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NATIONS UNIES, GENEVE, JUIN 2006 / LA SESSION INAUGURALE DU CONSEIL DES DROITS DE L'HOMME
__Kofi Annan : Une ère nouvelle commence pour l'action de l'Organisation des Nations unies dans le domaine des droits de l'homme
Kofi Annan a affirmé, le 19 juin 2006, à
Genève, lors de la première session du Conseil
des droits de l'homme, qu'une "ère nouvelle"
commençait, estimant que le nouvel organe donnait aux Nations
unies la chance de "reprendre la lutte pour les droits de
l'homme" avec plus de "vigueur" et espérant
que ses travaux se démarqueraient de la Commission.
"Une ère nouvelle a commencé pour l'action
de l'Organisation des Nations Unies dans le domaine des droits
de l'homme. Tous les membres du Conseil sont, j'en suis sûr,
à la fois conscients des espoirs qui ont ainsi été
créés et déterminés à ne pas
les décevoir", a déclaré le secrétaire
général des Nations unies, dans un discours prononcé,
lors de la session inaugurale du Conseil des droits de l'homme,
nouvel organe des Nations unies chargé de promouvoir et
défendre le respect des libertés fondamentales.
"Ils devraient l'être, en tout cas, car ils ont
tous, quand ils se sont portés candidats à un siège
au Conseil, pris l'engagement de respecter les droits de l'homme
chez eux et de les faire respecter ailleurs", a-t-il affirmé.
"En outre, l'Assemblée générale a
bien dit qu'ils devraient observer les normes les plus strictes
en matière de promotion et de protection des droits de
l'homme, coopérer pleinement avec le Conseil et se soumettre
au mécanisme d'examens périodiques universels pendant
leur mandat", a-t-il ajouté.
"Pour l'instant, le Conseil est un organe subsidiaire
de l'Assemblée générale. Mais d'ici à
cinq ans, l'Assemblée en réexaminera le statut.
J'ose espérer - et je voudrais que ce soit là votre
ambition - que d'ici là votre travail aura si solidement
assis l'autorité du Conseil des droits de l'homme que la
volonté sera générale de modifier la Charte
et de lui octroyer le statut d'organe principal", a espéré
Kofi Annan.
"Pour que ce voeu se réalise, il faudra que
les travaux du Conseil se démarquent nettement de ceux
de son prédécesseur", a-t-il estimé.
"Cette démarcation devra ressortir clairement de la
façon dont vous mettrez au point et appliquerez la procédure
d'examens périodiques universels, de votre volonté
d'aborder de front les questions difficiles et d'en débattre
lorsqu'il le faudra pour remédier à des violations
des droits de l'homme ou, mieux, les prévenir, et du parti
que vous tirerez de la possibilité que vous aurez de vous
réunir plus fréquemment que ne le faisait la Commission
et de tenir des sessions spéciales".
"La différence devra, surtout, être apparente
au niveau de votre état d'esprit. Au climat d'affrontement
et de méfiance qui a marqué les dernières
années d'existence de la Commission devra faire place un
climat de coopération et d'engagement", a-t-il continué.
"Ne permettez jamais au Conseil des droits de l'homme
de s'embarquer dans des pugilats politiques ou de recourir à
de basses maoeuvres", a conseillé Kofi Annan.
"Pensez toujours à ceux qui ne peuvent jouir de leurs
droits, que ceux-ci soient civils et politiques ou économiques,
sociaux et culturels, et que les intéressés vivent
sous le joug de despotes sanguinaires ou dans les affres de l'ignorance,
de la faim et de la maladie".
"Le Conseil peut donner aux Nations unies, et à l'humanité, la chance de reprendre la lutte pour les droits de l'homme avec une vigueur renouvelée. Je vous en supplie, ne permettez pas que cette occasion soit gâchée", a-t-il conclu.
LA DECLARATION DU SECRETAIRE GENERAL DES NATIONS UNIES
"Gardez à l'esprit les nobles
desseins qui vous ont réunis ici. Ne permettez jamais au
Conseil des droits de l'homme de s'embarquer dans des pugilats
politiques ou de recourir à de basses manoeuvres".
