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NAIROBI, NOVEMBRE 2006 / UNE CONFERENCE DES NATIONS UNIES SUR LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES
__CHANGEMENTS CLIMATIQUES
Kofi Annan : le changement climatique menace sur la paix et la sécurité
Le changement climatique compte désormais au
nombre des principales menaces à la paix et à la
sécurité, a prévenu, le 15 novembre 2006
à Nairobi Kofi Annan en s'inquiétant du manque
"effrayant de leadership" pour y faire face.
Le secrétaire général des Nations unies s'exprimait
devant plusieurs dizaines de ministres de l'Environnement participant
à la Conférence climat dans la capitale kényane.
"Au moment où nous parlons d'aller plus loin [que
les premiers engagements du Protocole de Kyoto], il subsiste
un manque effrayant de leadership", a-t-il lancé.
Pour rappeler chacun à ses obligations, Kofi Annan a
fait valoir que le réchauffement climatique "prend
désormais place aux côtés de menaces comme
les conflits, la pauvreté et la prolifération des
armes". Les Nations unies joueront leur rôle, a-t-il
assuré, "mais la responsabilité première
de l'action incombe aux Etats et dès maintenant à
ceux qui sont largement responsables de l'accumulation du dioxyde
de carbone (CO2, le principal gaz à effet de serre) dans
l'atmosphère", à savoir les pays industrialisés,
sommés de "réduire leurs émissions"
de gaz à effet de serre (GES).
Pour cette première conférence climat dans un
pays d'Afrique sub-saharienne, le continent et l'ensemble des
pays pauvres, les plus vulnérables et les plus démunis
face au réchauffement, attendaient le soutien de la communauté
internationale. Kofi Annan leur a promis l'engagement de six agences
des Nations unies qui ont lancé "le Cadre de Nairobi"
pour les aider à bénéficier des dispositifs
d'adaptation prévus par le protocole de Kyoto, notamment
des Mécanismes de développement propre (MDP).
Le MDP permet aux entreprises des pays industrialisés
ayant ratifié Kyoto de financer des projets industriels
et énergétiques "propres" dans des pays
du sud, afin d'alléger leur facture de gaz à effet
de serre et de tenir leurs engagements de réductions d'émissions.
KOFI ANNAN : LA CONFÉRENCE DE NAIROBI DOIT FAIRE SAVOIR CLAIREMENT QUE LES DIRIGEANTS DU MONDE PRENNENT LE CHANGEMENT CLIMATIQUE AU SÉRIEUX
Allocution du secrétaire général des Nations
unies, Kofi Annan, à la Conférence des Nations
unies sur le changement climatique, à Nairobi, le 15
novembre 2006.
Je remercie le gouvernement et le peuple kényans d'avoir
accueilli cette conférence internationale. Vous avez réservé
un accueil chaleureux à des milliers de personnes et créé
d'excellentes conditions pour l'examen des questions d'importance
cruciale dont nous allons nous occuper. Merci de donner une nouvelle
fois la preuve que vous appuyez fermement les Nations unies.
Nous tous, qui sommes ici présents, tenons
à améliorer la condition humaine. Nous voulons
tous voir le jour où chacun, et pas seulement un petit
nombre de favorisés, pourra vivre dans la dignité
et envisager l'avenir avec espoir. Nous voulons tous créer
un monde d'harmonie entre les êtres humains et entre eux
et l'environnement naturel dont dépend la vie.
Cette vision, dont les probabilités de réalisation
ont toujours été minces, est aujourd'hui gravement
compromise par le changement climatique. Même les progrès
réalisés ces dernières années risquent
d'être réduits à néant.
Le changement climatique ne concerne pas seulement l'environnement,
comme un trop grand nombre de personnes le croient encore. C'est
une menace généralisée.
C'est une menace pour la santé, puisque dans un monde
plus chaud, les maladies infectieuses, comme la malaria et la
fièvre jaune, se propagent davantage et plus vite.
Il pourrait mettre en péril l'approvisionnement alimentaire
mondial, des températures et des périodes de sécheresse
prolongées rendant les régions fertiles impropres
à l'élevage et à la culture.
Il pourrait mettre en danger le sol même sur lequel vit
près de la moitié de la population mondiale - par
exemple, des villes côtières, telles que Lagos ou
Le Cap, risquent d'être inondées par une élévation
du niveau de la mer causée par la fonte des calottes glacières
et des glaciers.
