|
WASHINGTON, MAI 2006 / CENTENAIRE DE L'AMERICAN JEWISH COMMITTEE
__Kofi Annan : Les Nations unies et l'American Jewish Committee s'attachent à une mission mondiale commune pour prévenir les génocides et protéger les droits de l'homme
Texte de l'allocution prononcée par le secrétaire
général des Nations unies, Kofi Annan, au
dîner du centenaire de l'American Jewish Committee,
à Washington D.C., le 4 mai 2006.
Je suis très honoré de me trouver parmi vous
ce soir.
Au moment où l'Organisation que je dirige a été
fondée, la vôtre se consacrait déjà
depuis près de 40 ans à la défense des droits
civils des Juifs, et de la dignité humaine au sens le plus
large du terme. L'American Jewish Committee est donc une des quelques
organisations non gouvernementales qui étaient présentes
à la création des Nations unies. Votre illustre
représentant, Jacob Blaustein, fut une des personnalités
les plus influentes à la conférence. Et l'institut
qui porte son nom continue de jouer un rôle déterminant
dans l'action des Nations unies en faveur des droits de l'homme,
grâce au dynamisme de sa directrice, Felice Gaer.
Ces dernières années surtout, les Nations nunies
et la communauté juive se sont rapprochées.
Les Nations unies mettent tout en uvre pour combattre l'antisémitisme et les autres formes de discrimination.
[En 2005], l'Assemblée générale a, enfin,
tenu une session extraordinaire pour marquer le soixantième
anniversaire de la libération des camps nazis.
Et cette année, nous avons célébré
pour la première fois la journée internationale
de commémoration en mémoire des victimes de l'Holocauste,
qui sera désormais observée chaque année
le 27 janvier.
L'Organisation des Nations unies est, je le crois et l'espère, ce qu'elle devrait être en tout temps : un lieu où
les Juifs se sentent chez eux.
C'est aussi une Organisation au sein de laquelle, de plus en
plus, l'Etat d'Israël a les mêmes droits et responsabilités
que tous les autres membres. Mon ami Danny Gillerman est actuellement
un des vice-présidents de l'Assemblée générale.
Et depuis quelques années, à New York, Israël
fait partie d'un des groupes régionaux de l'Assemblée,
celui des pays d'Europe occidentale et des autres Etats. J'espère
que le groupe trouvera bientôt le moyen d'associer Israël
à ses délibérations à Genève
et à Vienne également.
Cette évolution doit réjouir chacun, car notre
monde connaît de grandes difficultés et il faut que
les Juifs, en particulier les membres de votre Comité,
puissent apporter toute leur contribution aux travaux menés
sur toutes les questions mondiales.
[Le 9 mai 2006], l'Assemblée générale
élira les premiers membres du nouveau Conseil des droits
de l'homme des Nations unies. Comme vous le savez, ce Conseil
remplacera la Commission des droits de l'homme, qui s'est récemment
discréditée en ne s'intéressant qu'aux violations
commises dans quelques Etats tout en fermant les yeux sur la situation
dans d'autres Etats.
Le Conseil des droits de l'homme est censé mettre
fin au système du deux poids deux mesures, notamment
en examinant régulièrement la situation des droits
de l'homme dans tous les pays, à commencer par ses propres
membres. Ces membres devront aussi observer les normes les plus
élevées en matière de droits de l'homme et
seront élus directement et individuellement à la
majorité absolue des membres de l'Assemblée générale.
Ceux qui commettent des violations flagrantes et systématiques
des droits de l'homme seront éventuellement suspendus.
Comme vous le savez, les Etats-Unis ont décidé
de ne pas se présenter à cette élection.
Mais ils se sont engagés à soutenir le Conseil et
à coopérer avec lui en vue de se porter candidat
prochainement. Je compte que l'Administration, ainsi que les groupes
de la société civile tels que le vôtre, useront
de leur influence pour que des Etats véritablement et fermement
déterminés à protéger les droits de
l'homme soient élus, et permettent au Conseil de prendre
un bon départ, sans traîner derrière lui le
passé de la Commission.
Ce que nous célébrons en réalité
aujourd'hui, c'est le fait que personne ne vous demande
de choisir entre être Juif et être Américain.
Au contraire, chacun comprend que l'Amérique s'enrichit
de ce que vous lui apportez de particulier en tant que Juifs.
Cela n'a pas toujours été vrai. Si ce l'est aujourd'hui,
c'est notamment grâce au travail inlassable de votre organisation.
C'est un exemple merveilleux pour tous les autres pays où
coexistent des groupes de convictions ou de traditions différentes.
Je voudrais que tous les pays apprennent de votre expérience
et s'en inspirent.
Je voudrais aussi que de mon vivant, de la même façon
que les Juifs américains sont acceptés comme citoyens
à part entière, sans réserve, par tous leurs
concitoyens, Israël soit accepté sans réserve
par l'ensemble de la famille des nations.
Nous savons tous ce qu'il faudra pour cela : un Moyen-Orient en paix au cur duquel deux Etats, Israël et la Palestine, vivent côte à côte, dans des frontières sûres, pacifiquement et dans le respect mutuel.
J'ai apprécié la passion avec laquelle, le soir
des élections législatives en Israël, le Premier
Ministre, M. Olmer, a parlé de la nécessité
de créer des conditions dans lesquelles les deux peuples
puissent réaliser leurs rêves de prospérité
et de paix.
Nous savons tous, malheureusement, que lui et le Président
Abbas devront surmonter d'énormes obstacles pour que les
Israéliens soient véritablement en sécurité
et pour que les Palestiniens aient leur propre Etat. Certains
de ces obstacles semblent avoir grandi encore ces derniers mois
et ces dernières semaines.
Mais je refuse de désespérer. De nombreux
signes montrent encore que la paix est ce que veulent la majorité
des Israéliens et des Palestiniens, même s'ils
ont du mal à admettre que cette aspiration leur est commune.
Et il demeure vrai que certaines mesures provisoires pourraient
apporter un certain répit, mais qu'une paix réelle
et durable passera nécessairement par un véritable
accord.
Je sais qu'il est facile de parler de ce rêve, et beaucoup
plus difficile de le réaliser. Mais, je vous promets
que l'Organisation des Nations unies et ses partenaires du Quartet
seront là pour aider, et pour coopérer avec quiconque
aspire véritablement à la paix, jusqu'à ce
que l'objectif soit atteint.
Alors que nous marquons ce jalon important de votre histoire,
pensons aussi aux liens profonds et productifs qui unissent nos
deux organisations. Nos objectifs communs - prévenir
les génocides et protéger les droits de l'homme
- nous attachent à une mission mondiale commune. Atténuer
la souffrance, partout où elle existe, faire triompher
la justice, partout où elle fait défaut, ce sont
là nos grandes priorités. Avec ce fil qui relie
nos organisations, j'espère que nous pourrons tisser une
solide étoffe de paix.
Une fois de plus, félicitations pour ces 100 ans d'action
et de victoires.
Source : Nations unies, New York, mai 2006.
|