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AFRIQUE, SOMMET DABUJA [NIGERIA], JANVIER 2005 / UNION AFRICAINE
__Kofi Annan invite lAfrique à se mobiliser pour que 2005 soit un tournant pour le continent, les Nations unies et le monde
Texte du discours du secrétaire général
des Nations unies, Kofi Annan, au 4e Sommet de l'Union africaine,
tenu à Abuja, Nigeria, le 30 janvier 2005.
En Afrique, aujourd'hui, les problèmes sont nombreux
mais les possibilités considérables. En septembre
[2005], tous les Etats membres des Nations unies tiendront un
sommet à New York pour faire le bilan des progrès
accomplis en cinq ans, depuis l'adoption de la Déclaration
du Millénaire.
Les gouvernements vont être mis à l'épreuve
:
Pourront-ils investir intelligemment pour faire disparaître
la misère et mettre des milliards d'êtres humains
à l'abri de la faim et de la maladie ?
Pourront-ils édifier un système de sécurité
collective adapté aux défis du XXIe siècle
?
Pourront-ils revitaliser et moderniser les institutions dont
notre monde a besoin, notamment l'Organisation des Nations Unies
?
Les réponses à toutes ces questions seront déterminantes
pour l'avenir du continent africain. L'Afrique a plus que sa part
de pauvres. Elle est en retard, par rapport à d'autres
régions en développement, dans la réalisation
des Objectifs du Millénaire pour le développement.
Elle continue de subir les conséquences tragiques de conflits
meurtriers et d'une mauvaise gouvernance. L'ONU pourrait l'aider,
par des moyens multiples, pourvu qu'elle soit elle-même
renforcée et plus efficace.
L'Afrique doit se mobiliser pour que 2005 soit un tournant
pour le continent, l'ONU et le monde. Le sommet du mois de
septembre vous offrira, à vous les dirigeants africains,
une occasion unique. Seuls quatre Etats d'Afrique - l'Afrique
du Sud, alors sous gouvernement blanc, l'Egypte, l'Ethiopie et
le Libéria - étaient représentés à
San Francisco en 1945, quand l'ONU a été fondée.
Les autres étaient des colonies et n'avaient donc pas leur
mot à dire. Aujourd'hui, les enjeux sont probablement tout
aussi grands, et nous devons prendre des mesures tout aussi ambitieuses
pour adapter nos politiques et nos institutions, mais les 52 pays
africains ont une voix qui compte.
Je me félicite que vous ayez décidé de
vous concentrer sur le rapport du Groupe de personnalités
de haut niveau sur les menaces, les défis et le changement.
En vérité, l'Afrique est le continent où
l'application des recommandations qu'il contient sauverait le
plus grand nombre de vies.
Dans ce rapport, le Groupe affirme que la pauvreté
et les maladies infectieuses telles que le sida, dont souffrent
des dizaines de millions d'Africains, figurent parmi les
facteurs qui menacent le plus la paix et la sécurité
internationales. Il affirme que tout effort visant à
mettre en place un système de sécurité collective
efficace doit faire une large place à la prévention
et à la lutte contre la pauvreté. Et il affirme
qu'il faudra davantage de mesures concertées pour que les
Objectifs du Millénaire soient atteints.
Il propose des moyens de maîtriser la prolifération
des armes légères et des armes de destruction massive.
Et il insiste sur la nécessité de renforcer les
moyens dont dispose l'ONU pour prévenir et régler
les conflits.
Quand la prévention échoue et qu'une guerre civile
éclate, les soldats de la paix des Nations unies, dont
des Africains et des Africaines, apportent une aide précieuse
pour aider à y mettre fin. Mais la réserve mondiale
de Casques bleus est dangereusement limitée. Le Groupe
de personnalités engage les pays développés
à soutenir plus activement les opérations de maintien
de la paix des Nations unies et propose des moyens concrets de
renforcer l'Union africaine et les organisations régionales
et sous-régionales du continent.
Kofi Annan suggère dès aujourdhui lapplication de mesures à effet instantané : distribution de moustiquaires, multiplication des cantines scolaires, gratuité de lécole primaire
Quand les guerres ont pris fin, les efforts de consolidation
de la paix sont de la plus haute importance, comme peuvent en
attester les Sierra-Léonais et les Libériens. Mais
leur financement est souvent problématique. Le Groupe recommande
la création d'un nouvel organe intergouvernemental - une
commission de la consolidation de la paix - sous les auspices
du Conseil de sécurité. Cette commission, qui comblerait
un vide institutionnel, aurait pour tâche de veiller à
ce que les activités de consolidation de la paix soient
efficaces et à ce que les ressources nécessaires
pour les financer soient disponibles, même après
le départ des Casques bleus.
Le Groupe n'a pas eu peur d'aborder des questions qui divisent
depuis longtemps la communauté internationale et, par exemple,
de présenter une définition du terrorisme et des
directives pour le recours à la force. Il s'agit là
de questions primordiales tant pour les pays développés
que pour les pays en développement. Et il convient de souligner
que le Groupe s'est appliqué à produire un rapport
équilibré qui reflète les préoccupations
de toutes les nations et bat en brèche l'idée selon
laquelle la sécurité et le développement
sont des thèmes distincts dont le premier est plus important
que le second. Au contraire, affirme-t-il, la sécurité
et le développement sont inextricablement liés.
