Agence d'information, de documentation et de
formation (AIDF) - Fondation Hirondelle. |