Santé et droits de l'homme

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LES FICHES D’INFORMATION DU HAUT COMMISSARIAT DES NATIONS UNIES AUX DROITS DE L’HOMME




SANTE MONDIALE, NOVEMBRE 2005 / LA MENACE DE GRIPPE AVIAIRE
__Kouchner pour un "fonds global" de lutte contre les maladies infectieuses


L'ancien ministre français de la Santé Bernard Kouchner, président de l'association "Réunir", propose d'instituer un "fonds global" de lutte contre les maladies infectieuses" pour combattre "la menace de grippe aviaire qui plane sur le monde".

Dans une tribune publiée le 2 novembre 2005 par le quotidien "Le Figaro", Bernard Kouchner souligne que "l'industrie privée ne peut décider seule du sort de la planète" et que "c'est autour de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) que les nations doivent prendre les décisions".

Bernard Kouchner L'ancien ministre estime d'autre part que la politique européenne de recherche devrait "prendre en compte" l'émergence de maladies nouvelles, qui est désormais "un mal récurrent", et s'orienter davantage vers ces maladies émergentes. Selon lui, la recherche néglige également la vaccination, dont il souligne "l'utilité fondamentale".

"Derrière la grippe aviaire, se profilent d'autres risques de même ampleur : ceux d'épidémies hautement dangereuses, qu'il s'agisse de maladies émergentes ou de maladies oubliées comme la variole, que des bio-terroristes pourraient un jour chercher à ressusciter", conclut Bernard Kouchner.

GRIPPE AVIAIRE : LA MONDIALISATION INEGALE

La menace de grippe aviaire qui plane aujourd'hui sur le monde suscite en nous des angoisses légitimes et des interrogations profondes, qui en appellent aux peurs ancestrales de la peste et à la fatalité d'un fléau naturel. Nous voilà de nouveau confrontés à la fragilité de la vie et à la faillibilité des sciences médicales. Pourtant, au-delà de l'inévitable et de l'intemporel, la crise qui nous est annoncée pose des questions politiques difficiles, révélatrices d'enjeux essentiels de notre époque, et auxquelles il nous faut absolument répondre. A la mondialisation de la fatalité doit faire écho une globalisation des réponses.

Les questions qui nous sont posées ont trait à la gestion du risque et à la manière dont nous sommes capables de réagir à une menace prévisible dans son principe, mais imprévisible dans son occurrence et ses modalités, faute de certitude scientifique. Elles concernent ensuite notre capacité à organiser la solidarité mondiale face à un fléau planétaire, dont le traitement ne saurait se faire efficacement de manière isolée. Elles se rapportent enfin à notre politique de recherche.

Première question, celle du risque. Les épidémiologistes s'accordent aujourd'hui à considérer que le virus H5N1, dont nous recensons ces jours-ci les premières victimes à plumes en Europe, a de très fortes chances de muter pour devenir transmissible à l'homme. Mais cela n'est pas encore fait. Nous devons donc aujourd'hui réagir à un virus qui n'existe pas et préparer de la meilleure manière possible une guerre contre une épidémie qui n'aura peut-être jamais lieu, mais dont les conséquences seraient à coup sûr catastrophiques. Et ce, bien sûr, en ayant soin de ne pas gaspiller des ressources par essence limitées, que la situation rend d'autant plus précieuses.Haut de page

Il n'est sans doute pas inutile de le rappeler aujourd'hui, avant que cela soit traité dans les prétoires ou exploité à de tristes fins de polémique : compte tenu des éléments dont nous disposons, le plan mis en place par le gouvernement et par l'Europe, et dont les modalités ont été maintes fois détaillées, n'est pas infaillible. Il n'est pas encore évaluable à l'aune d'une quelconque vérité scientifique. Nous devons donc nous contenter de le discuter politiquement, tout en nous félicitant de son existence. C'est la définition même du principe de précaution.

Quels sont donc les principes qui doivent aujourd'hui guider l'action publique ? Ils sont à mon avis au nombre de quatre : la constitution de stocks de moyens antiviraux, le développement et l'approvisionnement d'un vaccin contre une grippe pandémique, le partage de l'expertise clinique et épidémiologique, et surtout la transparence.

