|
Retour

|
|
FRANCE | ELECTIONS PRESIDENTIELLES, MARS-AVRIL 2007
__L'appel des 343 mamans des cités
| L’APPEL |
Plus de trente ans après l’"appel des 343 salopes" (à propos de l’avortement), qui avait dynamisé le mouvement féministe français, l’association "Ni putes ni soumises" (NPNS) a lancé, le 8 mars 2007, "l’Appel des 343 mamans des cités".
Pourquoi cet appel ? Explications de Fadela Amara, présidente de NPNS. "Nous voulons faire entendre la voix de femmes marginalisées et dont personne ne parle sauf à des moments précis. Cet appel sert à la fois à les montrer et à les pousser à prendre la parole. Les responsables politiques doivent se rendre compte que des mamans vivent des situations d’oppression. Une oppression sociale, d’abord, parce que beaucoup d’entre elles sont en situation de précarité. Mais, aussi parce qu’elles sont les oubliées de cette société.
Vous voulez "les pousser à prendre la parole". Pourquoi ne le font-elles pas ?
"Au moment des révoltes urbaines, on a reconnu un statut aux mamans des cités. On a accepté qu’elles courent derrière les gamins qui brûlaient les voitures pour les calmer. La réponse qui leur a été donnée, ensuite, m’a scandalisée. D’abord, on les a renvoyées chez elles sans essayer de comprendre leur situation, ni de savoir comment les aider pour que ces révoltes ne se reproduisent pas. On les a humiliées. Des hommes politiques ont passé leur temps à dire qu’elles n’étaient pas de bonnes mères, qu’elles étaient "démissionnaires". On les a culpabilisées, avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur leurs enfants. C’est-à-dire l’émiettement de leur autorité.
Puis il y a eu cette menace scandaleuse de suppression des allocations. D’où notre - appel en référence à l’"appel des 343 salopes", qui, en 1971, sont entrées dans un processus d’émancipation. Ce clin d’oeil rend hommage à ce mouvement, dont nous nous sentons les héritières, et place notre action dans sa continuité. Aujourd’hui, les mamans des cités entrent à leur tour dans des processus d’émancipation.
À travers cette référence, estimez-vous que rien n’a été fait pour les femmes ?
"Force est de constater que les acquis du combat des femmes ne sont pas entrés dans les cités. De même pour les valeurs de la République parce que les quartiers fonctionnent selon un mode communautariste, imprégné dans certains endroits de religiosité. En fermant les yeux sur cette situation, on jette les mamans issues de l’immigration dans les mains des intégristes de tous bords. Pourquoi, par exemple, ne pas ouvrir les écoles après 18 heures ? Le premier outil d’émancipation, pour ces femmes, est la maîtrise de la langue française. Régler les problèmes des banlieues passe par l’émancipation des mamans des cités, qui pousseront à une évolution des mentalités.
Vous sentez-vous entendue par les différents candidats à l’élection présidentielle ?
Aujourd’hui, la situation des femmes est connue. Leur parole s’est libérée […]. C’est maintenant aux politiques de faire leur travail. Les propositions existent, elles ont été écrites et hurlées. À mon sens, les conditions des femmes devraient être une priorité nationale.
Entretien réalisé par Vincent Defait, quotidien L’Humanité, Paris, 8 mars 2006.
L'APPEL DES 343 MAMANS DES CITES
Lorsque les émeutes éclatèrent en banlieue, c’est vers nous, mamans des quartiers, que vous vous êtes tournés.
C’est à nous, mamans des quartiers, que vous avez demandé de trouver les mots pour panser les maux de nos enfants.
C’est à nous, mamans des quartiers, que vous avez demandé de calmer une rage qui, partout, allumait des feux.
C’est à nous, mamans des quartiers, que vous avez demandé d’expliquer que la violence ne réglerait jamais les problèmes du chômage, de l’exclusion et du racisme.
C’est à nous, mamans des quartiers, que vous avez demandé de faire preuve d’autorité.
C’est à nous, mamans des quartiers, que vous avez demandé de garder à la maison nos petits souvent bien plus grands que nous.
C’est à nous, mamans des quartiers, que vous avez fait appel pour que cessent, partout dans le monde, ces images d’une France en état de guerre civile.
En ce mois de novembre 2005, vous avez su reconnaître en nous des mamans, quelque soit notre pays d’origine. Vous avez saisi le rôle précieux qu’en tant que telles, nous pouvions remplir, et nous avons rempli ce devoir, notre devoir de "maternité".
Mais avez-vous oublié, mesdames et messieurs les Politiques, qu’avant d’être des mères, nous étions des femmes ?
Alors parce que, d’où que nous venions, nous sommes d’abord des femmes, nous, les mamans des quartiers, nous vous demandons aujourd’hui d’être traitées comme toutes les autres citoyennes de la République.
Nous vous demandons de mettre un terme aux conventions bilatérales qui préservent les lois d’origine et qui nous exposent aux violences de la polygamie, de la répudiation et du mariage forcé.
Nous vous demandons des places en crèches et en garderie pour cesser d’être cantonnées à la sphère privée, et pour en finir avec une situation d’enfermement qui nous rend vulnérable à toutes les violences sexistes.
03.2007.

|