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FRANCE- EGYPTE, LE CAIRE AVRIL 2006 / L'INAUGURATION DE LA NOUVELLE UNIVERSITÉ FRANÇAISE D'EGYPTE
__Jacques Chirac prône le "dialogue des cultures"
Dans un discours prononcé le 20 avril 2006, au
Caire, devant les étudiants de la nouvelle université
française d'Egypte - et en présence du président
égyptien Hosni Moubarak -, le président français
Jacques Chirac a évoqué le nécessaire
"dialogue des cultures" visant à combattre
"l'obscurantisme" et les "crispations identitaires"
induites, à ses yeux, par les excès de la "mondialisation".
La démocratie, a expliqué Jacques Chirac,
"doit venir de l'intérieur, se décliner dans
des contextes nationaux et s'introduire au rythme de chacun".
"Chacun de nos peuples, a-t-il ajouté, est fier de
son histoire, de son identité. Nul ne peut accepter que
l'on prétende lui dicter sa conduite ou son avenir au mépris
de ses racines". Au Proche-Orient, "l'esprit
de paix se répandra d'autant plus qu'on dissipera le sentiment
qu'il existe trop souvent "deux poids, deux mesures",
a assuré le président français.
LE DISCOURS DE JACQUES CHIRAC
C'est pour moi un grand plaisir et aussi un grand honneur de
vous retrouver ici, ce matin, pour inaugurer avec vous, Monsieur
le Président et cher ami, l'Université française
d'Egypte.
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Photo Elysée, Paris.
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Ce moment que nous partageons est le fruit d'une rencontre
: celle d'un héritage et d'une ambition.
L'héritage est sans prix : deux siècles de dialogue et d'échange entre deux nations de grande et haute culture qui ont tissé, entre nos deux peuples, les liens du cur et les liens de l'esprit.
L'ambition est immense : relever les défis du monde contemporain en formant les futures élites de ce XXIe siècle mondialisé qui se dessine sous nos yeux.
Aujourd'hui, le pari que nous avons fait ensemble il y a quelques
années, Monsieur le Président, sur votre initiative,
diffuser ici en français les savoirs de notre temps, est
devenu réalité. En prenant corps dans la ville nouvelle
de Chourouq, symbole de cette Egypte en devenir que vous portez,
Monsieur le Président, avec courage et détermination,
cette réalisation commune témoigne d'une même
confiance dans l'avenir, d'un même regard sur le monde,
d'une même vision sur le nécessaire dialogue des
cultures.
Si l'Université française d'Egypte a pu voir le jour, elle le doit d'abord à vous-même, Monsieur le Président. Dès l'origine, vous avez cru à cette nouvelle expression de l'amitié franco-égyptienne. Il est juste de vous en rendre hommage et de vous en exprimer notre immense gratitude. [
]
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, l'Université française d'Egypte, s'inscrit dans une longue tradition de coopération et d'amitié entre nos deux pays, une très longue tradition.
Depuis deux cents ans, nous n'avons cessé de croiser
nos regards, de nous interroger l'un l'autre, de faire dialoguer
nos cultures.
Sous des formes variées, la francophilie en Egypte et
l'égyptomanie en France n'ont cessé d'éclairer
par l'estime, l'admiration, voire même une véritable
fascination réciproques, la riche chronique de nos relations
culturelles.
Je me réjouis particulièrement que cette inclination
mutuelle trouve à s'incarner aujourd'hui dans une institution
consacrée à la formation des jeunes, qu'ici je salue
en leur souhaitant beaucoup de chance, de bonheur et de réussite
dans leur vie. C'est un exemple, en même temps qu'un symbole,
du dialogue des cultures que, vous et moi, nous appelons de nos
vux.
Pour nous qui, d'une rive à l'autre de la Méditerranée,
n'avons cessé de le mettre en pratique, ce dialogue peut
sembler naturel, il ne l'est pas forcément. Mais tout nous
démontre que, dans le monde d'aujourd'hui, il s'agit d'une
ardente obligation.
Avec ce qu'il est convenu d'appeler la mondialisation, les
peuples, les cultures, les civilisations sont entrés en
interaction permanente. Tout se sait, à tout moment, d'un
bout à l'autre du globe. Les échanges de toute nature
ne cessent de s'intensifier. Les identités doivent en permanence
se confronter à l'altérité, dans un vaste
brassage auquel les peuples n'ont, pour la plupart, été
préparés ni par leur histoire ni par leur éducation.
