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LE DEBAT
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FRANCE | LES ELECTIONS PRESIDENTIELLES, MARS-AVRIL 2007 - LES DECLARATIONS DE NICOLAS SARKOZY SUR LA GENETIQUE
__Atavisme contre choix politique
par Charles Melman
En optant pour le biologisme, M. Sarkozy ne craint-il pas que les électeurs se déterminent en fonction de leurs gènes plutôt que de ses arguments ?
On prête à Nicolas Sarkozy la déclaration selon laquelle la pédophilie, le suicide des adolescents voire l'aptitude au cancer relèveraient de facteurs génétiques. Mais sans doute voudra-t-il reconnaître que l'aptitude à l'erreur leur échappe, celle-ci étant redevable dans le cas présent au staff qui le conseille en matière de santé.
Il pourra aussi facilement vérifier que l'inspiration de ses inspirateurs vient directement des "néo-cons" américains, ceux-là mêmes qui interdisent localement l'enseignement de Darwin et détournent les progrès de la recherche médicale au profit du retour en force du biologisme.
Comme aux XIXe et XXe siècles, cette option métaphysique postule la prévalence des facteurs organiques dans la conduite des hommes, des femmes, et maintenant des enfants, qu'il faudrait fliquer dès leur bas âge pour dépister et traiter une "agressivité" imaginée innée (pas sage = ritaline).
Une éminente représentante du courant comportementalo-cognitiviste garantie par le CNRS a pu nous opposer récemment à la radio que la limite entre comportement animal et humain était incertaine. Cette énormité a le mérite de situer clairement le problème : la conduite de l'homme est-elle innée ou bien relève-t-elle d'une élaboration et d'une acquisition dominées par le choix moral ?
Au siècle précédent, le "biologisme" a nourri l'idéologie raciste et nazie : on était "Übermensch" (homme supérieur) ou pas. Aujourd'hui, la sélection ne mesure plus l'adaptation à l'environnement naturel mais au milieu social et à son économie, dont il est tout de même admirable que nos gènes aient pu les prévoir afin de nous y accommoder. Et il est navrant de voir nos universités s'y mettre en proposant des tests d'évaluation qui jugent non pas l'intelligence ou le savoir, mais l'aptitude supposée innée à la discipline choisie.
M. Sarkozy pense-t-il que son remarquable parcours est lié à des facteurs génétiques personnels ou bien, comme il le dit, que rien ne lui a été donné et qu'il a dû tout acquérir ? Croit-il que les électeurs vont être déterminés par leurs gènes ou par ses arguments ? Il est clair qu'une logique qui privilégierait l'inné et l'atavisme ferait gagner M. Le Pen.
Aussi, M. Sarkozy a de bonnes raisons pour souhaiter que les Français soient mus par un choix politique plutôt que par un déterminisme biologique.
Charles Melman, psychiatre, psychanalyste et fondateur de l'Association lacanienne internationale. Point de vue publié par le quotidien Le Monde, Paris, 13 avril 2007.

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