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JUILLET 2005, LE SOMMET DU G8 \ LA LUTTE CONTRE LA PAUVRETE
__Comment éradiquer la pauvreté ?
Notre principal défi est donc de mettre fin à la guerre économique qu'un système commercial international injuste fait subir aux pauvres
par Abdou Diouf et Donald C. McKinnon
A l'occasion du sommet de Gleneagles, en Ecosse, [du
6 au 8 juillet 2005], les dirigeants du G8 ont une
chance unique d'agir de manière significative en faveur
de la réduction de la pauvreté dans le monde. Il
est peu probable qu'une telle occasion se présente à
nouveau dans le futur. Jamais dans l'histoire, l'humanité
n'a disposé d'autant de moyens pour mettre fin à
la pauvreté : aucun obstacle technique ou financier
ne s'oppose en réalité à l'éradication
de l'extrême pauvreté. Il suffit simplement de faire
preuve d'un engagement politique fort et résolu. De surcroît,
dans le monde entier, l'opinion publique se mobilise pour soutenir
largement la lutte contre la pauvreté.
Ce soutien s'explique par la recherche d'une justice sociale
consubstantielle aux hommes, qu'ils vivent dans les pays riches
ou dans les pays pauvres. Ce soutien est également fondé
sur une évidence : tant qu'un être humain sur cinq
luttera pour survivre avec moins de 1 dollar par jour, le monde
ne sera ni stable ni sécurisé.
En tant que responsables de deux communautés mondiales,
qui bénéficieront largement d'un engagement politique
fort en faveur de l'éradication de la pauvreté dans
le monde, nous nourrissons un double espoir : que les chefs d'Etat
et de gouvernement du G8 oeuvrent ensemble à Gleneagles
(Ecosse) pour s'élever au-delà des intérêts
strictement nationaux et qu'ils assurent le leadership politique
et l'action collective que le reste du monde recherche et qui
lui est indispensable.
Le Commonwealth et la francophonie regroupent,
à eux seuls, 94 Etats souverains. Ces Etats représentent
près de la moitié des gouvernements du monde, pratiquement
toute l'Afrique subsaharienne mais surtout près de la moitié
de la population mondiale. Nos deux organisations ont appris à
partager un intérêt commun pour la lutte contre la
pauvreté et cherchent ensemble à créer des
occasions qui stimuleront la croissance des pays en voie de développement.
En ce sens, nous tenons à féliciter les ministres
des finances du G7 pour avoir récemment accepté
de réduire sensiblement la dette des pays pauvres. Bien
que cette décision importante mérite d'être
accueillie favorablement, elle ne concerne que la dette due aux
organisations multilatérales. Nous devons à présent
songer à l'importante dette que les pays les plus pauvres
doivent également aux bailleurs bilatéraux qui ne
participent pas à l'initiative pour les pays pauvres très
endettés (PPTE). Nous ne pouvons pas non plus oublier le
lourd fardeau que représente la dette intérieure,
qui réduit la quantité de ressources disponibles
permettant d'atteindre les objectifs de développement du
millénaire.
Accroître les possibilités de commercer apparaît
comme le meilleur moyen de lutter contre la pauvreté mondiale.
Notre principal défi est donc de mettre fin à
la guerre économique qu'un système commercial international
injuste fait subir aux pauvres. Le "programme de développement
de Doha" balise la route permettant aux pays pauvres de parvenir
à la prospérité en utilisant les leviers
du commerce international.
L'achèvement des négociations du "programme
de développement de Doha" a aujourd'hui pris beaucoup
de retard, entièrement dû à un manque de volonté
politique et d'ambition de la part de ceux qui ont la capacité
de donner sans avoir besoin de prendre.
Le moteur du commerce est politique et de nombreux dirigeants,
de nos jours, ont peur de contrarier des groupes de pression puissants
et bien établis. Ce qui est naturel. Mais un autre
acteur intervient avec force : le mouvement populaire qui s'efforce
d'éradiquer la pauvreté mondiale en favorisant l'ouverture
des marchés. Il n'est pas normal qu'un cultivateur de coton
au Cameroun gagne 400 dollars par an tandis que son homologue
aux Etats-Unis reçoit 160'000 dollars de subventions. Il
est inacceptable qu'au Ghana le surplus de riz provenant des pays
développés soit vendu à des prix artificiellement
bas, laissant les négociants locaux dans l'incapacité
de soutenir la concurrence. Les pays riches doivent également
se rendre compte que mettre fin aux subventions agricoles est
dans l'intérêt de chacun. Cela réduirait
les impôts et les dépenses alimentaires des consommateurs
dans les pays développés et donnerait également,
aux pays en voie de développement, une chance d'échapper
à la pauvreté.
Il est maintenant devenu évident que les objectifs de
développement du millénaire ne seront pas atteints
si l'aide n'est pas doublée. Plusieurs pays ont récemment
annoncé qu'ils allaient accentuer leurs efforts afin d'atteindre
les 0,7 % du PIB demandés aux bailleurs. Ces promesses
ont été bien accueillies. Un engagement politique
est nécessaire au plus haut niveau, non seulement pour
accroître l'aide au développement, mais également
pour la rendre durable et l'appliquer. Cela devrait être
accompagné d'une meilleure utilisation de l'aide.
La francophonie et le Commonwealth comptent de nombreux Etats
africains parmi leurs membres. Pour nos deux organisations, la
priorité est aujourd'hui de voir le G8 prendre l'initiative
de mener une action immédiate en Afrique. Le processus
ayant vu le jour à Kananaskis, en 2002, au Canada s'est
accéléré depuis et a pris de l'importance.
Récemment, la France a également fait
une proposition concernant de nouvelles méthodes de financement
du développement international et le Royaume-Uni a mis
en place sa "Commission pour l'Afrique". Cependant,
en Afrique subsaharienne, le nombre de personnes extrêmement
pauvres a presque doublé : il est passé de 164 millions
en 1981 à 313 millions en 2001. Ce chiffre est inconcevable
dans le monde actuel alors que nous avons manifestement le savoir-faire
et les moyens de faire disparaître la pauvreté. Il
est vital pour l'avenir de l'Afrique et d'autres régions
que tous ceux qui sont concernés s'engagent sur un concept
de partenariat sincère.
Les dirigeants du G8 ont une occasion sans précédent
de changer la vie de millions de personnes. Nous espérons
qu'en faisant preuve d'un engagement politique fort ils pourront
réaliser les progrès nécessaires à
la lutte contre la pauvreté dans le monde.
Abdou Diouf est secrétaire général
de l'Organisation internationale de la francophonie et Donald
C. McKinnon est secrétaire général du
Commonwealth. Point de vue publié par le quotidien
Le Monde, Paris, 7 juillet 2005.
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