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NEW YORK, 8 SEPTEMBRE 2006 / LE ROLE DE LA SOCIETE CIVILE
__Kofi Annan : Pour les Nations unies, la révolution des organisations non gouvernementales, qui est la montée en puissance des citoyens du monde, est la plus belle chose qui soit arrivée depuis longtemps
Texte de l'allocution prononcée le 8 septembre 2006,
à New York, par Kofi Annan, secrétaire général
des nations unies, à la 59e Conférence annuelle
du Département de l'information pour les organisations
non gouvernementales.
C'est un grand plaisir pour moi que de me joindre à vous
tous aujourd'hui. Comme vous le savez, une bonne part de mes activités
journalières est consacrée aux contacts avec les
gouvernements. Ce sont pourtant votre soutien et votre participation
qui ont rendu possibles nombre de mes succès en tant
que secrétaire général [des Nations unies].
Aussi, alors que j'approche la transition qui me mènera
de la vie publique à la vie privée, suis-je particulièrement
heureux de me trouver parmi tant de représentants de la
société civile du monde entier, réunis ici
pour apprendre, échanger des idées et nouer
des liens.
Je peux aujourd'hui, me remémorant la décennie
écoulée, être fier et heureux de constater
que durant ce temps, les échanges actifs entre les Nations
unies et la société civile sont devenus à
la fois plus étendus et plus profonds.
Comme le manifeste l'intitulé de la Conférence,
cette année, nos rapports sont des rapports de partenariat,
étroits et en développement. Les organisations non
gouvernementales restent des alliées essentielles des Nations
unies, non seulement pour ce qui est de mobiliser l'opinion publique,
mais aussi pour la formulation des grandes politiques et leur
application sur le terrain, dans les pays et dans les communautés.
A l'échelon intergouvernemental, ces dernières
années ont vu l'Assemblée générale
tenir avec des représentants des organisations non gouvernementales
et du secteur privé des auditions officieuses consacrées
à la migration et au développement, au VIH/sida,
au Programme d'action en faveur des pays les moins avancés,
ainsi qu'aux préparatifs du Sommet mondial de 2005.
A l'échelon national, les coordonnateurs résidents
des Nations unies collaborent étroitement avec les représentants
de la société civile, au niveau municipal et au
niveau local.
Ces liens résultent d'un effort délibéré
des Nations unies pour toucher les organisations non gouvernementales
et le secteur privé. Mais, ils s'expliquent aussi par la
remarquable expansion du rôle de la société
civile, qui est désormais responsable d'un monde en changement,
et par le rôle moteur que vous jouez de plus en plus dans
des domaines où les pouvoirs publics n'ont parfois pas
souhaité ou pas pu intervenir.
Depuis le Sommet "Planète Terre" de
1992, la société civile a laissé sa marque
sur une série de conférences mondiales consacrées
à des sujets cruciaux, environnement, droits de l'homme,
population, pauvreté, promotion de la femme... Vous avez
fait entendre votre voix. Mais, ces dernières années,
vous avez fait mieux. Vous avez fait sentir votre influence. Qu'il
s'agisse d'allégement de la dette, de maladie, de bonne
gouvernance ou de droits de l'homme, la révolution mondiale
des organisations non gouvernementales, lancée par
les citoyens du monde entier, a contribué à faire
avancer les choses, et donné une vitalité et
une signification nouvelles à la notion de communauté
internationale.
De plus en plus, c'est de groupes bénévoles comme
les vôtres que partent des initiatives d'interventions améliorant
la vie d'êtres humains.
De ce fait, même si la démocratie représentative
demeure la seule méthode légitime de prise de décisions
collective, la démocratie active, en participation, revêt
de plus en plus d'importance. La société civile,
qui a la possibilité d'exprimer les intérêts
des citoyens, de dialoguer directement avec les gouvernements
et de participer directement aux grands débats politiques,
nationaux et internationaux, peut ainsi faire le lien entre
la théorie et la pratique de la démocratie.
Si naguère les grandes réunions et conférences
internationales étaient presque exclusivement l'apanage
des gouvernements, il serait impensable maintenant que ces manifestations
aient lieu sans l'apport de vos idées, de vos moyens de
communication et de mobilisation.
Si naguère la gouvernance ne concernait que les gouvernements,
à l'heure actuelle la société civile est
intégrée à différentes structures
mondiales de gouvernance, allant d'ONUSIDA au Forum sur la gouvernance
d'Internet.
