|
NATIONS UNIES, DECEMBRE 2006 / CONSEIL DE SECURITE
__Kofi Annan appelle le Conseil à préserver les générations futures du fléau de la guerre
Lors de son dernier exposé devant le Conseil de sécurité
des Nations unies, le 22 décembre 2006, Kofi
Annan a salué le renforcement de l'efficacité
des travaux du Conseil en dix ans et sa "bonne grâce"
face aux critiques, et exprimé le souhait qu'il saura se
réformer pour devenir plus légitime.
"Pendant dix ans, dans mes fonctions de secrétaire
général, je me suis souvent permis quelques critiques
à l'égard de cet organe, particulièrement
en ce qui concerne sa composition", a-t-il déclaré,
ajoutant : "Je continue d'espérer que celle-ci sera
modifiée, car je suis convaincu que s'il devient plus démocratique
et représentatif, le Conseil aura une légitimité
encore accrue et son autorité sera plus généralement
respectée".
"Il m'est aussi arrivé parfois de critiquer
les décisions du Conseil - ou plutôt, plus souvent,
son inaction. Et j'ai essayé, suivant l'excellente recommandation
trouvée dans le rapport Brahimi, de dire au Conseil ce
qu'il avait besoin de savoir plutôt que ce qu'il avait envie
d'entendre".
"Je sais cependant que "la responsabilité
principale du maintien de la paix et de la sécurité
internationales", que vous a confiée la Charte,
n'est pas une charge facile à supporter. D'ailleurs,
il est beaucoup plus facile de critiquer le Conseil quand on n'en
fait pas partie que de prendre des décisions quand on y
siège", a assuré Kofi Annan. "Et pourtant,
les membres du Conseil m'ont généralement écouté
de bonne grâce - à un point étonnant, même".
"Je dois aussi constater que l'efficacité des travaux du Conseil a été considérablement renforcée au cours de mes 10 années de mandat. [
] Le Conseil a adopté de très importantes résolutions sur certaines questions - je pense en particulier à sa résolution 1325
sur le rôle des femmes - et, d'une manière générale,
il est plus conscient de la nécessité d'empêcher
les conflits, plutôt que d'attendre qu'ils aient éclaté
pour réagir", a-t-il souligné.
"Nous avons aussi appris qu'il faut que le Conseil soit
pleinement renseigné sur tout ce qui touche aux droits
de l'homme, car les violations caractérisées
de ces droits ne se produisent pas seulement pendant les conflits,
mais en sont souvent un signe avant-coureur".
"Il n'y a vraiment pas lieu de nous croire au bout
de nos peines. Comme je l'ai dit [il y a quelques jours],
il m'est pénible de penser qu'au moment où je quitte
mon poste, la situation au Moyen-Orient est toujours aussi
précaire et explosiv", a poursuivi Kofi Annan.
Quoi qu'il arrive, le devoir sacré et la mission exaltante
de cette Organisation demeurent les mêmes, il faut "préserver
les générations futures du fléau de la guerre".
"Ce fut un honneur pour moi de participer avec vous à la poursuite de cet objectif, dans les moments de réussite comme dans l'échec", a conclu le secrétaire général des Nations unies.
L'INTERVENTION DE KOFI ANNAN
Discours d'adieu du secrétaire général
des Nations unies, Kofi Annan, le 22 décembre
2006, à New York, devant le Conseil de sécurité.
Sauf si des crises imprévues éclatent dans les
neuf jours qui viennent - mais, ce n'est pas ici qu'on songerait
à en exclure la possibilité -, c'est la dernière
fois que je vous rencontre en tant que secrétaire général. Je tiens à remercier le Conseil non seulement d'avoir saisi cette occasion pour adopter une résolution qui me va droit au cur, mais aussi de l'avoir fait coïncider avec une autre décision que vous êtes sur le point de prendre, celle de proroger le mandat du Bureau intégré des Nations unies en Sierra Leone (BINUSIL).
Le cas de la Sierra Leone est sans conteste un exemple de la
réussite à laquelle peut aboutir notre collaboration.
Mais ceux, parmi nous, qui se rappellent l'angoisse de certains
jours de mai 2000 savent très bien que ce n'était
pas gagné d'avance. Eh bien, aujourd'hui ce pays illustre
parfaitement ce à quoi peuvent parvenir les Nations unies
et leurs Etats membres quand ils collaborent étroitement.
La situation en Sierra Leone est stable, mais encore fragile.
Le pays a besoin qu'on continue à l'aider à mettre
en place les institutions de l'Etat et à assurer leur efficacité,
surtout celles qui sont chargées de la sécurité,
des droits de l'homme, de la justice et de la préparation
des élections de [2007], qui seront une étape déterminante
de la consolidation de la paix.
