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> "Rwanda. L'histoire secrète",
par Abdul Ruzibiza, Editions du Panama, 500 p.,octobre 2005.
Selon le lieutenant Ruzibiza, les rebelles tutsis conduits
par le général Paul Kagamé, aujourd'hui président
du Rwanda, attendaient depuis 1993 le moment opportun pour éliminer
le président Habyarimana. Dans [son livre], il raconte
que, le 31 mars 1994, lors d'une réunion dirigée
par le général Kagamé, "la décision
a été prise qu'à toute heure, dès
que l'opportunité s'en présenterait, l'avion du
président Habyarimana serait abattu". Les deux missiles
ont été acheminés, selon lui, le 6 janvier
1994 de l'Ouganda à Mulindi, le quartier général
du FPR, puis sur le site de tir de la colline de Masaka, proche
de l'aéroport. Le 6 avril 1994, "aux alentours de
20 h 25", l'avion présidentiel a été
abattu. Le Monde, 26 octobre 2005.
Selon le lieutenant, dont toute la famille a été tuée pendant le génocide et qui est réfugié politique en Norvège, Kagame prend en 1994 la décision extrême d'abattre l'avion du président Habyarimana, "car il craint que la communauté internationale n'impose aux deux camps un désarmement, un gouvernement de transition, et des élections qu'il a peu de chances de gagner", en raison du déséquilibre numérique entre Tutsis (10% de la population) et Hutus. Evoquant une ultime réunion des rebelles sur l'attentat,
le lieutenant affirme : "le général Paul Kagame
dirigeait la réunion, c'est lui qui a donné l'ordre
d'abattre l'avion". Puis il poursuit : "l'avion a été
abattu par deux tireurs. Le premier, le caporal Eric Hakizimana,
a touché l'avion sur l'aile droite sans pouvoir le descendre.
Le deuxième tireur, le sous-lieutenant Franck Nziza, a
lancé le second missile 3 à 5 secondes après,
et a abattu définitivement l'avion". Agence France-Presse,
27 octobre 2005.
Le récit glace le sang du lecteur. Depuis le début de la guerre en 1990, le FPR a massacré d'innombrables civils de façon systématique, massive et atroce. Surtout en 1994 et en 1995-1998, au moins cent milles innocents ont été tués seulement au Rwanda (l'auteur n'entre pas dans les détails des crimes commis par le FPR au Congo). A côté des massacres de civils ordinaires en grand nombre, le régime s'est rendu coupable du meurtre ciblé de ceux considérés comme des opposants, d'officiers de sa propre armée et d'étrangers soupçonnés d'être des "gêneurs". De nombreux officiers supérieurs de l'armée rwandaise ont été directement impliqués dans ces crimes et, dans un certain nombre de cas, le président Kagame en a donné personnellement l'ordre. La description donnée par Ruzibiza ne laisse planer l'ombre d'un doute : il s'agit bien de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre perpétrés à très grande échelle. A côté de ces atrocités, la façon dont Ruzibiza décrit l'attentat contre l'avion du président Habyarimana par le FPR, sur ordre de Kagame, devient une note infrapaginale, alors que cet acte terroriste a été l'étincelle qui a déclenché le génocide contre les Tutsis. Plus grave encore est l'argument solidement construit de l'auteur que le FPR, pourtant dirigé par des Tutsis, s'est royalement désintéressé du sort des Tutsis, sacrifiés cyniquement sur l'autel de la victoire militaire et de la prise du pouvoir. [
] De deux choses, l'une. Soit Ruzibiza dit la vérité (et même si la moitié de ce qu'il dit est vrai, cela suffirait amplement), et alors ses révélations ne peuvent rester sans suite. Soit il ment sur toute la ligne, et alors ceux mis en cause doivent être en mesure de contredire son récit détaillé de façon aussi détaillée et convaincante. Sur la base de ce que nous savions déjà et de la démonstration méticuleuse de Ruzibiza, la première de ces alternatives paraît s'imposer. Ses révélations sont par ailleurs scientifiquement couvertes dans une préface et une postface écrites par deux experts internationalement reconnus, considérés jadis comme plutôt pro-FPR. De Standaard, Belgique, novembre 2005. |