Si naguère le contrôle et l'application des lois
étaient pour l'essentiel du ressort des gouvernements,
aujourd'hui la société civile est souvent à
l'avant-garde de ceux qui veillent à faire respecter les
accords internationaux, sur des sujets qui vont des droits de
l'homme et du travail des enfants à l'environnement et
aux responsabilités sociales des entreprises.
Si naguère les mécanismes de contrôle et
de contre-pouvoir étaient, dans les sociétés
démocratiques, aux mains des Parlements, à l'heure
actuelle une société civile pleine de vitalité
sert de garde-fou contre les excès de l'Etat.
Et si naguère c'étaient les gouvernements qui
fixaient les programmes, aujourd'hui c'est vous qui avez inscrit
des questions nouvelles à l'ordre du jour.
Ce que vous avez réalisé est admirable. Vous
avez joué un rôle déterminant, par exemple,
pour la lutte mondiale contre les maladies infectieuses et pour
l'ouverture d'un grand débat sur la pauvreté.
Vous avez réussi grâce à votre influence
à faire interdire l'emploi des mines antipersonnel par
la Convention d'Ottawa. Vous avez fait campagne en faveur du Statut
de la Cour pénale internationale, et avez réussi
à donner aux victimes du génocide, des viols de
masse et d'autres crimes de guerre au moins l'espoir d'obtenir
justice à l'avenir. Et vos campagnes populaires ont contribué
à persuader les gouvernements d'accorder un allégement
substantiel de la dette aux pays les plus pauvres, et de consacrer
les sommes ainsi économisées à des programmes
de réduction de la pauvreté.
Cette année, vos interventions ont été
essentielles pour la création du nouveau Conseil des droits
de l'homme aux Nations unies.
Et [en août 2006], les Etats membres de l'Organisation
des Nations unies sont parvenus à un accord historique
en parachevant la Convention sur la protection et la promotion
des droits des personnes handicapées, aboutissement
d'années de plaidoyer des organisations de défense
des droits des personnes handicapées, qui ont participé
à toutes les étapes de la négociation et
ont eu une influence déterminante sur les résultats.
Sans leur plaidoyer résolu et leur dévouement, je
ne pense pas que cet important accord aurait jamais été
conclu.
Votre montée en puissance, manifestement, est porteuse
de changement. Alors que les dirigeants et les médias
ont tendance à faire ressortir les conflits de valeurs
et de croyances, nos partenariats permettent au contraire de jeter
des passerelles, et d'offrir un point de vue différent.
Notre diversité même sert à légitimer
nos idéaux démocratiques communs. Ces rencontres
d'idées s'inscrivent dans l'action plus large engagée
par les Nations unies pour promouvoir la compréhension
et la tolérance par le biais de l'initiative de l'Alliance
des civilisations, dont le Groupe de haut niveau vient de se réunir
ici à New York.
Vous avez la capacité de faire reculer les limites
du possible, car vous pouvez dire et faire des choses que
nous ne pouvons dire ni faire. Dans certains domaines, c'est vous
qui êtes à l'avant-garde, et nous qui vous suivons.
C'est pour cela que je me réjouis tant de votre soutien
et de votre exemple. Il y a tant de choses que nous pouvons, que
nous devons faire.
Pour l'avenir, je vois pour la société civile
un rôle quasiment illimité, mais qui vous donne
à l'égard de ceux et celles que vous représentez
des obligations solennelles. Vous exercez de plus en plus d'influence,
mais vous devez l'exercer en toute responsabilité. Vous
devez vous employer à resserrer des alliances - avec les
Nations unies, avec le secteur privé, avec le secteur public,
et entre vous - qui permettent d'éviter les doublons et
d'avoir le maximum d'impact.
Tandis que vous avancez dans cette voie, les Nations unies
seront fières de travailler avec vous pour un monde de
paix et de prospérité. Il y a mille façons
de resserrer les liens entre nous. Nous pourrons ainsi avancer
plus vite vers un avenir de justice, de démocratie et de
paix pour tous. Les Nations unies sont bien convaincues que pour
achever ce qui reste à faire pour la sécurité
humaine, pour le développement durable et au-delà,
il nous faut mettre en commun nos savoirs, affermir notre action.
Pour les Nations unies, la révolution des organisations
non gouvernementales, qui est la montée en puissance des
citoyens du monde, est la plus belle chose qui soit arrivée
depuis longtemps.
Source : Nations unies, New York, spetmbre 2006.
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