C'est ce qui nous attend, et ce n'est pas tout. Des milliards
de dollars de dégâts causés par des catastrophes
provoquées par des intempéries. La destruction d'écosystèmes
vitaux tels que les forêts et les récifs de corail.
Des ressources en eau qui disparaissent ou qui sont polluées
par l'intrusion d'eau salée.
Le changement climatique constitue aussi une menace pour
la paix et la sécurité. Par exemple, des modifications
du régime des pluies peuvent accroître la rivalité
à laquelle donne lieu l'accès aux ressources et,
partant, entraîner des tensions et des migrations potentiellement
déstabilisantes, en particulier dans des pays fragiles
ou des régions instables. C'est une tendance que l'on peut
déjà constater et il se pourrait bien qu'elle se
précise.
Ce n'est pas de la science-fiction. Il existe des scénarios
plausibles fondés sur des modèles scientifiques
clairs et rigoureux. Les quelques sceptiques invétérés
qui cherchent encore à semer le doute doivent être
pris pour ce qu'ils sont: des esprits décalés, à
court d'arguments et sur le point d'être dépassés.
En fait, le consensus scientifique non seulement fait de plus
en plus d'adeptes, mais se fait aussi plus alarmiste. Un grand
nombre de chercheurs, connus pour être circonspects, déclarent
désormais que les tendances au réchauffement se
rapprochent dangereusement d'un point de non-retour. 
Les économistes pourraient bien en venir à penser
de même. Au début du mois, dans une étude
qu'il a consacrée à la question, Sir Nicholas
Sterne, citoyen britannique et économiste en chef de
la Banque mondiale, a présenté ces changements
comme "la plus grande et la plus préjudiciable
défaillance du marché à ce jour".
Il a prévenu que le changement climatique pourrait réduire
de 20% les échanges commerciaux dans le monde et provoquer
des désordres économiques et sociaux comparables
à ceux des deux guerres mondiales et de la Grande Dépression.
Mais tout n'est pas perdu, nous pouvons encore réagir.
Nous avons commencé à utiliser les combustibles
fossiles de façon plus propre et plus efficace. L'énergie
provenant de sources renouvelables est de plus en plus largement
disponible à des prix compétitifs. On pourrait
faire encore beaucoup mieux en intensifiant la recherche et en
mettant davantage les résultats en pratique - le niveau
actuel est, hélas, dangereusement bas.
Sous l'impulsion du Protocole de Kyoto, les apports financiers
internationaux générés par le carbone pourraient
rapporter 100 milliards de dollars par an aux pays en développement.
Les marchés des produits énergétiques à
faible teneur en carbone devraient prendre un essor considérable.
Mais il nous faut trouver davantage de solutions "vertes"
pour faire face à l'intensification de la demande en énergie.
Et il nous faut aussi prendre les mesures d'incitation appropriées
pour compléter ce qui a été fait jusqu'ici
sous la pression des circonstances.
Le changement climatique offre de véritables possibilités
de faire progresser le développement et de mettre nos sociétés
sur la voie d'un développement plus durable. De faibles
émissions ne sont pas nécessairement synonymes d'une
faible croissance et n'empêchent pas un pays de se développer.
Cessons donc d'être négatifs. Ne laissons plus personne
dire que nous ne pouvons pas nous permettre d'agir. Il est de
plus en plus évident qu'il sera beaucoup moins coûteux
de réduire les émissions maintenant que de
s'adapter plus tard aux conséquences. Et qu'on ne dise
plus qu'il faut attendre d'en savoir plus. Nous savons déjà
qu'une économie fondée sur des niveaux élevés
d'émission revient à soumettre le climat mondial
à une expérience dont les conséquences nous
échappent.
Mais, alors même que nous cherchons à réduire
les émissions, nous devons en même temps faire beaucoup
plus pour nous adapter au réchauffement de la planète
et à ses effets. Ce sont les pays les plus pauvres du
monde, dont beaucoup se trouvent en Afrique, qui pâtiront
le plus des conséquences du changement climatique.