Il nous incombe, en tant qu'Africains, de le dire haut et fort,
de le faire bien comprendre, et d'agir en conséquence.
Ceci m'amène au deuxième rapport que vous
avez entre les mains, et qui est tout aussi important : celui
du Projet Objectifs du Millénaire.
Ce rapport, également impressionnant par sa tenue intellectuelle,
est lui aussi un appel à l'action. Il engage la communauté
internationale à renouer avec ses ambitions en matière
de lutte contre la pauvreté, non pas en employant une rhétorique
élevée ou en élaborant de grandes théories,
mais en consentant des investissements concrets et en adoptant
des politiques qui puissent s'appliquer au cours des 10 années
à venir à suffisamment grande échelle pour
qu'une différence se fasse sentir.
L'Afrique n'est pas en bonne voie pour atteindre les Objectifs
du Millénaire. Mais elle pourrait y arriver, d'ici
à 2015, si le partenariat mondial promis depuis si longtemps
se met véritablement en place. De nouvelles promesses ne
sont pas nécessaires : il faut seulement que celles qui
ont été faites soient tenues.
Le rapport montre aussi que l'Afrique n'a pas besoin d'attendre
les avancées technologiques de demain pour s'attaquer à
ses problèmes actuels. Des techniques simples disponibles
aujourd'hui peuvent dès à présent l'y aider.
La plupart des recommandations qui figurent dans le rapport
ont été formulées dans l'idée d'aider
l'Afrique. Les Etats africains sont invités à
adopter des stratégies de développement suffisamment
énergiques pour que les Objectifs du Millénaire
puissent être atteints d'ici à 2015. Les donateurs
et les Africains eux-mêmes sont encouragés à
recenser les "trous" dans le financement extérieur
pour que ceux-ci puissent être comblés grâce
à l'aide publique au développement et à un
sérieux allégement de la dette. Il propose qu'au
moins une douzaine de pays qui progressent bien vers la réalisation
des Objectifs du Millénaire soient sélectionnés
pour bénéficier d'une augmentation rapide de l'APD
et que d'autres pays obtiennent le même statut dès
qu'ils seront prêts. Il souligne que les négociations
de Doha doivent absolument se débloquer. Et il préconise
l'adoption immédiate de mesures à effet instantané,
par exemple la distribution gratuite, à grande échelle,
de moustiquaires de lit pour lutter contre le paludisme, l'accroissement
du nombre de cantines scolaires offrant des repas préparés
à partir de produits locaux, et l'instauration de la gratuité
de l'école primaire et des services de santé essentiels.
Certaines de ces recommandations appelleront des décisions
des chefs d'Etat qui participeront au sommet du mois de septembre.
Mais beaucoup d'autres, en particulier les mesures à effet
instantané, pourraient être appliquées dès
aujourd'hui.
Une des clefs du succès sera l'instauration de relations
encore plus étroites entre les Nations unies et l'Union
africaine. Je suis déterminé à cultiver
ces relations avec le plus grand soin. L'ONU a désormais
des rapports très étroits avec l'Union européenne,
notamment dans le domaine du maintien de la paix. Elle doit en
avoir d'au moins aussi étroits avec l'Union africaine,
et donc travailler activement pour les développer.
Nous avons déployé des efforts considérables
pour favoriser la réalisation des objectifs du NEPAD. Et
nous sommes encouragés par le fait qu'en très peu
de temps, l'Union africaine a fait de grands progrès en
matière de gestion des conflits en Afrique. C'est surtout
manifeste au Soudan, dans la région du Darfour, où
des forces de l'UA ont été déployées
dans des conditions extrêmement difficiles et jouent un
rôle important. Il s'agit là d'une initiative cruciale
et l'Organisation des Nations unies continuera de l'appuyer politiquement
et pratiquement. L'Accord général de paix, signé
ce mois-ci, est un grand succès pour les efforts de médiation
africains, et il permet d'espérer que toutes les régions
du pays pourront retrouver la voie de la stabilité et du
développement. La paix au Soudan est indivisible.
La communauté internationale et l'ONU, son principal
instrument de progrès collectif, se trouvent à une
étape décisive. Les mois qui viennent offriront
la possibilité de renforcer le multilatéralisme
et de prendre des mesures déterminées pour réaliser
l'idéal d'un monde libéré de la peur et du
besoin décrit avec tant d'éloquence il y a cinq
ans, dans la Déclaration du Millénaire.
Vous pouvez apporter à cette entreprise une compréhension
profonde des espoirs et des aspirations non seulement de l'Afrique,
mais de l'ensemble du monde en développement. Vous savez
combien le changement est important, et combien il serait dangereux
de s'y opposer. Vous savez, grâce à nos riches traditions
africaines, que pour construire un avenir meilleur, il faut créer
des liens. J'espère que nous serons tous à la hauteur
de la tâche et que nous pourrons faire de 2005 une année
de renouveau pour l'Organisation des Nations unies et d'espoir
pour l'Afrique et le reste du monde.
Source : Nations unies, New York, 31 janvier 2005.
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