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ISLAM ET OCCIDENT, FEVRIER 2006 / L'AFFAIRE DES CARICATURES DU PROPHETE MAHOMET
__Kofi Annan, l'Organisation de la Conférence islamique et la Ligue des Etats arabes lancent un appel au calme et au dialogue
Constatant les blessures causées dans le monde musulman
par la publication dans le monde occidental des caricatures du
prophète Mahomet, le secrétaire général
des Nations unies, Kofi Annan, l'Organisation de la Conférence
islamique et la Ligue des Etats arabes ont lancé, le 25
février 2006 à Doha (Qatar) un appel à
l'exercice rigoureux mais responsable de la liberté d'expression
et au respect de la liberté de culte, deux piliers
d'une "société internationale tolérante".
"Nous appelons conjointement de nouveau à la retenue
et à mettre fin immédiatement au climat actuel,
qui menace de semer profondément la discorde entre les
communautés, les sociétés et les pays",
ont déclaré le secrétaire général
des nations unies, Kofi Annan, le secrétaire général
de l'Organisation de la Conférence islamique, le secrétaire
général de la Ligue des Etats arabes, le ministre
des Affaires étrangères du Qatar, le ministre des
Affaires étrangères de l'Espagne et le ministre
des Affaires étrangères de la Turquie.
Les dirigeants étaient réunis à Doha,
au Qatar, pour une réunion de haut niveau sur la crise
provoquée par la publication des caricatures du prophète
Mahomet, avant la tenue d'une réunion du Groupe de l'Alliance
des civilisations.
"Nous regrettons profondément les offenses causées
par les caricatures, ainsi que par les pertes en vies humaines
et les dommages aux biens causés dans plusieurs pays",
indique la déclaration conjointe. "Nous réaffirmons
le droit à la liberté d'expression. Nous appelons
chacun à exercer ce droit de façon responsable et
à ne pas s'en servir pour inciter à la haine ou
insulter les convictions profondes d'une communauté, quelle
qu'elle soit", précise encore la déclaration.
"Nous exhortons chacun à résister à
la provocation, aux réactions extrêmes et à
la violence, et à se tourner vers le dialogue. Sans dialogue
il n'y a plus d'espoir de revenir à la raison, de panser
les rancoeurs et de surmonter la méfiance", souligne
encore la déclaration.
Les signataires ont par ailleurs lancé un appel "sincère"
à "tous les dirigeants religieux ou laïques,
afin qu'ils usent de leur influence pour promouvoir les valeurs
et croyances universelles que nous partageons tous". "En
tant qu'individus et représentants de nos pays et organisations
respectives, nous soutenons pleinement les droits de l'homme universels,
et la stricte application des lois pertinentes", affirment-ils,
soulignant néanmoins que "tous les droits devraient
être exercés de façon responsable".
"Ni les médias, ni les publications, ni les lieux
de culte ne devraient servir à l'incitation à la
violence ou pour diffuser la haine", soulignent-ils. "La
société internationale dans laquelle nous souhaitons
tous vivre est une société tolérante, qui
reconnaît tant les droits que les responsabilités.
La marque de toute société tolérante - et
tout personne tolérante - est le respect du droit à
tous les peuples à la liberté de culte, à
la liberté d'opinion et d'expression, et à la reconnaissance
de la diversité comme un bien et non pas comme une menace".
Les auteurs de la déclaration ont appelé en conclusion
l'Alliance des civilisations à suggérer
les moyens d'encourager le respect mutuel et la compréhension
entre les peuples de différentes croyances, cultures et
traditions.
[A la suite d'une flambée de violence provoquée
par la publication des caricatures du prophète Mahomet,
Kofi Annan, l'Union européenne et l'Organisation de la
Conférence islamique avaient appelé le 7 février
2005 au calme, soulignant que si la liberté de la presse
devait s'exercer avec responsabilité, les récentes
attaques dépassaient les limites des protestations pacifiques.

Les dessins à l'origine de la controverse avaient d'abord
été publiés dans le journal danois Jyllands-Posten,
puis dans le magasine norvégien Magazinet. Après
que le journal danois a présenté des excuses, le
31 janvier dernier, les caricatures ont été republiées
dans plusieurs journaux européens, au nom de la liberté
de la presse.
