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NEW YORK, MARS 2006 / LA CREATION DU CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME
__Kofi Annan : Faites fonctionner ce Conseil !
Conseil des droits de l'homme : ce qui va changer !
Adoptée le 15 mars 2006 par l'Assemblée
générale des Nations Unies, la résolution
instituant un nouveau Conseil des droits de l'homme devrait
marquer un nouveau départ historique pour l'action que
mènent les Nations unies en faveur des droits de l'homme.
Quant à la question de savoir si tel sera le cas, cela
dépend de l'utilisation que les Etats membres des Nations
unies décideront de faire de ce Conseil.
On a beaucoup insisté sur les différences entre
ma proposition originelle et la résolution qui vient d'être
adoptée. Mais les principaux éléments de
ma proposition n'ont pas été modifiés.
Ainsi que je l'avais proposé, l'instance principale
au sein de laquelle les gouvernements se rencontrent pour débattre
des droits de l'homme sera désormais un Conseil à
par entière, directement élu par l'ensemble des
membres des Nations unies. Le statut de ce Conseil fera l'objet
d'un réexamen d'ici cinq ans - sachant qu'il sera toujours
possible de faire de ce Conseil un "organe principal",
placé sur un pied d'égalité avec le Conseil
de sécurité et le Conseil économique et social,
dont les membres doivent être élus à la majorité
des deux tiers. En attendant, contrairement à la Commission,
le Conseil est doté du mandat explicite de "promouvoir
la coordination effective et l'intégration des droits de
l'homme" dans tous les domaines d'action des Nations unies.
Conformément à ce que j'avais demandé
avec insistance, le nouveau Conseil se réunira régulièrement
tout au long de l'année et peut répondre rapidement
aux urgences en matière de droits de l'homme en tenant
des sessions extraordinaires moyennant un bref préavis
et dès lors qu'un tiers de ses membres en feront la demande.
(Au sein de la Commission, cette procédure était
plus lente et nécessitait un vote à la majorité).
Au lieu de pointer du doigt certains Etats pour les mettre
en cause tout en ignorant les violations des droits de l'homme
commises dans d'autres, le Conseil examinera régulièrement
les résultats obtenus par l'ensemble des pays en matière
de droits de l'homme. Le Conseil devra être "guidé
par les principes d'universalité, d'impartialité,
d'objectivité et de non-sélectivité"
- et la résolution souligne l'importance qu'il y a à
mettre fin "au deux poids deux mesurer et à la politisation".
Le Conseil a également pour mandat de contribuer à
la prévention des violations des droits de l'homme, alors
que la Commission était uniquement réactive.
Et le Conseil, tout en définissant un nouvel ordre du
jour, est tenu de conserver le système des "mécanismes
spéciaux, des avis d'experts et des procédures de
plaintes" - y compris le travail effectué par les
experts indépendants en tant que rapporteurs spéciaux,
ainsi que le rôle important des organisations non gouvernementales
- dont certains craignaient qu'il soit abandonné ou délaissé.
La réussite du Conseil dépendra, bien sûr,
dans une large mesure, de ses membres. Il est donc naturel
qu'une attention toute particulière ait été
accordée à la manière dont ils seront désignés
ainsi qu'à la probabilité de voir des violateurs
notoires des droits de l'homme être élus, comme cela
a récemment été le cas à la Commission.
Le président de l'Assemblée générale,
qui a conduit les négociations sur la résolution
avec beaucoup de compétence et de patience, a conclu à
l'absence d'un soutien suffisant, parmi les Etats membres, pour
exiger une majorité des deux tiers, comme je l'avais proposé,
ou pour exclure explicitement un ensemble d'Etats. Toutefois,
en faisant des concessions sur ces deux points, il a pu parvenir
à un accord sur de nombreux autres points litigieux.
Les membres du Conseil doivent être élus
"directement et individuellement, à bulletin
secret, par la majorité des membres de l'Assemblée
générale". En d'autres termes, les pays n'accéderont
pas au Conseil, comme ils pouvaient le faire à la Commission,
simplement parce qu'il n'y a pas d'autre candidat rival de leur
propre groupe géographique. Chaque candidature individuelle
fera l'objet d'un vote séparé et tout Etat qui n'obtiendra
pas le soutien de 96 pays - c'est-à-dire la majorité
de l'ensemble des Etats membres des Nations unies et non pas seulement
la majorité des membres présents et votants - n'y
entrera pas. Sa région devra présenter un autre
candidat à la place.
En outre, les membres sont tenus de maintenir les normes les
plus élevées de promotion et de protection des droits
de l'homme et de se soumettre, au cours de leur mandat, à
l'examen universel périodique. Si l'un d'entre eux commet
des violations graves et systématiques au cours de son
mandat, l'Assemblée générale peut le suspendre
(ce qu'elle ne pouvait pas faire avec les membres de la Commission).
Aucun calcul arithmétique - pas même l'exigence
d'une majorité des deux tiers - ne saurait garantir l'élection
ou la non-élection d'un quelconque Etat. Ces décisions
sont politiques. Il incombe aux membres - ainsi qu'à l'opinion
publique mondiale - de convaincre un nombre suffisant d'Etats
de voter dans le bon sens. Si un nombre suffisant de personnes
se soucie réellement des droits de l'homme et fait preuve
de la diplomatie et de la persuasion nécessaires, le Conseil
peut constituer une amélioration spectaculaire par rapport
à l'ancienne Commission. J'espère vivement que
l'ensemble des Etats membres - y compris les Etats-Unis, qui ont
joué historiquement un rôle de premier plan dans
la mise en place et le fonctionnement du système des droits
de l'homme des Nations unies - jouera son rôle pour assurer
le bon fonctionnement du nouveau Conseil.
Kofi Annan est secrétaire général
des Nations unies. Point de vue publié dans divers
titres de la prese francophone, mars 2006.
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