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Rwanda-Le génocide des Tutsi




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 LE LIVRE 
> La préparation de l'attentat [Extraits]
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de la presse


RWANDA, 2005 / L'ENQUETE SUR L'ATTENTAT DU 6 AVRIL 1994 CONTRE L'AVION DU PRESIDENT RWANDAIS
__Faut-il réécrire l'histoire du génocide rwandais ?

Faut-il récrire l'histoire du génocide rwandais ? A-t-on eu tort de porter un jugement négatif sur le rôle de la France et de lui attribuer une part de responsabilité dans cet événement ? N'est-ce pas Paul Kagame, le chef de l'armée des rebelles tutsis, aujourd'hui au pouvoir à Kigali - et soupçonné d'avoir commandité l'assassinat de l'ancien président hutu Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994 -, qui est le véritable instigateur du génocide ? Y a-t-il eu, à l'ombre du génocide des Tutsis accompli par les partisans d'Habyarimana, un autre génocide perpétré contre les Hutus par l'armée rebelle des Tutsis ?

Rwanda, l'histoire secrète Devant le Tribunal pénal international d'Arusha, les responsables de l'ancien régime, accusés d'avoir exterminé les Tutsis, nient presque tous l'existence même de ce génocide. Et le Tribunal n'a pas accepté, jusqu'à présent, d'inculper des criminels présumés de l'autre bord, en particulier Paul Kagame et certains membres du gouvernement actuel de Kigali.
Dix ans après les faits, la guerre de la mémoire bat son plein. Faute de documents vraiment nouveaux, la controverse se base essentiellement sur des témoignages individuels. En France, deux livres, très engagés, viennent de relancer le débat : celui d'Abdul Ruzibiza, ancien lieutenant de l'armée tutsie de Paul Kagame [1], qui dénonce les crimes ordonnés par son chef, et celui de Pierre Péan [2], qui reprend ces accusations contre le maître du Rwanda et fait le procès de tous ceux qui ont critiqué l'action de la France et soutenu les rebelles de Kagame en fermant les yeux sur leurs exactions. Le Nouvel observateur, 24 novembre 2005.

> "Rwanda. L'histoire secrète", par Abdul Ruzibiza, Editions du Panama, 500 p.,octobre 2005.
> "Noires fureurs, Blancs menteurs", par Pierre Péan, Editions Mille et Une Nuits, 544 p., novembre 2005.


Un témoin accuse M. Kagamé d'avoir planifié l'attentat déclencheur des tueries. Le lieutenant Abdul Ruzibiza, ex-officier du Front patriotique rwandais (FPR), la guérilla tutsie qui a pris le pouvoir à Kigali en 1994, affirme, dans ["Rwanda. L'histoire secrète"], avoir été le témoin direct de l'attentat du 6 avril 1994 contre l'avion du président Habyarimana. L'officier attribue la responsabilité de cet attenta, déclencheur du génocide au cours duquel environ 800'000 Tutsis ont été exterminés, au FPR.

Selon le lieutenant Ruzibiza, les rebelles tutsis conduits par le général Paul Kagamé, aujourd'hui président du Rwanda, attendaient depuis 1993 le moment opportun pour éliminer le président Habyarimana. Dans [son livre], il raconte que, le 31 mars 1994, lors d'une réunion dirigée par le général Kagamé, "la décision a été prise qu'à toute heure, dès que l'opportunité s'en présenterait, l'avion du président Habyarimana serait abattu". Les deux missiles ont été acheminés, selon lui, le 6 janvier 1994 de l'Ouganda à Mulindi, le quartier général du FPR, puis sur le site de tir de la colline de Masaka, proche de l'aéroport. Le 6 avril 1994, "aux alentours de 20 h 25", l'avion présidentiel a été abattu. Le Monde, 26 octobre 2005.

