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Rwanda-Le génocide des Tutsi


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AGENCE HIRONDELLE

LA COMMEMORATION DU GENOCIDE RWANDAIS
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6 AVRIL 2004 / FONDATION HIRONDELLE - AGENCE DE PRESSE / LA COMMEMORATION
__Le génocide au féminin
par Gabriel Gabiro

Fondation HirondelleButare, le 29 mars 2004 (FH) ­ Consolat Mwajuma, 48 ans, fait face à un dilemme insupportable. Si elle devait se retrouver aujourd'hui dans des circonstances identiques à celles qui prévalaient durant le génocide de 1994, tuerait-elle de nouveau son bébé ?

Mwajuma, une paysanne hutu, avait eu un enfant d'un Tutsi. Quand les massacres ont touché son village de Runyinya (préfecture de Butare sud-est du Rwanda), "les miliciens sont venus me voir et m'ont dit de tuer mon bébé. Sinon, c'est moi qui serait tuée".

Comme dans la plupart des cas pendant le génocide, les enfants nés d'unions "mixtes" étaient automatiquement considérés tutsi et devenaient des cibles privilégiées.

Des circonstances particulières

Mwajuma a rencontré les miliciens en plein coeur de son village. Quand ils lui ont ordonné de tuer son bébé de huit mois, "je me suis éloignée, en pleurs. Je ne pouvais pas croire ce qu'ils m'avaient dit. Je me suis dirigé vers la rivière Akanyaru," raconte t-elle. Là, explique t-elle, "j'ai noyé mon bébé".

Cet endroit, admet Mwajuma, se trouve à un kilomètre du lieu où elle a rencontré les miliciens. "J'étais là, près de la rivière, seule. Mais je n'ai jamais réellement pensé épargner sa vie", ajoute t-elle calmement. "Je savais qu'en tant que Tutsi, le bébé devait mourir".

Mwajuma est très pieuse. Elle connaît bien la Bible et l'histoire du bébé juif Moïse, né en Egypte à une époque où Pharaon avait ordonné la chasse à tous les bébés juifs. La mère de Moïse l'avait soustrait aux bourreaux en le cachant dans un panier qu'elle avait laissé flotter sur une rivière.

Mwajuma considère cet acte comme héroïque, et difficile à répéter à "une époque" où tout le monde "ne pensait qu'à sauver sa peau". Quand on lui demande comment elle agirait aujourd'hui, Mwajuma regarde le plafond et prend un moment avant de répondre. "Je leur offrirai ma tête et leur demanderai de me tuer", répond-elle finalement.Up

Désormais, elle passe ses jours entre les hauts murs de brique rouge de la section femmes de la prison centrale de Butare. Quand on lui demande le prénom de son enfant noyé, Mwajuma hésite entre trois noms différents. "Je crois que j'ai oublié jusqu'à son nom", s'excuse t-elle.

L'infirmière

Mwajuma n'est pas un exemple isolé. Une de ses co-détenues est une solide infirmière de 47 ans, Maria Gorrete Mukarubuga, également emprisonnée depuis sept ans.

Mukarubuga est accusée d'avoir tué un garçon de 20 ans et une de ses collègues de l'hôpital universitaire de Butare, où elle travaillait. "Ils m'accusent de génocide", dit-elle, laissant filer un regard plein de ressentiment vers la porte de sa cellule. "Je ne suis pas une meurtrière. Je n'aurais pas tué une collègue plus âgée que moi", ajoute t-elle.

Mukarubuga s'est portée volontaire pour aider à la clinique de la prison, où elle passe la majeure partie de son temps. Ses enfants viennent la voir les jours autorisés. Son mari est mort avant le génocide.

L'autre côté de la prison

Contrairement à la plupart de ses co-détenues, Maria Mukagashugi, 37 ans, affiche un sourire presque constant. Il est difficile d'imaginer qu'elle est détenue depuis sept ans, également accusée de génocide. Un enfant de trois ans lové dans ses bras, elle ressemble à n'importe quelle Rwandaise qui travaille aux champs.

Mukagashugi est accusée de génocide pour son rôle suppose dans le meurtre de l'enfant d'un voisin. Son mari est lui aussi détenu à la prison de Butare, dans la section hommes. La prison héberge 4'000 détenus. Les prisons au Rwanda n'autorisent aucun contact physique entre les détenus, ni avec les visiteurs. Cela explique certainement pourquoi Mukagashugi rougit quand on l'interroge à propos de son fils.

Elle a rencontré le père de l'enfant en prison. Le petit garçon est prénommé fort à propos Nabonibo (ils sont aussi). Un nom qui, dit sa mère, lui rappelle qu'il est un garçon comme les autres.

Nabonibo se rend à la maternelle de fortune de la prison, dirigée par des détenues et n'accueillant que des enfants de détenues. Actuellement, 19 enfants vivent avec leur mère à la prison de Butare. Ils peuvent y rester jusqu'à leur troisième anniversaire.

D'autres femmes accusées

Quelque 90'000 suspects de génocide se trouvent actuellement détenus au Rwanda, dont environ 10% de femmes. La plus célèbre d'entre elles est détenue non au Rwanda mais au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) à Arusha, en Tanzanie. Ministre de la promotion féminine sous le gouvernement intérimaire, Pauline Nyiramasuhuko, originaire de la même province que Mwajuma (Butare, qui compte le plus grand nombre de victimes du génocide), fait face à sept chefs d'accusation de génocide et crimes contre l'humanité.

Première femme accusée de génocide par un tribunal international, Nyiramasuhuko est également la première femme accusée de viol, que ce soit en y incitant ou en les présidant. Parmi les violeurs qu'elle aurait encouragés, se trouve son fils, Arsène Shalom Ntahobali, accusé à ses côtés dans le procès dit "Butare".

De tous les suspects de génocide détenus au Rwanda, celui qui occupait le poste le plus élevé au sein du gouvernement intérimaire est une femme. seule ministre détenue au Rwanda, Agnès Ntamabyariro détenait le portefeuille de la justice dans le "gouvernement de salut public" qui a présidé au génocide.

De notoriété égale, l'ancienne présentatrice à la "radio de la haine", la RTLM, Valérie Bemeriki, est également en prison.

Source : Agence d'information, de documentation et de formation (AIDF) - Fondation Hirondelle.
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