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Textes de référence - 2005


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NATIONS UNIES, OCTOBRE 2005 / UNE PROPOSITION DU COLLEGIUM INTERNATIONAL
__Faire rebondir les Nations unies…
Les 191 Etats membres devraient s'engager sur une déclaration universelle d’interdépendance
par Michel Rocard et Stéphane Hessel

Tandis que les 191 Etats souverains membres des Nations unies sont réunis à New York pour célébrer [le 24 octobre 2005] le soixantième anniversaire de la création de l'organisation, en tentant d'y protéger chacun ses intérêts nationaux, le Collegium international*, lui, veut traduire les attentes des peuples de la Terre face à la montée des périls, à la gravité des défis que le siècle héberge et qu'entretient le dysfonctionnement de l'économie globale privée de régulations efficaces.

Afin qu'un sens soit donné à ces aspirations à la paix contre toutes les violences, aux droits fondamentaux contre l'injustice, au respect de tous contre le mépris du plus grand nombre, le Collegium a rédigé le texte d'une déclaration qu'il propose aux Nations unies en l'adressant à son secrétaire général, Kofi Annan, et au président de l'assemblée générale, Jan Eliasson, en les invitant à le soumettre à cette instance le jour même de ce soixantième anniversaire. Ce sens doit à nouveau émaner d'une sagesse et d'une vision comme celles qui ont marqué chacune des grandes étapes de l'histoire humaine, la Grèce antique, l'Islam médiéval, la Renaissance italienne, le siècle des Lumières, la charte des Nations unies.

Le Collegium, où se côtoient des femmes et des hommes d'Etat, des femmes et des hommes de pensée, juristes, savants, philosophes, connaît ces valeurs universelles, les libertés à préserver, les droits humains à rendre effectifs. Il sait que les peuples de tous les climats et de toutes les cultures sont prêts à se mobiliser pour les défendre, que pour y parvenir il faut que la sagesse des nations s'exprime et se gère au niveau de la planète tout entière. Que les nations se reconnaissent interdépendantes autant que souveraines et qu'ainsi pourra se fonder un droit mondial créateur de solidarité et de paix.

Michel Rocard et Stéphane Hessel respectivement président et vice-président du Collegium international.

* Fondé en 2002 par Milan Kucan, premier président de la Slovénie, et Michel Rocard, ancien Premier ministre français, le Collegium international (www.collegium-international.org) compte parmi ses membres Ruth Dreifuss, A.O. Konaré, Mary Robinson, Jurgen Habermas, Edgar Morin, René Passet, Amartya Sen, Mireille Delmas-Marty, Fernando Henrique Cardoso...

DECLARATION UNIVERSELLE D'INTERDEPENDANCE

"La Terre, foyer de l'humanité, constitue un tout marqué par l'interdépendance".
[Préambule de la déclaration de Rio, Sommet de la Terre, 1992.]

Nous, les peuples des Nations unies, rappelons :

Notre attachement aux valeurs de la Charte des Nations unies du 26 juin 1945 et de la Déclaration universelle des droits de l'homme du 10 décembre 1948, réaffirmées lors de la Conférence internationale de Vienne et intégrées dans la Déclaration du millénaire.

Nous constatons que :

Devenue un fait lié à la globalisation, l'interdépendance est à la fois une chance et un risque :

une chance, car la globalisation des flux (flux migratoires, flux d'informations scientifiques et culturelles, flux financiers et de marchandises) témoigne d'une communauté en formation qui conditionne l'avenir de la planète et celui de l'humanité;

un risque, car ce phénomène entraîne une globalisation des menaces écologiques et biotechnologiques, ainsi que des facteurs d'exclusion sociale et de marginalisation (non seulement économique mais aussi sociale, scientifique et culturelle) et une globalisation des crimes (du terrorisme international aux trafics de personnes et de biens), menaçant tout à la fois la sécurité des personnes, des biens et plus largement de la planète.Up

Nous considérons que :

La globalisation des flux favorise des pratiques débordant les territoires nationaux au profit de réseaux transnationaux qui s'organisent selon leurs intérêts spécifiques à l'exclusion de toute vocation à défendre les valeurs et les intérêts communs. La globalisation des risques et celle des crimes démontrent les limites des souverainetés nationales et appellent des mesures de prévention, de régulation et de répression selon une politique commune et avec des moyens juridiques communs.

Le moment est venu de transformer cette communauté involontaire de risques en une communauté volontaire de destin. Autrement dit, le moment est venu de construire l'interdépendance comme un projet en nous engageant - à la fois comme individus, comme membres de communautés et de nations distinctes et comme citoyens du monde - à reconnaître notre responsabilité et à agir, directement et par l'intermédiaire des Etats et des communautés (infra et supranationales), pour identifier, défendre et promouvoir les valeurs et intérêts communs de l'humanité.

Nous déclarons que :

La communauté de destin appelle la proclamation du principe de l'intersolidarité planétaire.

Ce principe implique, d'une part, de reconnaître une diversité fondée sur un esprit de tolérance et de pluralisme ; d'autre part, d'organiser, dans cet esprit, les processus d'intégration associant à la fois les individus, les organisations détentrices de pouvoirs, les Etats et la communauté internationale.

La mise en œuvre de ce principe suppose :

de réaffirmer l'ensemble des droits fondamentaux des individus présents, de les étendre aux générations futures et d'en renforcer l'application dans les limites nécessaires, dans une société démocratique mondiale, au respect de l'ordre public national et supranational;

de reconnaître que la détention d'un pouvoir d'échelle globale, qu'il soit économique, scientifique, médiatique, religieux ou culturel, implique le corollaire d'une responsabilité globale, c'est-à-dire étendue à tous les effets de ce pouvoir;

d'inciter les Etats souverains à reconnaître la nécessité d'intégrer l'ordre public supranational à la défense des valeurs et intérêts communs dont ils sont l'indispensable support;

de favoriser le développement des institutions représentatives des communautés internationales régionales, en même temps que de renforcer la communauté mondiale et l'émergence d'une citoyenneté globale afin d'élaborer une politique commune pour la régulation des flux ainsi que la prévention des risques et la répression des crimes.

Présenté au secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, et au président de l'assemblée générale des Nations unies, Jan Eliasson, le 24 octobre 2005, jour du 60e anniversaire des Nations unies.
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