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Rwanda-Le génocide des Tutsi




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RWANDA 1994-2004 / UN LIVRE DU GENERAL CANADIEN ROMEO DALLAIRE
__Rwanda, 1994 : l’humanité au fond du gouffre


ROMEO DALLAIRE   Le livre    Portrait

Roméo DallaireLe général canadien à la retraite Roméo Dallaire, ancien commandant des 2'500 hommes de la Mission des Nations unies au Rwanda (Minuar) - avant et pendant le génocide de 1994 -, a accusé, dans un livre publié en 2003 : "J'ai serré la main du diable". ["Shake hands with the devil"], la communauté internationale, en particulier trois des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne, de ne pas avoir donné à la Minuar les moyens de prévenir ou de stopper le génocide au Rwanda.

Selon lui, avec davantage de troupes et d'équipements, la Minuar aurait pu arrêter ou limiter le génocide des Tutsis et des Hutus modérés au Rwanda. Cette force comptait un bataillon de Casques bleus belges qui a perdu dix hommes, assassinés le 7 avril 1994 par des militaires rwandais.

Intervenant le 6 avril 2004 à la Conférence internationale sur le génocide qui se tenait à Kigali, l'ex-général a dénoncé l'attitude "criminellement responsable" de la communauté internationale" qui a "abandonné" le Rwanda pendant le génocide. "La communauté internationale se fichait complètement des Rwandais, parce que les Rwandais ne comptaient pas", a-t-il assuré.

"Il n'y a aucun pays aujourd'hui, dix ans plus tard, qui ait le droit de se laver les mains du sang rwandais, en tout simplement s'excusant. […] Il revient aux Rwandais de ne jamais laisser oublier [aux représentants de la communauté internationale] qu'ils sont criminellement, et j'utilise le terme "criminellement", responsables pour le génocide".

Dans une interview publiée le même jour par le quotidien français Le Figaro, le général Dallaire affirme que les militaires français qui encadraient l'armée rwandaise à la veille du génocide "étaient tout à fait informés" de la possibilité de massacres et ont ensuite protégé leurs auteurs : "Ils avaient connaissance de ce qui se passait dans les structures militaires. Ils étaient tout à fait informés qu'il se tramait quelque chose qui pouvait conduire à de grands massacres".Up

La responsabilité de la Belgique

Roméo Dallaire s'est montré particulièrement sévère avec la Belgique qui porte elle aussi, selon lui, "une responsabilité criminelle" dans le drame rwandais. "La présence de quatre ministres belges aux cérémonies de commémoration n'atténue pas cette responsabilité", a-t-il ajouté.

Interviewé le 7 avril 2004 par la RTBF, le ministre belge des affaires étrangères Louis Michel a dénoncé les propos "insultants" du général Dallaire, "les paroles de quelqu'un qui désormais incarnera la lâcheté face à des responsabilités qu'il n'a pas prises". Le général Dallaire "a une énorme responsabilité directe dans ce qui s'est passé. Je trouve qu'il est assez mal placé pour faire la leçon aux autres", a dit le ministre. "Lui n'a pas eu ce courage qu'il faut pour reconnaître sa faute. Lui n'a pas eu le courage qu'il faut pour demander pardon à ceux dont il est en partie responsable de la mort. Je ne peux que condamner cela avec une extrême vigueur".

Le télégramme de Dallaire aux Nations unies

Lors d'une déposition devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), en janvier 2004, le général Dallaire s'était dit "déçu" par l'attitude des Nations unies au moment des faits. A un télégramme qu'il avait envoyé le 11 janvier 1994 pour demander l'autorisation de démanteler des caches d'armes à travers le pays, la hiérarchie onusienne lui avait répondu que "cela ne figurait pas dans le mandat de la Minuar", avait-il affirmé à la barre du Tribunal. "J'ai été surpris, déçu. J'étais hors de moi", a-t-il ajouté. Il témoignait dans le procès de quatre officiers supérieurs des ex-Forces armées rwandaises (FAR), dont l'ancien directeur de cabinet au ministère de la Défense, le colonel Théoneste Bagosora, considéré comme le "cerveau" du génocide, et Anatole Nsengiyumava, ancien chef de la gendarmerie rwandaise.

Kofi Annan, l'actuel secrétaire général des Nations unies, était à la tête du département des opérations de maintien de la paix au siège de l'organisation mondiale à New York à cette époque.

Roméo Dallaire, "J'ai serré la main du diable. La faillite de l'humanité au Rwanda", éd. Libre expression, 2003, 685 p.