Monsieur le Président, je tiens tout d'abord à
vous féliciter, ou plutôt à féliciter
le Conseil d'avoir fait de vous son premier président.
Ce choix augure bien de l'avenir. Nous vous connaissons bien,
nous qui travaillons au Siège, puisque vous avez été
en poste à New York à la Mission permanente du Mexique.
Et nous savons que vous êtes à la fois un éminent
diplomate et un ardent défenseur des droits de l'homme,
c'est-à-dire la personne idéale pour un poste d'une
telle importance.
Je crois pouvoir dire sans exagérer que les yeux du
monde - et en particulier ceux de tous les gens dont les droits
les plus fondamentaux sont compromis ou foulés aux pieds,
ou à qui ces droits ne sont même pas reconnus - sont
rivés sur cette salle et l'organe qui s'y réunit.
Les Etats membres et la société civile du monde
entier ont beaucoup travaillé pour nous amener là
où nous sommes.
Une ère nouvelle a commencé pour l'action
de l'Organisation des Nations unies dans le domaine des droits
de l'homme.
Tous les membres du Conseil sont, j'en suis sûr, à
la fois conscients des espoirs qui ont ainsi été
créés et déterminés à ne pas
les décevoir.
Ils devraient l'être, en tout cas, car ils ont tous,
quand ils se sont portés candidats à un siège
au Conseil, pris l'engagement de respecter les droits de l'homme
chez eux et de les faire respecter ailleurs. En outre, l'Assemblée
générale a bien dit qu'ils devraient observer les
normes les plus strictes en matière de promotion et de
protection des droits de l'homme, coopérer pleinement avec
le Conseil et se soumettre au mécanisme d'examens périodiques
universels pendant leur mandat.
Leurs peuples, et les peuples du monde, voudront voir si ces
normes sont bien respectées.
Permettez-moi de retracer brièvement le chemin qui nous
a menés ici. [En 2005], dans mon rapport intitulé
"Dans une liberté plus grande", j'ai souligné que les droits de l'homme sont, au même titre que le développement économique et social et la paix et la sécurité, un des piliers qui soutiennent l'uvre des Nations unies.
J'ai fait valoir que ces trois piliers se tiennent, que chacun
donne aux autres plus de solidité et que tous trois sont
indispensables au bien-être de l'humanité. Sans la
paix et la sécurité, aucune société
ne peut se développer. Si les gens vivent dans la misère
et n'ont aucune chance de s'en sortir, leur pays ne sera jamais
en sécurité. Et si les droits fondamentaux des citoyens
ne sont pas protégés, aucune nation ne jouira longtemps
ni de la sécurité, ni de la prospérité.
Bref, c'est parce que les droits et la dignité de l'homme
ne sont pas respectés que, dans le monde d'aujourd'hui,
la paix est si précaire et la prospérité
si inégalement répartie.
Je suis heureux de pouvoir dire qu'au Sommet de septembre [2005],
les dirigeants politiques du monde ont adopté cette vision
des choses.
Ils ont décidé d'intégrer la promotion
et la protection des droits de l'homme dans les politiques nationales
et de contribuer à ce que les droits de l'homme soient
systématiquement pris en compte dans tout le système
des Nations unies.
Pour que les questions relatives aux droits de l'homme soient
examinées au niveau qui convient à l'ONU, ils ont
accepté, comme je le proposais, de créer ce Conseil
dont les membres sont directement élus par l'Assemblée
générale et qui travaille aux côtés
du Conseil de sécurité et de l'Assemblée.
Ils ont aussi pris la résolution de renforcer le
Haut Commissariat aux droits de l'homme, et l'Assemblée
générale a depuis décidé que le Conseil
des droits de l'homme hériterait du rôle et des responsabilités
de la Commission des droits de l'homme à l'égard
du Haut Commissariat. Je tiens, à mon tour, à remercier
la Haut Commissaire de l'extraordinaire dynamisme qu'elle apporte
à l'expansion et à la transformation de nos activités
dans le domaine des droits de l'homme. J'exhorte tous les membres
du Conseil à la soutenir sans réserve.
