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LA COMMEMORATION DU GENOCIDE RWANDAIS >Conférence sur le génocide >Laccord de paix dArusha >Le TPIR en bref |
La vérité, une vérité que leur mère, Joseline*, leur a toujours cachée, c'est que ces deux enfants sont nés d'un viol. En 1994, sur une des collines où les milices Hutu menaient les massacres de Tutsis, Joseline* a subi des viols à répétition, avant d'être emmenée en captivité par les milices qui fuyaient le pays après la défaite militaire du gouvernement intérimaire. C'est en République démocratique du Congo, où Joseline* a passé les deux années suivantes, qu'elle a donné naissance d'abord à Paul puis à Pauline. Elle ne sait pas qui, des dizaines de violeurs qui la séquestraient, est le père de chacun des enfants. Au cours de ces viols, Joseline* a également contracté le virus du SIDA. Mais aujourd'hui, ce qui lui importe le plus, c'est "de voir mes enfants mener une vie meilleure. Ils sont à moi." "Je veux construire une grande maison pour maman quand je serai grand", dit Paul. "Je lui achèterai une belle voiture", rétorque Pauline, en arpentant le petit salon de la maison. Au Rwanda, il n'existe aucun chiffre officiel quant au nombre de victimes de viols pendant le génocide. La Croix Rouge Internationale cite un rapport de l'ONU faisant état de quelque 250'000 victimes. Et les organisations des droits de l'homme locales et internationales s'accordent à dire que le viol, très répandu, était utilisé en tant qu'arme de destruction du groupe ethnique tutsi. De plus, les deux tiers des victimes auraient attrapé le SIDA. Tous les Paul et Pauline du Rwanda n'ont pas la chance d'être
aimés de leur mère. Un peu partout dans le pays,
certains enfants nés d'un viol ont été soit
totalement abandonnés par leur mère, ou vivent avec
elles sans être désirés. Pour certaines, ces
enfants leur rappellent l'horreur qu'elles ont vécu, et
qu'elles vivent encore. La riche tradition rwandaise d'attribution
de noms a servi d'expiatoire pour certaines d'entre elles, qui
ont prénommé leurs enfants Gaterahamwe (petite milice)
ou Gahoro (petite machette). Des tueurs adolescentsSi certains enfants portent le nom des crimes de leurs pères, d'autres portent la responsabilité de leurs propres crimes. Au cours du génocide, certains parents ont emmené leurs enfants quand ils partaient "travailler" (euphémisme pour tuer utilisé pendant le génocide). A Gikongoro, au sud-ouest du Rwanda, Charles*, alors âgé de huit ans, a frappé à mort le bébé de son voisin tutsi. "J'ai vu mon père tuer une fille qui avait fui. Après ça, il rentrait tous les soirs à la maison en nous disant combien de Tutsis ils avaient tué", se souvient Charles. Il réfute pourtant l'idée que son père ait été son mentor. "J'ai tué quand le fils aîné de mon voisin m'a dit de le faire. A l'époque, je croyais que ce genre de choses devaient être faites seulement par des adultes". Aujourd'hui, deux ans après avoir été libéré de prison, Charles est capitaine de l'équipe de football locale. "Ce matin-là, j'aurais préféré aller jouer au foot. J'aimerais que rien de tout cela ne soit arrivé". A part jouer au football, Charles ne semble pas faire grand-chose d'autre. Il ne va pas à l'école, et sa seule activité professionnelle consiste en de petits travaux manuels, à l'occasion. Son père est en prison et sa mère est incapable de s'occuper de Charles et de ses trois frères et soeurs. "La seule chose qui me fasse plaisir, c'est d'avoir été bien reçu dans ma communauté ", explique-t-il. "Qu'est-ce que je pourrais demander de plus ?" conclut-il. L'année dernière, le Rwanda a libéré tous les suspects de génocide mineurs à l'époque du génocide. Ils ont d'abord été placés dans des camps de réhabilitation, avant d'être totalement libérés. Plus qu'orphelinsIl existe une troisième catégorie "d'enfants du génocide", ceux qui, dans la plupart des cas, se sont retrouvés avec des responsabilités normalement dévolues à des beaucoup plus âgés qu'eux. Christiane Uwimpaye, aujourd'hui 22 ans, a perdu ses deux parents et tous ses proches pendant le génocide. A 12 ans, elle s'est retrouvée chef de famille, avec quatre "enfants", ses frères et ses soeurs, dont elle devait s'occuper. Christiane a pu aller à l'école pendant trois ans avant d'être obligée d'arrêter pour subvenir aux besoins de sa "famille". "Je n'avais pas le choix," explique t-elle, assise sur un tapis, dans sa petite maison. Cette maison, et les rares meubles qu'elle contient, représente tout ce qu'elle et ses frères et surs ont hérité de leurs parents. "Je vends des bananes sur le bord de la route. C'est ainsi que je m'en sors, jour après jour". Au même moment, son plus jeune frère ouvre la porte et lui demande si elle s'est souvenue qu'elle devait lui acheter un cahier d'exercices pour l'école. Le gouvernement rwandais assure la gratuité de l'éducation aux orphelins du génocide. Mais, pour Christiane et ses semblables, subvenir aux besoins de leur "famille" n'est pas simplement un devoir de mémoire, c'est avant tout une question d'argent. * Tous les noms donnés dans cet articles sont des pseudonymes,
afin de protéger l'identité des enfants et adultes
interrogés. Source : Agence d'Information, de Documentation
et de Formation (AIDF) - Fondation Hirondelle. |