Kagame sur la sellette. "J'ai voulu témoigner sur les vraies responsabilités du génocide des Tutsis : celle des Interhamwe [milices hutues], qui avaient planifié les massacres des Tutsis, mais aussi celle de Kagame, qui a voulu prendre rapidement le pouvoir, alors qu'une autre tactique militaire, certes plus lente, nous aurait permis de prendre Kigali en épargnant beaucoup de vies", a expliqué à l'AFP l'auteur du livre paru aux éditions Panama et préfacé par deux universitaires spécialistes du Rwanda, Claudine Vidal et André Guichaoua.Up

Selon le lieutenant, dont toute la famille a été tuée pendant le génocide et qui est réfugié politique en Norvège, Kagame prend en 1994 la décision extrême d'abattre l'avion du président Habyarimana, "car il craint que la communauté internationale n'impose aux deux camps un désarmement, un gouvernement de transition, et des élections qu'il a peu de chances de gagner", en raison du déséquilibre numérique entre Tutsis (10% de la population) et Hutus.

Evoquant une ultime réunion des rebelles sur l'attentat, le lieutenant affirme : "le général Paul Kagame dirigeait la réunion, c'est lui qui a donné l'ordre d'abattre l'avion". Puis il poursuit : "l'avion a été abattu par deux tireurs. Le premier, le caporal Eric Hakizimana, a touché l'avion sur l'aile droite sans pouvoir le descendre. Le deuxième tireur, le sous-lieutenant Franck Nziza, a lancé le second missile 3 à 5 secondes après, et a abattu définitivement l'avion". Agence France-Presse, 27 octobre 2005.

Des Tutsis, sacrifiés cyniquement sur l'autel de la victoire militaire et de la prise du pouvoir. Ce livre incisif est d'une autre nature, et il interpelle profondément. Ruzibiza, le premier à témoigner "du dedans", écrit d'une façon très détaillée, tel un militaire qui publie son journal de campagne. Il a lui-même vécu nombre de massacres qu'il décrit, alors que d'autres informations proviennent de sources concordantes au sein de l'armée, que pour la plupart il identifie nommément. D'une façon très précise, il cite les dates, les lieux, le déroulement des crimes, l'identité des auteurs et des victimes.

Le récit glace le sang du lecteur. Depuis le début de la guerre en 1990, le FPR a massacré d'innombrables civils de façon systématique, massive et atroce. Surtout en 1994 et en 1995-1998, au moins cent milles innocents ont été tués seulement au Rwanda (l'auteur n'entre pas dans les détails des crimes commis par le FPR au Congo). A côté des massacres de civils ordinaires en grand nombre, le régime s'est rendu coupable du meurtre ciblé de ceux considérés comme des opposants, d'officiers de sa propre armée et d'étrangers soupçonnés d'être des "gêneurs". De nombreux officiers supérieurs de l'armée rwandaise ont été directement impliqués dans ces crimes et, dans un certain nombre de cas, le président Kagame en a donné personnellement l'ordre. La description donnée par Ruzibiza ne laisse planer l'ombre d'un doute : il s'agit bien de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre perpétrés à très grande échelle.

A côté de ces atrocités, la façon dont Ruzibiza décrit l'attentat contre l'avion du président Habyarimana par le FPR, sur ordre de Kagame, devient une note infrapaginale, alors que cet acte terroriste a été l'étincelle qui a déclenché le génocide contre les Tutsis. Plus grave encore est l'argument solidement construit de l'auteur que le FPR, pourtant dirigé par des Tutsis, s'est royalement désintéressé du sort des Tutsis, sacrifiés cyniquement sur l'autel de la victoire militaire et de la prise du pouvoir.

[…] De deux choses, l'une. Soit Ruzibiza dit la vérité (et même si la moitié de ce qu'il dit est vrai, cela suffirait amplement), et alors ses révélations ne peuvent rester sans suite. Soit il ment sur toute la ligne, et alors ceux mis en cause doivent être en mesure de contredire son récit détaillé de façon aussi détaillée et convaincante. Sur la base de ce que nous savions déjà et de la démonstration méticuleuse de Ruzibiza, la première de ces alternatives paraît s'imposer. Ses révélations sont par ailleurs scientifiquement couvertes dans une préface et une postface écrites par deux experts internationalement reconnus, considérés jadis comme plutôt pro-FPR. De Standaard, Belgique, novembre 2005.
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