Cet immense mouvement recèle d'extraordinaires potentialités
de progrès pour une humanité qui se découvre
enfin une communauté de destin et de valeurs. Mais, dans
le même temps, il est aussi porteur de menaces nouvelles.
La communication n'est pas toujours synonyme d'une meilleure compréhension.
Le sentiment de perte de repères, la crainte devant la
dimension illimitée de la mondialisation peuvent favoriser
les replis identitaires et les crispations. L'incompréhension
peut, si l'on n'y prend garde, faire le jeu des fanatismes, et
l'ignorance attiser la haine ou le rejet de l'autre.
Aussi est-il de notre responsabilité majeure,
dans ce monde nouveau qui sera celui de nos enfants, d'organiser,
dans un esprit d'ouverture et de respect de l'autre, le dialogue
entre les peuples, les croyances et les cultures.
Face au risque de l'uniformité, la diversité
culturelle ne doit pas être un ferment de division entre
les hommes mais, au contraire, un éclatant témoignage
du génie humain. Au moment où les destins des peuples
ne cessent de s'entrecroiser, le prétendu choc des civilisations
- qu'à Riyad j'ai qualifié plutôt de choc
des ignorances - n'a rien d'une fatalité. La tolérance,
le respect de l'autre et de sa singularité, l'éducation,
la culture comme l'affirmation des valeurs humanistes forment,
plus que jamais, le socle de la paix, de l'enrichissement mutuel
et du progrès.
Les valeurs humaines, au premier rang desquelles la
liberté et la démocratie, sont universelles,
mais elles doivent venir de l'intérieur, elles doivent
se décliner dans des contextes nationaux et s'introduire
au rythme de chacun. Le progrès économique et social
est la meilleure façon de les faire éclore, de même
qu'il peut être un facteur d'apaisement des tensions internationales.
L'esprit de paix gagnera d'autant mieux les peuples qu'ils auront
le sentiment de participer aux échanges économiques
mondiaux, et non pas d'en être les spectateurs, voire les
victimes. L'esprit de paix se répandra d'autant plus qu'on
dissipera le sentiment qu'il existe trop souvent deux poids deux
mesures.
Autant de blessures qu'avive et exploite le terrorisme, que
rien ne peut justifier. Aussi doit-il être combattu par
tous les moyens, et notamment par la croissance économique
et le dialogue des cultures. De même, une solution authentique
du conflit israélo-palestinien, à la source de tant
d'incompréhensions, de frustrations et de souffrances,
ferait-elle beaucoup pour dissiper les sentiments d'injustice.
Chacun de nos peuples est fier de son histoire, de son identité.
Nul ne peut accepter que l'on prétende lui dicter sa conduite
ou son avenir au mépris de ses racines. C'est pourtant
bien le risque que comporte la mondialisation : la refuser en
se barricadant contre le cours du temps reviendrait à se
couper du monde ; s'y soumettre sans restriction serait abdiquer
son identité.
Il est une autre voie, celle que la France et l'Egypte cherchent
à tracer : elle consiste à accepter le monde
dans sa réalité, mais à s'y affirmer
en toute indépendance. C'est pourquoi il est essentiel
d'exceller dans ce qui fait la force des nations modernes, l'économie
du savoir et l'ouverture aux échanges internationaux. Cette
voie consiste aussi à proposer aux autres peuples de travailler
ensemble à la construction d'un monde harmonieux, sous
l'égide de l'ONU, au nom des valeurs universelles qui fondent
sa Charte, mais aussi dans l'esprit d'égalité souveraine
des Etats. C'est ainsi que, chaque peuple se voyant respecté,
l'humanité tirera le meilleur parti de la mondialisation.
Au fil de leur histoire commune, l'Egypte et la France n'ont
cessé de mettre ces convictions en mouvement. Elles participent
toutes deux à la grande aventure de la francophonie, cet
espace privilégié du dialogue des cultures et ce
moteur de la diversité. L'Université française
d'Egypte est une nouvelle illustration de cette volonté
commune. Une même ambition euro-méditerranéenne
nous rassemble, donnant une place privilégiée à
l'éducation. Un projet d'alliance des civilisations a été
discuté lors du Sommet de Barcelone. Je plaide pour que
cette nouvelle université s'affirme comme l'institution
emblématique d'une telle alliance. Puisse-t-elle aussi
être, pour tous les peuples, un témoignage vivant
de la force du dialogue contre la tentation stérile et
destructrice de l'enfermement et de l'obscurantisme, un signe
manifeste de notre confiance commune dans un monde en paix, dans
un monde plus juste.
Source : Palais de l'Elysée, Paris, avril 2006.
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