Je vous remercie donc d'avoir accepté de prolonger l'action
des Nations unies en Sierra Leone. Mais, je vous remercie aussi
de tout ce que vous faites pour la cause de la paix et de la sécurité
dans le monde entier.
Pendant dix ans, dans mes fonctions de secrétaire général,
je me suis souvent permis quelques critiques à l'égard
de cet organe, particulièrement en ce qui concerne
sa composition. Je continue d'espérer que celle-ci sera
modifiée, car je suis convaincu que s'il devient plus démocratique
et représentatif, le Conseil aura une légitimité
encore accrue et son autorité sera plus généralement
respectée.
Il m'est aussi arrivé parfois de critiquer les décisions
du Conseil - ou plutôt, plus souvent, son inaction.
Et j'ai essayé, suivant l'excellente recommandation trouvée
dans le rapport Brahimi, de dire au Conseil ce qu'il avait besoin
de savoir plutôt que ce qu'il avait envie d'entendre.
Je sais cependant que "la responsabilité principale
du maintien de la paix et de la sécurité internationales"
que vous a confiée la Charte n'est pas une charge facile
à supporter. D'ailleurs, il est beaucoup plus facile de
critiquer le Conseil quand on n'en fait pas partie que de prendre
des décisions quand on y siège.
Et pourtant, les membres du Conseil m'ont généralement
écouté de bonne grâce - à un point
étonnant, même. Je dois aussi constater que l'efficacité
des travaux du Conseil a été considérablement
renforcée au cours de mes dix années de mandat.
Le Conseil nous a confié des mandats plus cohérents,
plus "musclés" lorsqu'il le fallait, et, plus
souvent qu'avant, assortis de ressources à peu près
adéquates. Ses membres s'attachent davantage au suivi de
leurs décisions, exigeant, de moi et de mes collègues
des missions qu'ils ont créées, que nous lui présentions
des rapports circonstanciés, et se rendant même parfois
sur place pour voir directement ce qui s'y passe.
D'autre part, le Conseil a adopté de très
importantes résolutions sur certaines questions - je
pense en particulier à sa résolution1325 sur le
rôle des femme s- et, d'une manière générale,
il est plus conscient de la nécessité d'empêcher
les conflits, plutôt que d'attendre qu'ils aient éclaté
pour réagir.
Quelques expériences amères nous ont appris à
tous que nous ne pouvons pas nous permettre de croire les gouvernements
sur parole lorsqu'ils nous assurent que tout va pour le mieux
dans leur pays, ou qu'ils ont la situation bien en main. Nous
avons aussi appris qu'il faut que le Conseil soit pleinement renseigné
sur tout ce qui touche aux droits de l'homme, car les violations
caractérisées de ces droits ne se produisent pas
seulement pendant les conflits mais en sont souvent un signe avant-coureur.
Il n'y a vraiment pas lieu de nous croire au bout de nos peines.
Comme je l'ai dit la semaine dernière, il m'est pénible
de penser qu'au moment où je quitte mon poste, la situation
au Moyen-Orient est toujours aussi précaire et explosive.
J'espère de toutes mes forces que nous sommes enfin
près de réussir à arracher le peuple du Darfour
au sort épouvantable qui est le sien actuellement.
Les rapports que j'ai reçus de mon envoyé à
Khartoum, M. Ould Abdallah, m'encouragent à penser que
demain peut-être nous allons recevoir le feu vert du président
Bashir pour un cessez-le-feu total, des efforts renouvelés
en vue de la participation de toutes les parties à la recherche
d'une solution politique, et le déploiement de la force
hybride Union africaine-Nations unies qui a été
proposée pour protéger la population. Mais, il faudra
voir ce que dit le document que rapportera M. Ould-Abdallah.
Mais nous avons été si souvent déçus
que nous ne pouvons compter sur rien. Ce que je sais, c'est que
le Conseil, secondé habilement par mon successeur, continuera
de s'occuper de ces crises, et de beaucoup d'autres encore.
Cela dit, il n'y a pas non plus de quoi désespérer.
Il arrive souvent qu'une situation se dégrade de manière
saisissante, mais les progrès, eux, se font généralement
petit à petit. De nombreux conflits ont trouvé une
issue pacifique. Beaucoup ont au moins été maîtrisés,
et on entrevoit la sortie du tunnel. Et je suis convaincu, bien
que ce soit bien plus difficile à prouver, que beaucoup
d'autres ont été empêchés.
Quoi qu'il arrive, le devoir sacré et la mission exaltante
de cette Organisation demeurent les mêmes, il faut
"préserver les générations futures
du fléau de la guerre". Ce fut un honneur pour moi de participer avec vous à la poursuite de cet objectif, dans les moments de réussite comme dans l'échec. Je me dételle maintenant de cette tâche, avec soulagement mais non sans regret. Et je souhaite de tout mon cur que vos réussites ne cessent de se multiplier.
Source : Nations unies, New York, décembre 2006.
|