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NATIONS UNIES, GENEVE, NOVEMBRE 2006 / LA CONFERENCE D'EXAMEN DE LA CONVENTION SUR LES ARMES BIOLOGIQUES
__Kofi Annan appelle la communauté internationale à renforcer la Convention sur les armes biologiques
La Convention sur les armes biologiques
Kofi Annan a appelé, le 20 novembre 2006,
à Genève, la communauté internationale à
surmonter ses divergences et à prendre "de nouvelles
mesures efficaces pour que la Convention [sur les armes
biologiques] continue d'être une barrière efficace
contre [ces] armes", s'agissant notamment de la menace terroriste
et des préoccupations suscitées par des maladies
telles que le SRAS et la grippe aviaire.
Dans un discours prononcé à l'ouverture de la 6e
Conférence d'examen de la Convention sur les armes biologiques,
le secrétaire général des Nations unies a
rappelé que la dernière réunion, il y a cinq
ans, s'était conclue sur des "divergences profondes
et implacables". "Il y aura toujours des différences
entre vous. Mais je vous enjoins de faire preuve, encore une fois,
d'ingéniosité et d'imagination pour les contourner",
a-t-il demandé.
"Cinq ans se sont écoulés depuis la dernière
conférence d'examen, et la situation mondiale a changé,
les risques ont évolué. Aujourd'hui, nous voyons
l'attention se tourner vers la lutte contre le terrorisme et un
regain de préoccupation face aux maladies dues à
des causes naturelles comme le SRAS ou la grippe aviaire",
a relevé Kofi Annan.
"Le milieu dans lequel s'applique la Convention s'en est
du même coup transformé, de même que s'est
modifiée l'idée qui est faite de son rôle
et de son potentiel. Au cours de la même période,
les sciences et les techniques biologiques ont connu de grandes
avancées, annonçant des bénéfices
considérables pour le développement humain mais
aussi des dangers potentiels", a-t-il expliqué.
"Ces changements signifient que nous ne pouvons plus considérer
la Convention de manière isolée, simplement comme
un traité interdisant aux Etats d'acquérir des armes
biologiques. Au contraire, nous devons la voir comme une partie
d'un ensemble d'instruments reliés entre eux, conçus
pour traiter une série de problèmes reliés
entre eux", a-t-il poursuivi.
"Nous devons bien sûr traiter des questions de désarmement
et de non-prolifération comme nous l'avons toujours fait.
Mais, nous devons aussi faire face aux actes de terrorisme
et aux crimes commis par des agents non étatiques ou des
individus, en prenant des mesures de santé publique,
en prévoyant des secours en cas de catastrophe et en veillant
à ce que les sciences et techniques biologiques soient
utilisées de façon pacifique et à bon escient",
a estimé Kofi Annan, qui espére que "tous ces
éléments" seront rassemblés dans "une
stratégie cohérente".
A cet égard, il a rappelé qu'il avait soulevé
samedi en Suisse "l'idée d'une instance qui associe
les différentes parties prenantes - États, entreprises,
communauté scientifique, services de santé publique,
services de sécurité et le public en général
- qui, ensemble, feront en sorte que les progrès de la
biotechnologie continuent à servir l'humanité en
en gérant les risques".
La Convention sur l'interdiction de la mise
au point, de la fabrication et du stockage des armes bactériologiques
(biologiques) compte actuellement 155 Etats parties. La précédente
Conférence d'examen avait été marquée
par de profondes divisions entre les Etats parties et l'échec
des négociations sur un protocole visant le renforcement
de la Convention sur les armes biologiques par le biais de mesures
de vérification et autres.
Contrairement aux traités sur les armes chimiques et
nucléaires, la Convention sur les armes biologiques
ne prévoit que peu de procédures de vérification,
telles que des visites dans les laboratoires privés ou
militaires de recherches médicales et pharmaceutiques.
Les tentatives pour mettre en place de telles mesures ont été
rejetées par plusieurs pays, dont les Etats-Unis.
Ouverte à signature le 10 avril 1972 et entrée en vigueur le 26 mars 1975, la Convention sur les armes biologiques est le premier instrument international interdisant toute une catégorie d'armes.
LA DECLARATION DE KOFI ANNAN
Déclaration de Kofi Annan, secrétaire
général des Nations unies, à l'ouverture
de la 6e Conférence d'examen des Etats parties à
la Convention sur l'interdiction de la mise au point, de la fabrication
et du stockage des armes bactériologiques (biologiques)
ou à toxines et sur leur destruction, le 20 novembre
2006, à Genève.
Il y a cinq ans, dans cette même salle, vous étiez
aux prises avec une sombre perspective, celle de vous trouver
face à une impasse, à une situation inextricable.
En devenant parties à la Convention sur les armes biologiques,
vous aviez témoigné de votre détermination
à fournir votre part d'efforts pour éviter que les
agents infectieux ne soient utilisés comme armes. Mais,
lorsque le temps était venu de renforcer la Convention
à l'aide d'un protocole, il avait été impossible
de dégager un consensus malgré des années
de négociation. Des divergences profondes et implacables
menaçaient de mettre fin définitivement aux efforts
collectifs déployés pour lutter contre les armes
biologiques.
