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ETATS-UNIS JANVIER 2005 / LE DEBAT SUR LAIDE AU DEVELOPPEMENT
__L'aide au développement des pays pauvres, une obligation morale
par Colin L. Powell
Au lendemain de son élection pour un second mandat,
George W. Bush a l'intention de poursuivre ses objectifs
de développement économique avec la même détermination
que celle qui a rendu possible la libération de l'Irak
et de l'Afghanistan. Le président a dit qu'il avait l'intention
de se servir du capital politique acquis en gagnant la confiance
du peuple américain, et le monde peut être assuré
qu'une grande partie de ce capital servira à aider les
plus pauvres de ses citoyens.
En agissant ainsi, le président s'appuie sur l'héritage
du président John F. Kennedy, qui a créé
en 1961 l'Agence des Etats-Unis pour le développement international
(USAID). Aider les pays pauvres à prospérer fait
partie depuis longtemps de nos objectifs internationaux. Une réussite
importante et durable s'est toutefois révélée
plus difficile à obtenir que ne l'avaient prévu
la plupart des diplomates et des économistes de l'époque.
Nous avons fini par comprendre que l'aide au développement ne fonctionne pas bien si elle est conçue et mise en uvre comme un exercice économique limité. Il est devenu encore plus évident que les attitudes politiques et les prédispositions culturelles affectent le comportement économique des individus et que l'histoire a modelé les institutions économiques des sociétés. Des facteurs extérieurs, y compris les conditions de sécurité, jouent également un rôle dans la détermination du progrès économique, d'autant plus que la mondialisation entrelace étroitement le destin des nations.
Le développement, la démocratie et
la sécurité sont inextricablement liés.
On ne peut pas réduire la pauvreté sans une croissance
économique durable, ce qui exige que les décideurs
politiques prennent au sérieux le défi de construire
une bonne façon de gouverner. En même temps, les
démocraties jeunes et souvent fragiles ne peuvent pas être
véritablement soutenues et les valeurs démocratiques
répandues plus largement si nous ne travaillons pas de
façon approfondie et judicieuse au développement
économique. Aucun pays, quelle que soit sa puissance, ne
peut assurer la sécurité de son peuple tant que
le désespoir économique et l'injustice sont susceptibles
de se mêler à la tyrannie et au fanatisme.
Le développement n'est pas un problème politique
mineur, mais une question-clé pour la sécurité
nationale. Même si nous voyons un lien entre le terrorisme
et la pauvreté, nous ne croyons pas que la pauvreté
soit une cause directe du terrorisme. Peu de terroristes sont
pauvres. Les chefs du groupe du 11 septembre 2001 étaient
tous des hommes ayant un bon niveau d'instruction, loin des plus
basses strates de leur société. La pauvreté
engendre la frustration et le ressentiment que les fabricants
d'idéologie peuvent transformer en soutien - ou approbation
- au terrorisme, en particulier au sein de pays dans lesquels
la pauvreté va de pair avec une absence de droits politiques
et de libertés fondamentales.
Le rapport entre pauvreté et absence de liberté
n'est pas fortuit. Même si la présence de ressources
façonne le développement, la pauvreté n'est
pas inévitable dans les pays qui possèdent peu de
ressources naturelles. Après tout, la Hollande et Venise
dans le passé, Singapour et Israël aujourd'hui sont
de petits territoires sans ressources naturelles importantes,
mais qui n'ont souffert ni de pauvreté ni de manque de
puissance.
La cause première de la pauvreté est l'injustice
sociale et le mauvais gouvernement qui l'encourage. La pauvreté
apparaît et persiste là où la corruption est
endémique et où l'esprit d'entreprise est étouffé,
là où l'équité de base apportée
par l'autorité de la loi est absente. Dans de telles circonstances,
la pauvreté est une atteinte à la dignité
humaine, et c'est en elle que réside le germe naturel de
la colère des hommes.
Aux Etats-Unis, nous savons que la guerre contre le terrorisme
ne peut être remportée que si nous affrontons les
raisons sociales et politiques de la pauvreté. Nous voulons
présenter devant la justice les gens qui ont commis des
actes de terrorisme, mais nous voulons aussi apporter de la justice
aux populations. Il faut les aider à mettre en place un
gouvernement représentatif qui offre perspectives et équité.
Nous voulons émanciper l'esprit des hommes de sorte
que l'esprit d'entreprise, l'investissement et le commerce puissent
prospérer. Cet objectif est la condition préalable
indispensable du point de vue social et politique pour un développement
durable; c'est le moyen par lequel nous démantèlerons
les structures du soutien de la population au terrorisme.
Le développement n'est pas seulement une tâche
difficile et complexe, c'est aussi un travail énorme. La
moitié de la population de cette planète, environ
trois milliards d'individus, vit dans la misère. Plus d'un
milliard de personnes manquent d'eau potable; deux milliards n'ont
ni système sanitaire ni énergie électrique.
Quelles que soient la complexité et l'étendue des
problèmes, nous avons abordé de front le défi
et, pour ce faire, nous nous sommes joints à d'autres pays
pour remodeler la politique de développement dans le monde
entier.
Le Sommet sur le financement du développement qui s'est
tenu en 2002 à Monterrey, au Mexique, est parvenu à
un nouveau consensus sur le développement. Nous sommes
en parfait accord avec ce consensus, qui s'articule autour de
trois points principaux : engagement partagé pour la croissance
économique du secteur privé, développement
social et gestion saine des ressources naturelles s'appuyant sur
une bonne façon de gouverner et sur l'autorité de
la loi.
Cette tâche n'est pas facile; les résultats n'apparaîtront
pas du jour au lendemain. La voie vers la réforme et
le développement comporte de nombreux obstacles. Les
Etats-Unis ont l'obligation morale spécifique d'aider à
surmonter ces difficultés; nous nous y employons par le
biais de la politique de développement la plus novatrice
depuis les débuts de l'USAID et qui sera, si le Congrès
la finance intégralement, la plus généreuse
depuis le plan Marshall. En 2006, l'aide gouvernementale américaine
aura doublé par rapport à 2000 et continuera à
croître. Si on associe l'aide officielle au développement,
les importations américaines en provenance des pays pauvres
et les dons philanthropiques des personnes privées et des
associations, les Etats-Unis contribuent à eux seuls pour
plus de 65 % aux activités de développement économique
du G7.
Le développement est une question importante et même
cruciale. L'enjeu est de savoir si la mondialisation peut fonctionner
pour un nombre suffisant de personnes, selon des modes suffisamment
variés, pour générer un monde à la
fois stable et prospère. Nous croyons que c'est possible
et nous sommes résolus à assurer ce résultat,
pour nous et pour les autres.
Colin L. Powell est le secrétaire d'Etat de la
première administration Bush. Point de vue publié
par le quotidien Le Monde, Paris, 7 janvier 2005.

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