Permettez-moi aussi de féliciter le Président
de l'Assemblée générale pour la remarquable
habileté avec laquelle il a dirigé les négociations
qui ont abouti à la création de ce Conseil, laquelle
restera sans aucun doute dans les mémoires comme un événement
historique.
Pour l'instant, le Conseil est un organe subsidiaire de l'Assemblée
générale. Mais d'ici à cinq ans, l'Assemblée
en réexaminera le statut. J'ose espérer - et je
voudrais que ce soit là votre ambition - que d'ici là
votre travail aura si solidement assis l'autorité du Conseil
des droits de l'homme que la volonté sera générale
de modifier la Charte et de lui octroyer le statut d'organe principal.
Pour que ce vu se réalise, il faudra que les travaux
du Conseil se démarquent nettement de ceux de son prédécesseur.
Cette démarcation devra ressortir clairement de la façon
dont vous mettrez au point et appliquerez la procédure
d'examens périodiques universels, de votre volonté
d'aborder de front les questions difficiles et d'en débattre
lorsqu'il le faudra pour remédier à des violations
des droits de l'homme ou, mieux, les prévenir, et du parti
que vous tirerez de la possibilité que vous aurez de vous
réunir plus fréquemment que ne le faisait la Commission
et de tenir des sessions spéciales.
La différence devra, surtout, être apparente au
niveau de votre état d'esprit. Au climat d'affrontement
et de méfiance qui a marqué les dernières
années d'existence de la Commission devra faire place un
climat de coopération et d'engagement dont la source
soit une direction réfléchie, laquelle ne pourra
émaner du seul Président et devra au contraire être
collective. L'Assemblée générale vous a donné
une bonne série de règles de départ, mais
finalement ce qui vous fera réussir ou échouer dans
votre tâche, ce sera les méthodes de travail que
vous adopterez et les aspirations et attitudes qui les modèleront.
Tout cela étant dit, malgré les insuffisances
qui ont marqué ses dernières années, la
Commission a créé de nombreuses procédures
utiles qui doivent être maintenues et renforcées.
J'entends par là, en particulier, le système
de procédures spéciales grâce auquel la Commission
s'est faite l'agent non seulement de la promotion, mais aussi
de la protection des droits de l'homme. Au nombre des titulaires
de mandats relevant de ces procédures spéciales
comptent des experts indépendants, des rapporteurs spéciaux,
mes propres représentants spéciaux et ceux du Haut
Commissaire, et bien sûr les groupes de travail.
Ces "mécanismes", dont la plupart sont des
personnes non rémunérées possédant
des compétences spécialisées, sont les unités
de front sur lesquelles nous comptons pour protéger les
droits de l'homme et nous alerter au plus vite en cas de violation.
En donnant l'alarme puis en enquêtant, ils font en sorte
que les projecteurs restent braqués sur les situations
les plus graves.
Ils donnent une voix aux victimes qui n'en n'ont pas, et leurs
rapports servent de point de départ à l'examen des
mesures concrètes que les gouvernements doivent prendre
pour faire cesser les violations et veiller à ce qu'elles
ne se reproduisent pas.
La Commission a également créé le premier
mécanisme des Nations unies permettant de déposer
plainte en cas de violation des droits de l'homme : la procédure
confidentielle connue sous le nom de "procédure 1503",
grâce à laquelle les organisations non gouvernementales,
d'autres groupes et mêmes les particuliers peuvent porter
plainte.
J'imagine qu'une semblable procédure de saisine confidentielle
sera maintenue, afin qu'aucune allégation de violations
flagrantes et systématiques n'échappe au Conseil.
Et j'espère que pourrez parvenir à un accord sur
un protocole additionnel ouvrant la possibilité d'introduire
des plaintes pour violation du Pacte relatif aux droits économiques,
sociaux et culturels.
Les organisations non gouvernementales jouent un rôle
important dans la promotion et la protection des droits de l'homme,
aux niveaux national, régional et international. C'est
pourquoi l'Assemblée générale vous a demandé
de maintenir les pratiques de la Commission et de les renforcer,
afin que, de même que les Etats qui ne sont pas membres
du Conseil, les institutions spécialisées, les autres
organisations intergouvernementales et les institutions nationales
qui s'occupent des droits de l'homme, les ONG puissent apporter
la contribution la plus utile possible à vos travaux.