Mais grâce à votre détermination et à
votre créativité, les choses ne se sont pas passées
de cette manière. Vous avez décidé que
la menace des armes biologiques était trop grave pour l'abandonner
à la paralysie politique. Et vous avez trouvé le moyen, à défaut de concilier vos divergences, de les contourner. Au cours des quatre dernières années, vous avez créé, mis au point et exécuté un programme de travail innovant, en vous inspirant du savoir et du savoir-faire des experts du monde entier, que ce soit dans les domaines juridique et scientifique, ou dans les domaines de la sécurité, de la santé publique et du maintien de l'ordre. La contribution de ce programme à la mise en uvre de la Convention a été modeste mais bien concrète. Il a permis de réduire le risque que des armes biologiques soient mises au point, acquises ou employées.
Des progrès ont été constatés tout particulièrement au niveau de la mise en uvre de la Convention par les pays et du renforcement des mesures de sécurité concernant les agents pathogènes dangereux. Les capacités
nationales et internationales en matière de surveillance
des maladies sont en train d'être consolidées. Nous
comprenons mieux les liens qui existent entre les épidémies
naturelles et celles qui sont provoquées et améliorons
les mesures à prendre en la matière. La communauté
scientifique internationale a été invitée
à s'associer à ces efforts grâce à
des actions d'éducation et de sensibilisation, qui pourraient
permettre de recenser les pratiques exemplaires et d'établir
un code de conduite.
Tous les Etats parties peuvent se targuer d'avoir contribué
à cette réalisation. Tous ont fait des compromis,
beaucoup ont mis de côté leurs ambitions et certains
ont exprimé des réserves. Mais tous ont fait preuve
d'une réelle volonté pour transformer une mesure
provisoire en un remarquable succès. C'est l'expression
du multilatéralisme tel qu'il devrait être: souple,
réceptif, créatif et dynamique, mais aussi et surtout
un moyen de surmonter les obstacles et d'arriver à des
résultats.
Il faut maintenant mettre à profit ces résultats
et prendre de nouvelles mesures pour que la Convention continue
d'être une barrière efficace contre les armes biologiques.
Cinq ans se sont écoulés depuis la dernière
conférence d'examen, et la situation mondiale a changé,
les risques ont évolué. Aujourd'hui, nous voyons
l'attention se tourner vers la lutte contre le terrorisme et un
regain de préoccupation face aux maladies dues à
des causes naturelles comme le SRAS ou la grippe aviaire.
Le milieu dans lequel s'applique la Convention s'en est du même
coup transformé, de même que s'est modifiée
l'idée qui est faite de son rôle et de son potentiel.
Au cours de la même période, les sciences et les
techniques biologiques ont connu de grandes avancées, annonçant
des avantages considérables pour le développement
humain mais aussi des dangers potentiels.
Ces changements signifient que nous ne pouvons plus considérer
la Convention de manière isolée, simplement
comme un traité interdisant aux Etats d'acquérir
des armes biologiques. Au contraire, nous devons la voir comme
une partie d'un ensemble d'instruments reliés entre eux,
conçus pour traiter une série de problèmes
reliés entre eux. Nous devons bien sûr traiter des
questions de désarmement et de non-prolifération
comme nous l'avons toujours fait. Mais, nous devons aussi faire
face aux actes de terrorisme et aux crimes commis par des agents
non étatiques ou des individus, en prenant des mesures
de santé publique, en prévoyant des secours en cas
de catastrophe et en veillant à ce que les sciences et
techniques biologiques soient utilisées de façon
pacifique et à bon escient.
Il nous faudra pour cela rassembler tous ces éléments
dans une stratégie cohérente. Ces derniers mois,
et il y a seulement deux jours ici en Suisse, j'ai soulevé
l'idée d'une instance qui associe les différentes
parties prenantes - Etats, entreprises, communauté scientifique,
services de santé publique, services de sécurité
et le public en général - qui, ensemble, feront
en sorte que les progrès de la biotechnologie continuent
à servir l'humanité en en gérant les risques.
La présente conférence d'examen peut contribuer
beaucoup à cet effort. Je vous engage vivement, vous qui
êtes présents ici, à mettre en commun toutes
vos compétences. Les traités sont une composante
essentielle du système multilatéral, et nous
pouvons les renforcer en corrélant les différents
domaines. Ainsi, les mesures que nous prenons ne pourront que
mieux se compléter et se renforcer mutuellement.
De plus, en renforçant le secteur de la santé
publique, nous nous garantirons mieux contre le bioterrorisme.
Et être mieux préparé contre le terrorisme
peut signifier avoir de meilleurs systèmes de santé
publique en général. De la même façon,
l'amélioration de la sécurité des laboratoires
passe par la formation et l'acquisition de nouvelles techniques,
et de disposer de laboratoires plus sûrs encourage la coopération
et ouvre des possibilités de développement. Il existe
bien d'autres liens et possibilités. Je vous encourage
à les explorer afin d'éloigner les affrontements
du passé.
L'action que vous avez entreprise ces quatre dernières
années vous prépare à faire d'autres progrès.
Il y aura toujours des différences entre vous. Mais je
vous enjoins de faire preuve, encore une fois, d'ingéniosité
et d'imagination pour les contourner. Les raisons de s'unir doivent
l'emporter sur les motifs de division. Tous, nous abhorrons l'horreur
des armes biologiques. Comme il est dit dans la Convention, "la
conscience de l'humanité réprouverait leur emploi".
Je vous demande instamment de saisir l'occasion offerte par la
présente conférence. Et je puis vous assurer que
l'appui de l'Organisation des Nations unies vous est acquis.
Source : Nations unies, New York, novembre 2006.

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