De nombreuses protestations, allant de boycotts économiques
à des menaces d'attaques, ont été émises
dans le monde arabo-musulman. Début février, les
représentations diplomatiques du Danemark et de la Norvège
ont été incendiées à Damas et à
Beyrouth.Ces violences ont provoqué la mort de dizaines
de personnes notamment en Afghanistan, au Nigeria, au Pakistan,
en Libye alors que les caricatures étaient republiées
dans plusieurs journaux européens.]
LA DECLARATION
[Déclaration commune du secrétaire général
des Nations unies, du secrétaire général
de l'Organisation de la Conférence islamique (OCI), du
secrétaire général de la Ligue des Etats
arabes, du vice premier ministre, ministre des affaires étrangères
du Qatar, du ministre des affaires étrangères d'Espagne
et du ministre des affaires étrangères de Turquie.]
"Au début de ce mois [de février 2006],
les Nations unies, l'Organisation de la Conférence islamique
et l'Union européenne avaient pris l'initiative sans précédent
de publier une déclaration commune appelant au calme et
à la retenue après la parution des caricatures
insultantes du Prophète Mohamed, jugées blasphématoires
par les Musulmans et profondément choquantes par plusieurs
autres et à la suite des réactions qu'elles ont
suscitées.
Nous joignons de nouveau nos voix pour renouveler notre appel
à la retenue et pour mettre immédiatement fin à
la situation actuelle qui menace de semer une profonde discorde
entre les communautés, les sociétés et les
pays. Nous regrettons vivement le préjudice causé
par les caricatures tout autant que les pertes en vies humaines
et les atteintes aux biens d'autrui qu'elles ont occasionnées
dans de nombreuses contrées.
Nous réaffirmons le droit universel à la liberté
d'expression. Et nous appelons tout un chacun à exercer
ce droit de manière responsable et à ne pas s'en
servir comme prétexte pour inciter à la haine ou
offenser les croyances les plus solides d'une communauté.
Nous réaffirmons également le droit de manifester
pacifiquement, surtout lorsqu'on éprouve le sentiment d'avoir
été profondément blessé, et nous
admettons volontiers en l'occurrence que les Musulmans se sont
effectivement sentis profondément outragés par l'affaire
des caricatures. Nous applaudissons l'immense majorité
des manifestants à travers le monde qui ont choisi d'exprimer
leur indignation dans le calme et de manière pacifique.
Nous exhortons chacun à résister à la
provocation, à éviter les réactions intempestives
et la violence et à recourir au dialogue. Sans le dialogue,
nous ne pouvons espérer en appeler à la raison,
apaiser le ressentiment ni vaincre la méfiance.
Réunis aujourd'hui au Qatar, nous appelons instamment
tous les leaders religieux et laïcs à user de leur
influence pour promouvoir les valeurs universelles et les convictions
que nous partageons tous. En tant qu'individus et en tant que
représentants de nos organisations et de nos pays respectifs,
nous soutenons pleinement les droits universels de la personne
et la stricte application des lois pertinentes. Nous croyons
que tous les droits doivent être exercés de manière
responsable. Ni les médias, ni les publications, ni
les lieux de culte ne doivent être exploités pour
inciter à la haine ou la propager.
La communauté internationale parmi laquelle nous voulons
tous vivre est une communauté tolérante, qui reconnaît
tout à la fois les droits et les responsabilités
de chacun. La caractéristique de toute société
tolérante - et aussi, bien sûr, de toute personne
tolérante - c'est de respecter le droit de tous à
la liberté du culte et à la liberté d'opinion
et d'expression. Elle consiste également à appréhender
la diversité comme un bienfait et non pas comme une menace.
Nous attendons du Groupe de Haut Niveau de l'Alliance
des civilisations, qui se réunit [le 26 février
2006] au Qatar, qu'il nous suggère des voies et moyens
pour encourager un respect mutuel et une entente plus larges et
plus profonds entre les peuples professant des convictions, des
cultures ou des traditions différentes. En tant que groupe,
nous sommes déterminés à veiller au suivi
de cette déclaration conjointe et à nous efforcer
de formuler une stratégie commune et d'adopter des mesures
convenues de commun accord pour contribuer à surmonter
la crise actuelle et en prévenir la récurrence,
promouvoir la tolérance et le respect mutuel entre toutes
les religions et toutes les communautés, en Europe
et partant dans le monde.
Le Groupe a demandé au Secrétaire général
des Nations unies de soumettre le présent document à
l'Assemblée générale des Nations unies, au
Conseil de Sécurité et à l'Union Européenne.
Doha, le 25 février 2006
Sources : Nations unies, New York et OCI (site Internet),
février 2006.
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