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Textes de référence - 2005


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LYON [FRANCE], SEPTEMBRE 2005 / LA CONFERENCE DE PAIX DE SANT’EGIDIO
__Un appel pour la paix : Il est temps de travailler ensemble avec courage pour un humanisme capable de construire la paix entre les peuples et les individus

LogoPlusieurs dizaines de responsables religieux de toutes confessions (juive, musulmane, catholique, protestante, orthodoxe, bouddhiste, hindoue, etc.) ont participé, du 11 au 13 septembre 2005, à Lyon, à la 19e Conférence interreligieuse pour la paix. Organisée par la communauté catholique de Sant'Egidio (Italie), la rencontre a rassemblé près de 5'000 personnes sur le thème : "Le courage d'un humanisme de paix".

Il y a vingt ans, a déclaré Andrea Riccardi, qui avait fondé Sant'Egidio en 1968, "il semblait que les religions étaient destinées à devenir une affaire privée sous la pression de la sécularisation", se souvenant également qu'à l'époque "c'était impossible ou presque de mettre ensemble dans un même lieu des juifs et des musulmans".

L'intégrisme doit être condamné, doit être combattu...

"Ici nous [voyons] la complexité de la géographie religieuse, culturelle et politique de notre monde, qui est irréductible et où aucune hégémonie n'est possible", a-t-il ajouté.

La conférence s'est ouverte le 11 septembre en présence du cardinal-archevêque de Lyon, Philippe Barbarin, et du ministre français de l'intérieur et des cultes, Nicolas Sarkozy, qui a fait un discours remarqué de dénonciation de l'extrémisme et s'est aussi félicité du modèle français de laïcité, respectueux à la fois de la "liberté de conscience" et de la "liberté de culte".

Quatre ans, jour pour jour, après les attentats de New York et Washington, et en évoquant aussi ceux de Londres, Nicolas Sarkozy a souligné le danger du "discrédit" dont souffrent les démocraties et les religions victimes d'"amalgames" avec le terrorisme, "instrumentalisées par tous ceux qui rejettent la circulation des idées et le mélange des cultures".

Il a lancé un appel à "résister" au choc des civilisations, "car toutes les religions et tous les courants de pensée peuvent s'unir dans l'affirmation qu'il n'y a qu'une civilisation : la civilisation humaine". Il a distingué les "fondamentalistes" - acceptables s'ils veulent pratiquer rigoureusement les prescriptions de leur religion - des "intégristes" qui veulent imposer aux autres leurs croyances. "L'intégrisme doit être condamné, doit être combattu, doit être sanctionné", a-t-il assuré.

Nicolas Sarkozy s'est dit convaincu que la loi de 1905, qui a permis à l'Eglise catholique d'"admettre le pluralisme comme un processus historique pas forcément inconciliable avec le projet de Dieu", peut rendre aussi un grand service à l'islam : "L'inscription de l'islam dans le contexte cultuel français - où les religions sont séparées de l'Etat et se respectent entre elles - peut constituer, pour tout le monde musulman, un exemple de ce que l'islam peut s'intégrer dans une société démocratique, pluraliste et sécularisée".

Les dirigeants religieux ont lancé un appel solennel pour la paix. "Le monde est fatigué de vivre dans la peur. Les religions ne veulent pas de la violence, de la guerre, du terrorisme. Nous le disons avec force à tous les hommes !", soulignent-ils.

"Il est temps que finisse l'usage de la violence ! La vie humaine est sacrée. La violence humilie les hommes et discrédite la cause de celui qui l'utilise [...]. Aucune guerre n'est jamais sainte", poursuit ce texte, lu devant plusieurs milliers de personnes réunies dans l'amphithéâtre gallo-romain de Fourvière.

UN APPEL DE PAIX

Nous, hommes et femmes de religions différentes, nous nous sommes retrouvés dans l'antique cité de Lyon pour prier, pour dialoguer, pour faire grandir un humanisme de paix. Nous rendons hommage à la mémoire de Jean-Paul II, qui a été un maître de dialogue et un témoin tenace de la sainteté de la paix. Nous sommes convaincus que, sans la paix, notre monde devient inhumain. Nous avons écouté le cri de tous ceux qui souffrent à cause de la guerre et du terrorisme. Nous nous sommes penchés, attentifs, sur nos traditions religieuses et nous y avons lu un message de paix. Nous avons prié pour la paix dans le monde.

C'est au nom de la paix que nous nous adressons à nos coreligionnaires, aux hommes et aux femmes de bonne volonté, à tous ceux qui croient encore que la violence améliore le monde. Et nous disons : il est temps que finisse l'usage de la violence ! La vie humaine est sacrée. La violence humilie les hommes et discrédite la cause de celui qui l'utilise. Le monde est fatigué de vivre dans la peur. Les religions ne veulent pas de la violence, de la guerre, du terrorisme. Nous le disons avec force à tous les hommes !

La paix est le nom de Dieu. Dieu ne veut pas l'élimination de l'autre. Dieu éprouve de la compassion pour ceux qui souffrent sous les coups de la violence, du terrorisme, de la guerre. Celui qui se sert du nom de Dieu pour affirmer un intérêt partisan ou pour légitimer la violence, avilit la religion. Aucune guerre n'est jamais sainte. L'humanité ne s'améliore pas avec la violence et la terreur.

Les religions enseignent que la paix du cœur est décisive. Dieu la donne à celui qui croit en Lui. Notre ferme espérance est que la paix, don de Dieu, s'étende à tous les hommes et femmes, embrasse tous les peuples de la terre, arrête la main des violents et fasse échouer les projets de terreur. Pour cela, nous avons prié à Lyon.

Nous avons aussi constaté combien les douleurs du monde sont nombreuses. L'humanité est encore très loin d'avoir réalisé les objectifs du Millénaire, abattre la pauvreté, assurer le droit à la santé, à l'eau, à la sécurité de la vie, à être libéré de la faim. Ceci est très grave ! Notre monde reste marqué par des pauvretés désespérantes. C'est une constatation douloureuse que nous manifestons, très préoccupés, aux responsables politiques. Nous nous faisons les interprètes de la désespérance et des besoins de millions de pauvres de la terre. Nous demandons une plus forte concentration d'énergies et de ressources pour rendre le monde du XXIe siècle moins pauvre et plus humain.

La paix favorise l'avènement d'un monde meilleur. La voie de la paix est le dialogue. Loin de nous laisser sans défense, le dialogue nous protège; il transforme l'étranger en ami ; il rend possible le travail en commun pour lutter contre la pauvreté et tout mal.

A Lyon, nous avons vécu un dialogue franc, éclairé par l'esprit religieux de la prière. Nous avons dialogué entre représentants des différentes communautés religieuses et avec les humanistes de notre temps. Ont émergé les différences profondes entre religions et cultures. Le monde, bien que globalisé, n'est pas devenu uniforme. Mais il est devenu clair qu'il y a un destin unique. Il est temps de travailler ensemble avec courage pour un humanisme capable de construire la paix entre les peuples et les individus. L'objectif n'est pas l'affirmation de l'un ou de l'autre, mais de réaliser une civilisation dans laquelle on vit ensemble. L'art du dialogue est la voie patiente pour construire cette civilisation du vivre ensemble.

Que Dieu accorde au monde, à chaque homme et à chaque femme, le don merveilleux de la paix !

Lyon, le 13 septembre 2005

Sources : presse francophone, dont le quotidien Le Monde, et site web Sant'Egidio, septembre 2005.
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