La Commission vous a aussi légué deux documents
de la plus haute importance : le projet de convention internationale
pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions
forcées et le projet de déclaration sur les
droits des peuples autochtones. Vous avez la possibilité,
en examinant et en approuvant au plus vite ces instruments, d'obtenir
d'emblée des résultat concrets et de redonner espoir
à beaucoup d'êtres humains qui vivent aujourd'hui
dans la peur.
Vous héritez également d'autres tâches
urgentes, notamment celle de vous mettre d'accord là où
la Commission n'a pu trouver de consensus, par exemple sur une
définition du "droit au développement"
qui soit suffisamment claire et précise pour qu'il soit
effectivement possible de se prévaloir de ce droit et le
faire respecter.
Chers amis,
Comme vous le savez, les négociations qui ont abouti
à la création de ce Conseil ont été
âpres. Toutes les délégations n'ont pas obtenu
tout ce qu'elles voulaient. Des compromis ont dû être
faits, même si en fin de compte les principes n'ont pas
été sacrifiés.
Il n'y a rien d'étonnant à ce que des désaccords
et des difficultés aient surgi. Si les droits de l'homme
ne suscitaient aucun désaccord, ce Conseil n'aurait pas
de raison d'être.
De fait, les questions relatives aux droits de l'homme sont,
par nature, délicates. Mais cela ne veut pas dire qu'elles
relèvent nécessairement de l'interventionnisme ou
soient intrinsèquement contraires aux intérêts
des Etats. L'idée trop répandue qu'il existe une
tension inévitable ou une incompatibilité insurmontable
entre la liberté et la sécurité doit être
rejetée.
Au contraire, les Etats les plus forts sont ceux qui défendent
le plus vigoureusement les droits de l'homme de tous leurs citoyens.
Et les êtres humains ne sont jamais vraiment en sécurité
tant que leurs droits et libertés ne sont pas protégés
contre toutes les atteintes, que celles-ci soient le fait d'ennemis
ou d'agents de l'Etat.
Il s'ensuit que ceux qui ont voulu faire partie de ce Conseil
et ont été élus doivent être prêts
à accepter les débats et les désaccords,
mais doivent aussi être unis dans leur volonté de
faire respecter et appliquer les droits de l'homme sans crainte
et sans favoritisme. Ils doivent reconnaître, comme l'Assemblée
générale lorsqu'elle a créé ce Conseil,
l'importance de l'universalité et de l'objectivité,
ainsi que la nécessité de mettre tout le monde sur
le même pied.
Mesdames et Messieurs, chers amis,
Vous avez bien du travail devant vous. Dans les semaines et
les mois qui viennent, alors que vous vous plongerez dans les
détails et vous débattrez avec les questions que
ce Conseil a pour vocation d'examiner, je vous conjure de garder
à l'esprit les nobles desseins qui vous ont réunis
ici.
Ne permettez jamais au Conseil des droits de l'homme de s'embarquer dans des pugilats politiques ou de recourir à de basses manuvres. Pensez toujours à ceux qui ne peuvent
jouir de leurs droits, que ceux-ci soient civils et politiques
ou économiques, sociaux et culturels, et que les intéressés
vivent sous le joug de despotes sanguinaires ou dans les affres
de l'ignorance, de la faim et de la maladie.
La vérité est que les atteintes à ces
différents droits vont souvent de pair. Trop souvent, ce
sont ceux qui veulent améliorer le sort des leurs qui sont
victimes de l'oppression; et c'est le manque de liberté
et de protection juridique qui inhibe le développement
économique et social.
Sur ces deux fronts aussi importants l'un que l'autre, le Conseil
peut donner aux Nations unies, et à l'humanité,
la chance de reprendre la lutte pour les droits de l'homme avec
une vigueur renouvelée. Je vous en supplie, ne permettez
pas que cette occasion soit gâchée.
Source : Nations unies, Genève et New York, juin
2006.
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