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FRANCE, MAI 2006 / DEBAT : LA PETITION "CONTRE UN NOUVEL OBSCURANTISME"
__Vraie et fausse laïcité
Rappel de l'esprit de la loi de 1905 à l'usage des pétitionnaires
par Jean-François Launay
Le vicomte le Jolis de Villiers de Saintignon, qui voit des
islamistes partout, aura eu le mérite d'obliger certains
défenseurs de la laïcité à clarifier
un peu leurs positions, dans une pétition "Contre
un nouvel obscurantisme".
Certes cet appel à tous les citoyens, quelle que soit
leur origine, à s'unir dans un combat républicain
et laïque contre "l'intégrisme que représente
l'islam politique liberticide et le racisme" n'a pas (encore
?) atténué chez certains des signataires un discours
que l'on serait tenté de qualifier de sectaire. Ainsi "Respublica"
dans le dernier envoi de sa Newsletter tombe à bras raccourcis
sur le PS, avec des attaques violentes notamment contre Jean Glavany
qui dit pourtant "la laïcité n'est pas un combat
contre les religions mais contre les intégrismes"
et, dans un esprit d'union, épingle "la girouette
Manuel Valls" tournée vers La Mecque évidemment,
pour conclure : "Si le PS peine à retrouver le chemin
de la séparation des sectes et de l'Etat avec une telle
équipe de bras cassés, les défenseurs de
la laïcité sauront, eux, ne pas trouver le bulletin
socialiste en 2007".
Cette loi de 1905, dont les signataires se prétendent
les plus farouches défenseurs, on se demande parfois si
certains l'ont lue. Ou au moins en ont saisi l'esprit. Qui mieux
que celui qui fut la véritable cheville ouvrière
de la commission qui l'a élaborée (Aristide Briand,
bizarrement le grand oublié des "commémorateurs"
purs et durs) pourrait le définir.
"Si minutieusement rédigée soit une loi
aussi considérable, dont tous les effets doivent être
prévus par des dispositions de droit civil, pénal
et administratif, elle contient inévitablement des lacunes
et soulève de nombreuses difficultés d'interprétation.
Le juge saura, grâce à l'article placé en
vedette de la réforme, dans quel esprit tous les autres
ont été conçus et adoptés. Toutes
les fois que l'intérêt de l'ordre public ne pourra
être légitimement invoqué, dans le silence
des textes ou le doute sur leur exacte application, c'est la solution
libérale qui sera la plus conforme à la pensée
du législateur.
"Il n'y a plus d'autres limites au libre exercice des
cultes que celles qui sont expressément édictées
dans l'intérêt de l'ordre public par le projet de
loi lui-même.
"Le projet que vous présente la majorité
des membres de votre commission est de nature à vous faciliter
la tâche. Conçu, discuté, voté avec
un large esprit de tolérance et d'équité,
il sauvegarde tout ensemble les légitimes respectables
préoccupations des consciences et les intérêts
des personnes et les droits supérieurs de l'Etat. Ce n'est
pas une oeuvre de passion, de représailles, de haine, mais
de raison, de justice et de prudence combinées, à
laquelle votre commission vous demande de vous associer.
"En le votant, vous ramènerez l'Etat à une
juste appréciation de son rôle et de sa fonction
; vous rendez la République à la véritable
tradition révolutionnaire et vous aurez accordé
à l'Eglise ce qu'elle a seulement le droit d'exiger, à
savoir la pleine liberté de s'organiser, de vivre, de se
développer selon ses règles et par ses propres moyens,
sans autre restriction que le respect des lois et de l'ordre public".
Extraits de la présentation du projet de loi.
La clarification est donc à poursuivre : cette
laïcité, sous la bannière de laquelle on nous
invite à nous unir, est-ce bien celle qui a présidé
à l'élaboration de la loi de 1905 ? Et l'adjectif
"républicain" renvoie-t-il aux grands acquis
de la République dont la liberté d'expression ?
Ou se réfère-t-il à une conception étriquée
qui pollue le débat sur l'école en opposant bizarrement
les "républicains" aux "pédagogues"
?
Jean-François Launay, ex-principal de collège.
Point de vue publié par le quotidien "Libération",
Paris, 16 mai 2006.
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