A partir de ces quatre exigences, je ne vois rien d'absurde ni de monstrueux dans les mesures qui nous sont heureusement annoncées. Mais je serais heureux d'entendre s'élever dès aujourd'hui les voix hélas inéluctables de ceux qui, quand la catastrophe sera passée, prétendront que tout était évitable.

Deuxième question, celle de l'échelle d'action face à une menace globale. La probable pandémie qui nous menace ne pourra jamais être traitée au seul niveau national. Les mesures de contrôle aux frontières dont tant de gens parlent avec empressement sont-elles seulement sérieuses s'agissant d'un agent infectieux porté principalement par les oiseaux migrateurs ?

Au-delà d'une hypothétique et difficile sanctuarisation du territoire national, nous savons que la lutte contre l'épidémie se jouera essentiellement dans les pays en développement, où les premiers foyers de contamination interhumaine ont le plus de chances d'apparaître. Les projections des épidémiologistes sont à cet égard sans mystère : si nous parvenons à contenir, ne serait-ce que quelques semaines, la propagation du virus dans son foyer initial, nous gagnerons un temps essentiel dans la mise au point et la fabrication (estimées à quatre mois) des vaccins. Et nous sauverons ainsi des dizaines de milliers de vies, en Europe et partout dans le monde.

Dès aujourd'hui, et avant que se produise la recombinaison tant redoutée qui rendra le H5N1 contagieux d'humain à humain, nous devons veiller à combattre le virus animal dans les pays pauvres.Haut de page

Pour cela, il est impératif de disposer de traitements en nombre suffisant, ainsi que de moyens pour les acheminer et mener là-bas, chez les autres et pour les autres, une politique sérieuse de traitement de l'épidémie. Ces moyens sont-ils actuellement disponibles ? Quelle organisation est aujourd'hui capable de prendre en charge une telle politique sanitaire mondiale ? L'OMS, qui est davantage une plate-forme de surveillance et d'alerte qu'une structure d'intervention, en est-elle capable ? Et nous, qui thésaurisons jalousement masques et pilules, serions-nous prêts à les mutualiser ? Nous savons pour une fois avec certitude que la solidarité est indissociable de l'efficacité. Saurons-nous en tirer les conséquences ? Le laboratoire Roche, qui fabrique le fameux Tamiflu, semble aujourd'hui sur le point d'abandonner les brevets de ce médicament dans les pays en développement, afin de favoriser sa fabrication générique et sa diffusion auprès des populations. Les Etats, pour lesquels la menace actuelle est vitale, ne pourraient-ils consentir à de telles entorses à leur fonctionnement habituel, et imaginer une réponse globale à cette menace globale ?

L'industrie privée ne peut décider seule du sort de la planète. C'est autour de l'OMS que les nations doivent prendre les décisions. A danger mondial, réponse globale : il faut instituer un "fonds global" de lutte contre les maladies infectieuses. Cet argent devrait servir à indemniser à long terme les laboratoires qui possèdent des brevets intéressants. La communauté internationale pourrait ainsi décider soit de fabriquer ailleurs, soit de renforcer les chaînes des fabricants, Roche, par exemple.

Dernière question : notre politique de recherche. Il est sans doute trop tard pour l'infléchir de manière utile avant que ne se déclenche l'épidémie de grippe aviaire, mais le passé récent nous a montré, de l'ESB à la fièvre aphteuse en passant par le Sras, que l'émergence de maladies nouvelles était désormais un mal récurrent.

Il me semble donc que la politique européenne de recherche devrait prendre en compte cette donnée nouvelle et fondamentale, et davantage s'orienter vers ces maladies émergentes.

Autre direction, à mon sens négligée aujourd'hui par la recherche, et dont la crise actuelle nous montre les enjeux : la vaccination. Si celle-ci avait pu apparaître au XXe siècle, devant les progrès de l'hygiène et la quasi-éradication de certaines épidémies, comme un combat d'arrière-garde, nous en mesurons aujourd'hui l'utilité fondamentale.

Car, derrière la grippe aviaire, se profilent d'autres risques de même ampleur : ceux d'épidémies hautement dangereuses, qu'il s'agisse de maladies émergentes ou de maladies oubliées comme la variole, et que des bioterroristes pourraient un jour chercher à ressusciter...

Bernard Kouchner, ancien ministre français de la Santé, est président de l'association "Réunir".
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