Les populations démunies sont déjà les plus
exposées à la pollution, aux catastrophes et à
la dégradation des ressources naturelles et des sols. Elles
dépendent directement de l'agriculture, de la sylviculture
et de la pêche pour leur subsistance. Pensez, par exemple,
aux femmes et aux filles qui doivent chercher à grand-peine
du combustible et de l'eau faute de services énergétiques
essentiels. Ou à ces innombrables populations africaines
qui ont été victimes ces dernières années
de catastrophes provoquées par des dérèglements
climatiques. Les inondations au Mozambique, les périodes
de sécheresse au Sahel et, ici, au Kenya, sont encore présentes
dans nos mémoires. Pour ces populations, s'adapter est
une question de survie pure et simple. Intégrer les
risques que présente le changement climatique dans les
stratégies et programmes visant à atteindre les
objectifs du développement énoncés dans la
Déclaration du Millénaire doit devenir une de nos
premières priorités.
Le message est clair. Le changement climatique mondial doit
prendre place parmi les menaces - conflit, pauvreté, prolifération
des armes meurtrières - qui ont monopolisé l'attention
des politiques jusqu'ici. Et les Nations unies offrent au monde
les moyens dont il a besoin pour y faire face.
Les initiatives régionales et nationales ont leur mérite.
Mais la Convention-cadre des Nations Unies est le
dispositif dans lequel une réponse vraiment mondiale est
formulée. Le Protocole de Kyoto a désormais
pris pleinement effet et le Mécanisme pour un développement
propre qu'il prévoit est devenu une source de financement
de plusieurs milliards de dollars pour le développement
durable.
Ce mécanisme montre de façon exemplaire comment,
sous l'impulsion de l'Organisation des Nations unies, une collaboration
peut être instaurée entre les pouvoirs publics et
le secteur privé. Je suis heureux d'annoncer que six organismes
des Nations unies ont lancé, à la présente
conférence, un plan, appelé "le Cadre de
Nairobi", qui vise à aider les pays en développement,
en particulier en Afrique, à participer au Mécanisme
pour un développement propre. J'encourage les pays
donateurs à faire en sorte que cette entreprise soit couronnée
de succès. Je suis heureux de constater aussi que le PNUD
et le PNUE mettent en route aujourd'hui une initiative visant
à aider les pays en développement, y compris là
encore en Afrique, à introduire le changement climatique
dans les plans de développement national - sous le nom
de "protection contre les effets du changement climatique"
- dans des domaines tels que l'équipement.
Les organismes des Nations unies continueront à mettre en uvre leurs connaissances spécialisées. Mais c'est avant tout aux Etats qu'il importe d'agir -c'est-à-dire, pour le moment, ceux qui sont le plus responsables de l'accumulation de dioxyde de carbone dans l'atmosphère. Ils doivent faire beaucoup plus pour faire baisser le niveau de leurs émissions. Le Protocole de Kyoto a été un progrès
décisif, mais beaucoup trop modeste. Et quand on étudie
les possibilités d'aller plus loin, on constate un manque
effrayant de volonté politique.
Cependant, on ne peut laisser les émissions continuer
d'augmenter de façon débridée dans les pays
en développement. Nombre d'entre eux ont pris des mesures
notables pour faire face au changement climatique. Les pays dont
l'économie se développe rapidement, comme la Chine,
ont réussi à dissocier la croissance économique
de l'utilisation de l'énergie et ont ainsi réduit
l'intensité de leurs émissions. Mais, il faut encore
faire davantage.
Les entreprises doivent aussi jouer leur rôle. Les changements
dans leur attitude et dans la façon dont les investissements
privés sont dirigés seront au moins aussi importants
pour gagner la bataille du climat que l'action directe des pouvoirs
publics.
Et les citoyens ont aussi un rôle à jouer.
Une simple ampoule électrique consommant peu d'énergie
utilisée à la cuisine n'a peut-être l'air
de rien, mais si on la multiplie par deux millions, les économies
sont considérables. Le pouvoir des électeurs pourrait
être tout aussi décisif si les mesures de lutte contre
le changement climatique influaient davantage sur leur choix que
cela n'est le cas aujourd'hui.
Un changement de cap est encore possible pour chacune de
nos sociétés. Au lieu d'être économiquement
sur la défensive, faisons preuve d'un plus grand courage
politique. La Conférence de Nairobi doit faire savoir de
façon claire et crédible que les dirigeants politiques
du monde prennent le changement climatique au sérieux.
Il ne s'agit pas de savoir si ce changement a bien lieu, mais
si nous sommes capables de changer nous-mêmes assez vite
face à l'urgence de la situation.
Source : Nations unies, New York, novembre 2006.
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