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Textes de référence - 2007


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 LE DEBAT 


FRANCE | LES ELECTIONS PRESIDENTIELLES, MARS-AVRIL 2007 - LES DECLARATIONS DE NICOLAS SARKOZY SUR LA GENETIQUE
__Génétique, sexe et psychiatrie : arrêtons les procès en diabolisation
par Philippe Froguel

Nous naissons hélas inégaux. Note environnement social et culturel n’explique pas tout, nous avons aussi des prédispositions.

Décidément, la génétique est une chose trop sérieuse pour être confiée aux généticiens. En effet, après une interrogation maladroite de Nicolas Sarkozy lors d'un débat philosophique sur la place de l'inné et de l'acquis dans les troubles du comportement humain, le tocsin a été sonné par d'éminents spécialistes comme François Bayrou et Jean-Marie Le Pen, un procès en diabolisation étant instruit par la presse dominante du politiquement correct.

Même l'épiscopat, après une lecture hâtive de communiqués de presse tronqués, est intervenu de manière erronée sans vérifier ses sources. Ségolène Royal a eu initialement un mot plus juste en disant qu'"il fallait laisser les scientifiques répondre".

Il n'y a pas de gènes de droite et de gauche, mais des gènes d'origine maternelle ou paternelle. Et c'est là où parfois cela fait mal, car, pour des raisons génétiques (mutations de l'ADN par exemple) ou épigénétiques (anomalie du fonctionnement des gènes survenant durant la vie foetale), nous naissons hélas inégaux : certains ont des anomalies du développement tellement visibles qu'on les détecte dès la naissance. Tous les autres ont des caractéristiques génétiques qui les rendent plus ou moins vulnérables aux maladies, car leur vieillissement s'accélère, ou parce qu'ils sont hypersensibles aux effets néfastes de notre mode de vie (ils deviennent, par exemple, plus souvent obèses, diabétiques ou font plus de cancers).

Ces maladies de civilisation sont donc à la fois 100% génétiques et 100% environnementales. Sait-on, par exemple, que les malades victimes de la version humaine de la "maladie de la vache folle" ont reçu une mutation du gène du prion venant de leurs deux parents ? Sans la folie des éleveurs britanniques, aucun ne serait cependant devenu malade mais ils avaient tous une "fragilité" potentielle génétique qui a rendu possible la maladie de Creuzfeld-Jacob.

Les maladies psychiatriques n'échappent pas au lot commun. Que cela plaise ou non, la dépression est un trait en partie génétique et des gènes de prédisposition ont bien été identifiés chez l'homme et l'animal. Les familles de déprimés existent et si l'on dépistait mieux leur trouble et suivait leurs enfants, moins d'adolescents se suicideraient.

Ce qu'a dit Nicolas Sarkozy sur la dépression ne me choque donc pas, car il faut arrêter de culpabiliser les enfants déprimés et leurs familles, en niant le caractère biologique endogène de leur trouble. Il s'agit au contraire de les aider, et si la science génétique peut permettre de trouver les "causes" de leur maladie, peut-être pourra-t-on un jour la guérir !

La même chose est vraie pour nombre d'addictions (drogues, et même alcool, cigarette et dépendance alimentaire), qui sont nettement favorisées par certains de nos gènes exprimés dans notre cerveau. Le dire signifie-t-il que l'on veuille supprimer avant la naissance tous les consommateurs potentiels de plaisirs artificiels ? Ou plutôt que l'on cherche à mieux les aider ?

Aucun candidat à la présidence n'a dit que l'homme devait être exonéré de ses responsabilités du fait de ses gènes et que tout était réglé à la naissance. Et personne heureusement ne prône l'eugénisme et l'avortement de masse. Donc pas de fantasmes ! Mais la science a établi que la personnalité humaine a plusieurs facettes, dont certaines sont très héréditaires. Mais, sur ce fond génétique, l'environnement, l'éducation, la culture et le libre arbitre vont contribuer ensemble à faire d'un jeune homme aimant un peu plus que les autres l'innovation et la prise de risque un futur délinquant drogué ou un Picasso ou un Einstein. Ou un chef d'entreprise créant des milliers d'emplois...

La question des comportements sexuels est plus compliquée, mais, comme l'explique Axel Kahn, la reproduction sexuée existe depuis un milliard d'années et sa pratique est fortement ancrée dans nos gènes.

On peut rendre homosexuels des rongeurs en modifiant un gène, et les singes bonobos ont des pratiques sexuelles exubérantes très différentes des chimpanzés. On ne naît pas prédestiné à la pédophilie, mais si on oblige ces délinquants à des traitements médicamenteux au long cours c'est qu'ils ont peut-être une "maladie" organique chronique, qui ferait intervenir l'inné et l'acquis dans son développement, comme toutes les autres.

Je suis plutôt reconnaissant du fait qu'un candidat à la présidence ait osé s'intéresser à ces problèmes complexes de l'inné et de l'acquis et à leurs conséquences sur la santé d'une manière finalement si humaine. Les personnes que je connais qui souffrent, car elles sont impuissantes à aider leurs proches, terriblement déprimés depuis leur enfance, ont forcément un jugement moins tranchant sur ces questions que les donneurs de leçons du bien-penser. La réalité est complexe.

Arrêtons de juger sommairement et de diaboliser ceux qui osent s'interroger un peu de travers sur les mystères de la vie et de la maladie au risque de transformer les Français en moutons de Panurge lobotomisés. Et, surtout, n'utilisons pas la science et la maladie à des fins politicardes : les accusations de nazisme des pourfendeurs du "tout-génétique" sont ridicules et ne sont pas dignes des débats de l'heure.

Philippe Froguel est professeur de médecine génomique, directeur de recherche en génétique au CNRS. Point de vue publié par le quotidien Le Monde, Paris, 19 avril 2007.
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