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LE DEBAT

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FRANCE | ELECTIONS PRESIDENTIELLES, MARS-AVRIL 2007
__Nicolas Sarkozy réactive la querelle sur l'inné et l'acquis
En révélant, dans un dialogue avec le philosophe Michel Onfray (Philosophie Magazine, avril 2007), ses convictions sur le caractère inné de la pédophilie et des tendances suicidaires, le candidat Nicolas Sarkozy a provoqué un tollé dans la communauté scientifique, qui souligne le caractère dangereusement réducteur de ses propos. Réactivant au passage - écrit Catherine Vincent dans le quotidien Le Monde -, et ce n'est sans doute pas innocent, la vieille querelle idéologique de l'inné et de l'acquis.
"J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a 1’200 ou 1’300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable", disait-il dans cet entretien. "J'ai avancé ces idées pour en débattre", a-t-il plaidé par la suite. Mais, pour la plupart des scientifiques, il n'y guère matière à débat.
Naître pédophile ? "Un non-sens !", s'exclame le généticien Axel Kahn, directeur de l'Institut Cochin. "Je ne connais personne qui ait jamais prétendu qu'on était pédophile de père en fils. Cela ne veut pas dire que la constitution et les gènes n'interviennent pas, peut-être, d'une manière que l'on ignore encore. Mais, certainement pas sous la forme d'un déterminisme créant des familles de pédophiles".
"Tous les progrès actuels dans la connaissance des relations entre l'inné et l'acquis, la nature et la culture, montrent qu'il y a des interactions réciproques et continues entre les gènes et l'environnement, et que ce sont ces interactions qui participent à la construction progressive d'un enfant et d'une personne. Et le premier environnement dans les collectivités humaines, ce sont les autres !", assure le médecin biologiste Jean-Claude Ameisen, président du comité d'éthique de l'Inserm et membre du Comité consultatif national d'éthique.
C'est dire que l'identité et les comportements futurs d'une personne ne peuvent être inscrits dans ses gènes dès la conception, ni lisibles dès la naissance, commente Catherine Vincent. Pas plus pour la pédophilie que pour la tendance au suicide. Ou que pour les troubles du comportement de l'enfant, dont le ministre de l'intérieur, s'appuyant sur une expertise hautement controversée de l'Inserm, avait préconisé le dépistage, dès l'âge de 3 ans, dans le cadre de son projet de prévention de la délinquance. Dans tous ces cas, "le préjugé répandu d'une causalité réductrice et unidimensionnelle n'est justifié par aucune donnée scientifique", insiste M. Ameisen, en soulignant que "le principal danger de cette obsession de prédire est la stigmatisation : enfermer l'individu dans un destin figé à l'avance, et porter sur lui un regard qui sera source de souffrances" [Le Monde, 12 avril 2007]
Une forme d’eugénisme
Attribuer aux gènes la responsabilité de la pédophilie et des suicides de jeunes est "scientifiquement non fondé" et risque d'ouvrir la voie à une forme d'eugénisme, a mis en garde l’ensemble de la communauté scientifique.
"C'est une ineptie purement idéologique qui est totalement à côté des acquis actuels de la science et de la génétique en particulier", selon le Pr Bernard Golse, pédopsychiatre à l'hôpital Necker-Enfants malades, interrogé par l’agence France-Presse. "L'idée d'une pédophilie prédictible et génétique, c'est purement renouer avec le chromosome du crime de Cesare Lambroso", criminologue italien du XIXe siècle, relève-t-il.
Or, défendre l'idée d'un tel type de déterminisme est "extrêmement dangereux", met en garde Christine Bellas-Cabane, présidente du Syndicat national des médecins de la protection maternelle et infantile (SNMPMI), rappelant, elle aussi, les risques de dérives eugénistes.
Elle avait été en 2006, ainsi que le Pr Golse, parmi les initiateurs de la pétition "Pas de zéro de conduite pour les enfants de 3 ans" s'opposant au projet, défendu par l'ex-ministre de l'Intérieur, de détection précoce de troubles du comportement pour prévenir la délinquance.
Avoir des "facteurs de susceptibilité, de prédisposition, cela ne suffit pas pour devenir délinquant ou se suicider, il y a des effets de rencontres avec l'environnement au sens large : relationnel, psychologique, sociologique, politique, culturel", souligne le Pr Golse. Il n'y a, rappelle-t-il, "aucune prédiction possible parce que, par définition, les effets de rencontres sont imprévisibles, sinon notre vie serait entièrement écrite à l'avance".
Bayrou : des propos "inquiétants"
Le candidat centriste, François Bayrou, a très vivement critiqué des "propos terriblement inquiétants" et "glaçants". "C'est un propos très grave, ça voudrait dire qu'on n'a aucune chance, que son destin est joué à l'avance. Je ne crois pas qu'il y ait un médecin, un psychiatre en France qui puisse entendre ces propos sans frémir", a-t-il déclaré.
François Bayrou a estimé que les propos de Nicolas Sarkozy constituaient "un dérapage très lourd de conséquences". "Ce sont des propos qui ne sont plus des propos humanistes, c'est glaçant". "Dire que les adolescents qui se suicident le font parce qu'ils sont nés comme ça, c'est quelque chose qui nous détournerait de notre travail de prévention, de soins", a-t-il précisé, ajoutant : "Si on voulait pousser, ce sont des propos comme on n'en a pas tenus en Europe depuis très longtemps".
La candidate socialiste, Ségolène Royal, a, de son côté, dénoncé "cette insupportable théorie où l’on va débusquer le gène de la pédophilie ou de la délinquance".
Sources : Le Monde et presse française, avril 2007.

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