ROMEO DALLAIRE : "LA FRANCE NE POUVAIT PLAIDER L'IGNORANCE"

UpLibération LE ROLE DES NATIONS UNIES - ET DE KOFI ANNAN. "Des erreurs ont été commises. J'en ai commis, comme les autres. Toutefois, je ne remets pas en question l'humanisme de l'actuel secrétaire général de l'ONU. Annan et ses hommes étaient littéralement débordés : ils supervisaient seize missions de maintien de la paix. 85'000 Casques bleus étaient déployés aux quatre coins du monde. En outre, après Mogadiscio, personne n'était prêt à prendre le moindre risque en Afrique. Au Rwanda, l'idée prévalait que le génocide était une sorte de débordement entre des tribus qui s'entretuent depuis des siècles ! Pourquoi intervenir ? Comment expliquez-vous que la communauté internationale ait été aussi lente à nommer le génocide ?

"Pour les Occidentaux, le terme de génocide renvoie à l'Holocauste. On ne pouvait pas concevoir l'idée d'un nouveau génocide. Moi-même, cela m'a pris plusieurs semaines avant que je comprenne ce à quoi nous avions affaire. Cela a commencé par la destruction de la mouvance politique en faveur de la réconciliation... Ensuite, on a commencé à tuer ici ou là. Et, brusquement, on s'est aperçu que cette action était canalisée contre les Tutsis et que les tueries se multipliaient... Cette prise de conscience s'est faite progressivement, jusqu'au 26 avril 1994. A ce moment, seuls le Comité international de la Croix-Rouge et moi-même avons employé le terme de génocide. Cela a pris encore beaucoup de temps avant que les autres reconnaissent ce qui se passait. Le secrétaire général de l'ONU, Boutros Boutros-Ghali, utilise le terme "génocide" début mai, mais les Américains attendent encore trois semaines... Ce qui est encore plus pervers, c'est qu'une fois que tout le monde a reconnu qu'il s'agissait bien d'un génocide, personne n'a voulu agir".

LE ROLE DE LA FRANCE. "Primo, ce sont des Rwandais qui ont tué d'autres Rwandais. C'est une mouvance extrémiste hutu qui s'est lancée dans la destruction des Tutsis. Par ailleurs, les membres de la diaspora tutsi n'étaient pas des anges non plus. Les Rwandais étaient prêts à se massacrer. Durant la guerre froide, on a permis aux dictateurs hutu de continuer à agir en vertu d'une philosophie antitutsi. Durant la période coloniale belge, on avait créé le mythe selon lequel Hutu et Tutsi sont automatiquement ennemis. Dès 1990, on sentait que cela pourrait se produire. Les Belges et les Français avaient des instructeurs et des conseillers techniques au sein même du quartier général des forces gouvernementales, ainsi que dans les unités d'élite qui sont devenues les unités les plus extrémistes durant le génocide.

Pouvaient-ils ignorer ce qui se tramait ? S'ils étaient aveugles et sourds, peut-être... En réalité, il est impossible, selon moi, que ces pays qui connaissent bien l'Afrique n'aient pas disposé de données sur ce qui était en train de se passer. Ils avaient des attachés militaires, l'ambassade recevait quantité de visiteurs. Et les liens étroits avec le président Habyarimana, et avec le fils du Président ? De quoi avaient-ils besoin de plus pour savoir ce qui se tramait ? Les ambassadeurs de France et de Belgique ont travaillé de façon transparente avec nous. Cependant, n'y avait-il pas d'autres éléments qui agissaient en secret ? Un jour, j'ai invité les attachés militaires belge et français à mon QG. Je voulais discuter du processus d'entraînement dans l'armée et la gendarmerie intégrée après la démobilisation. L'attaché français, un lieutenant-colonel, travaillait au quartier général de l'armée rwandaise. Je leur ai fait part de mes inquiétudes concernant une possible explosion de violences. Lorsque je leur ai demandé ce qui se passait, le Belge a répondu : "Nous ne servons pas deux maîtres". Le Français a répondu par une question : "Est-ce que le Front patriotique possède des missiles sol-air ?" Il n'y avait chez eux aucun désir de me fournir de l'information. Pourtant, ils ne pouvaient plaider l'ignorance, jouer les Ponce Pilate. Ils avaient des hommes dans les rouages politiques comme dans les militaires, dans les unités d'élite... Des officiers français étaient intégrés au sein de la garde présidentielle, qui, depuis des mois, semait la zizanie et empêchait que les modérés puissent former un gouvernement de réconciliation nationale". Propos recueillis par Christophe Ayad et Thomas Hofnung, Libération, Paris, 7 avril 2004.
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